38 000 euros de travaux après avoir loué son appartement sur Airbnb

Alors que l’utilisatrice du logement loué en 2017, une prostituée, sera jugée en correctionnelle ce vendredi, le propriétaire a aussi attaqué la plate-forme de location en Irlande.

 Mobilier brisé, portes défoncées, télé éventrée… Le propriétaire, qui avait loué son appartement sur Airbnb, a retrouvé son logement totalement saccagé.
Mobilier brisé, portes défoncées, télé éventrée… Le propriétaire, qui avait loué son appartement sur Airbnb, a retrouvé son logement totalement saccagé.  DR

Des draps ensanglantés, le mobilier brisé, les portes défoncées, la télé éventrée, les murs souillés… C'est une véritable scène de chaos qu'à découvert, le 28 août 2017, un habitant de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) qui avait mis sur la plate-forme Airbnb son 45 m2 en location de courte durée. « Notre voisine de palier nous a appelés vers 22h30 car elle entendait des cris dans l'appartement, se souvient Gérald (NDLR : le prénom a été changé). Elle nous a dit : ça fait 20 minutes, j'ai l'impression que quelqu'un est en train de tout saccager ! »

Le propriétaire se précipite sur place et tombe nez à nez avec trois prostituées. « L'une d'elles était nue, visiblement sous l'emprise de la drogue et de l'alcool, les pupilles dilatées, raconte le loueur. Des matelas étaient posés par terre, le sol était poisseux, une boîte de 100 préservatifs grande ouverte sur la table basse. Quand j'ai demandé ce qu'il se passait, j'ai reçu un casque de moto à la figure. La police n'arrivait pas, j'ai fini par réussir à récupérer les clés. »

Mais impossible de relouer trois jours plus tard… alors qu'un bail locatif devait débuter au 1er septembre à 2 000 euros par mois. « Fin juin, nous avions refait l'appartement à neuf pour le remettre en location haut de gamme : radiateurs en fonte à l'ancienne, parquets, peintures, mobilier en bois massif de qualité, décoration… Comme le logement était vacant au mois d'août, ma femme et sa sœur ont voulu le proposer sur Airbnb », regrette l'homme de 55 ans.

« La garantie, ce n'est que du marketing »

Il ne le sait pas encore, mais commence alors un combat administratif et judiciaire inédit. « J'ai voulu faire jouer la garantie Airbnb qui couvre les hôtes à hauteur de 1 million d'euros, j'ai tout rempli, tout justifié dans les temps, on se croyait couverts, sauf que ce n'est que du marketing », pointe Gérald, qui a décidé d'attaquer la plate-forme devant le tribunal… en Irlande, où est basé son siège européen.

« Airbnb s'engage à vous dédommager, en tant qu'hôte, afin de réparer ou remplacer vos biens endommagés ou détruits », précise en effet la garantie hôte du site en 2017, qui inclut également « la perte de revenus de réservation ». Selon Gérald, Airbnb a fini par faire plusieurs propositions d'indemnisation, mais jamais à la hauteur des sommes qu'il réclamait. Car la note est extrêmement salée : 38 000 euros de travaux attestés par une expertise, auxquels s'ajoutent 32 000 euros de loyers non perçus, le logement n'ayant pu être loué pendant un an et demi.

« Il a fallu attendre les constatations de la police puis les travaux », s'insurge le propriétaire, qui réclame également 15000 euros de préjudice moral et 3500 euros de frais d'avocat au géant de l'hébergement saisonnier. « Airbnb a une politique de garantie, il doit l'appliquer, pointe Me Jonathan Bellaiche, l'avocat qui a déjà fait plier la plate-forme sur plusieurs autres dossiers. A quoi cela sert-il d'afficher une telle garantie si l'hôte n'est pas couvert en cas de dégradations graves ? »

La prostituée, qui a reconnu les faits, comparaît ce vendredi devant le tribunal correctionnel de Nanterre. Elle risque jusqu'à deux ans d'emprisonnement, 30 000 euros d'amende et le remboursement des dommages. La procédure contre Airbnb en Irlande est, elle, toujours en cours. Sollicitée, la plate-forme de location n'a pas répondu.