Airbus : la menace de licenciements secs s’éloigne, selon les syndicats

Le 14 septembre, le directeur exécutif d’Airbus jugeait « peu probable que les départs volontaires suffisent » pour atteindre 15 000 suppressions de postes attendues.

 « L’objectif de zéro départs contraints est en ligne de mire et tout à fait atteignable », ont commenté les syndicats.
« L’objectif de zéro départs contraints est en ligne de mire et tout à fait atteignable », ont commenté les syndicats.  REUTERS/Stéphane Mahe

L'absence de départs contraints était un prérequis pour les syndicats, qui devrait être bel et bien respecté par Airbus, durement frappé par la crise du coronavirus. Depuis l'annonce en juin de suppressions de postes chez l'avionneur européen, les syndicats refusaient qu'il y ait des licenciements secs dans l'Hexagone. Ce lundi, ils assurent avoir obtenu gain de cause sur ce point. Après trois mois de négociations, un accord syndicats-direction dans le cadre du plan social (PSE) devait être paraphé dans la journée, selon eux. Le PSE ne sera quant à lui bouclé que fin mars.

En juin, Airbus avait annoncé la suppression de 15 000 postes de travail au niveau mondial, dont 5000 en France, l'entreprise basée dans l'agglomération de Toulouse ayant réduit ses cadences de production d'avions commerciaux de près de 40 % du fait de la crise du transport aérien provoquée par la pandémie de Covid-19.

Aides de l'Etat et « concessions de la direction »

« Les moyens seront mis en œuvre pour qu'il n'y ait pas de licenciements secs. C'était notre ligne rouge », déclare Dominique Delbouis, coordinateur FO (1er syndicat) au sein du Groupe Airbus.

« L'objectif de zéro départs contraints est en ligne de mire et tout à fait atteignable, grâce aux différentes aides de l'Etat et quelques concessions de la direction, le résultat des négociations est là. Et ceux qui partiront, partiront dans de bonnes conditions », précise Florent Veletchy, délégué CFTC, troisième syndicat du géant aéronautique.

Pour la CFE-CGC, deuxième syndicat chez Airbus, le processus est « en bonne voie pour qu'il n'y ait aucun départ contraint ». La direction d'Airbus n'a pas souhaité s'exprimer avant la signature de l'accord.

Le 14 septembre, le personnel d'Airbus avait été glacé par l'annonce du directeur exécutif d'Airbus Guillaume Faury qui jugeait « peu probable que les départs volontaires suffisent » pour atteindre 15 000 suppressions de postes, dont 5000 en France.

1500 postes préservés

Les deux parties vont sceller un accord qui préserve 1500 postes par le biais de l'Activité partielle longue durée (APLD), avec des pertes de salaires limitées.

D'autres mesures, comme les retraites anticipées (au moins 1000), le dispositif Corac (Conseil pour la recherche aéronautique civile, 5 à 600 emplois), les départs pour créations d'entreprise (3 à 400), les départs à la retraite (400), « tout ça mis bout à bout, on arrive à l'objectif initial de zéro départ contraint », a détaillé le syndicaliste.

Au total, ce sont 4248 emplois qui étaient menacés chez Airbus avions, et plus de 700 chez Stelia et ATR, filiales de l'avionneur européen. Dans ces deux filiales, il ne devrait pas non plus y avoir de licenciements secs.

Le secteur aérien reste sinistré. La reprise du trafic pendant l'été n'a pas été à la hauteur des attentes mais les dirigeants d'Airbus « ont besoin de préserver les compétences, le savoir-faire, de fidéliser leurs ingénieurs, les compagnons, pour faire face aux défis du futur, ils savent bien qu'ils vont rebondir après la crise », note l'économiste industriel Gabriel Colletis.

Les sous-traitants dans le viseur ?

« Le risque serait que, pour passer le cap des difficultés immédiates, Airbus reporte ses difficultés sur les sous-traitants. Les majors de la sous-traitance vont tenir le coup, mais les petites entreprises de 50 à 100 salariés risquent d'avoir des difficultés », avertit Gabriel Colletis, professeur d'économie à l'Université Toulouse-1.

Même inquiétude pour le coordinateur FO chez Airbus. « Maintenant, souligne-t-il, on va pouvoir se consacrer à soutenir la filière de sous-traitance, pour minimiser l'impact de cette crise sur l'emploi ». Hors de France, Airbus a annoncé la suppression de 10 000 postes concentrés sur sa division d'avions commerciaux.

En Allemagne, où Airbus dispose de quatre chaînes d'assemblage pour A320, le plan de l'avionneur en prévoit 5100 mais le président exécutif d'Airbus a dit espérer pouvoir en sauver 2000 à la faveur des mesures gouvernementales de chômage partiel (« Kurzarbeit ») et de soutien à la R&D. Il prévoit de supprimer 1 700 postes au Royaume-Uni, 900 en Espagne et 1300 dans le reste du monde.