Véronique Genest : «J’adore provoquer»

A 64 ans, celle qui a incarné Julie Lescaut pendant 22 ans sur TF1 remonte ce mardi sur les planches. L’occasion d’une discussion à bâtons rompus.

 « Le théâtre me donne la possibilité de refuser ce que je n’ai pas envie de faire », confie Véronique Genest.
« Le théâtre me donne la possibilité de refuser ce que je n’ai pas envie de faire », confie Véronique Genest. BESTIMAGE/Cédric Perrin

Elle est rare à la télévision, mais de plus en plus présente sur les planches. Véronique Genest remonte sur scène le 22 septembre au théâtre parisien de La Bruyère dans « Betty's Family », comédie d'Isabelle Rougerie et Fabrice Blind. Pour l'occasion, on rencontre la comédienne qui a incarné Julie Lescaut pendant 22 ans à deux pas de la place de la place de la République, son territoire parisien lorsqu'elle n'est pas en Corse. Guillerette et énergique, la rousse de 64 ans qui ne se prive jamais de donner son point de vue, quitte à flirter avec la ligne jaune, se lance dans une discussion à bâtons rompus.

Qui est Betty ?

VÉRONIQUE GENEST. Notre mère, l'Arlésienne qu'on ne voit jamais mais dont on parle tout le temps, le vecteur de tous nos problèmes… C'est la soirée des 40 ans de ma sœur, une adulescente que j'ai élevée, et je vais lui faire rencontrer des employeurs potentiels parce que j'aimerais qu'elle m'aide à payer la maison de retraite de notre mère. Moi, je suis Clarisse, une hyperactive qui s'occupe de tout et gère tout son monde, un peu psychorigide.

Psychorigide, ça vous ressemble ?

Pas du tout. Je ne pense pas, c'est un rôle de composition (rires). C'est une vraie comédie et chacun va s'y reconnaître. Il n'y a ni porte qui claque ni quiproquo, juste des situations de la vie un peu exacerbées. On en rit d'une façon tendre, un peu sarcastique parfois, on est très émus aussi. C'est la tragicomédie de la vie.

Le théâtre, c'est votre activité principale aujourd'hui…

Le théâtre me donne la possibilité de refuser ce que je n'ai pas envie de faire, des émissions qu'on me propose…

Comme ?

(Rires) Des émissions que j'aurais faites si on me les avait proposées il y a trente ans, mais pas aujourd'hui. Il y en a une où il fallait un peu se dénuder pour des causes… (NDLR : « Star à Nues »).

Et en fiction ?

Ce qu'on me propose ne me passionne pas, des sous rôles où je n'ai rien à défendre. C'est un peu comme si on disait à un pilote de Formule 1 : « Va faire la course avec une 2 CV ». Ça peut l'amuser une fois, mais après…

Il vous faut un rôle principal ?

Il ne s'agit pas de rôle principal ou pas, mais de matière. J'ai tourné dans « Camping paradis » pour TF 1 parce que le rôle était très bien construit avec une belle évolution, j'ai senti que je pouvais m'éclater. Je ne suis pas bégueule, je ne demande pas la lune, juste d'avoir matière à exprimer des choses.

Vous n'avez pas envie de cachetonner…

Non, j'ai la possibilité de ne pas le faire. Et puis j'ai développé d'autres choses, un laboratoire de développement personnel par l'improvisation. J'ai déjà organisé des stages, ça me plaît beaucoup. Je suis en train d'écrire une série aussi.

Vous pensez les gens encore attachés à vous ?

J'ai le sentiment, oui, ça fait plaisir. Mais on ne peut pas plaire à tout le monde et comme je suis du genre à ne pas la fermer, certains ne m'aiment pas, d'autres oui. Par chance, pour l'instant j'ai l'impression qu'ils sont plus nombreux… Ce sont principalement eux qui m'abordent.

Vous êtes toujours sur les réseaux sociaux ?

Oui, j'adore !

Et vous dites toujours ce que vous pensez ?

Tout à fait, mais aujourd'hui je sais mieux m'en servir.

Tout peut y être repris, amplifié…

Oui, mais il faut faire la part des choses entre le virtuel et le réel. Vos mots vont être repris par des gens dont c'est le dessein de les faire aller dans leur sens… Parfois, on me reproche de retweeter tel ou tel, mais je n'en ai rien à faire de retweeter Bidule ou Tartempion, ce qu'il dit, je le vis, voilà… Les gens ont tellement vite fait de cataloguer, moi j'ai du mal à cataloguer, à me cataloguer même, je crois que je suis « incatalogable » (rires).

«Le théâtre est extraordinaire. C’est ma source de bonheur», se réjouit l’actrice, ici pendant les répétitions de  «Betty’s Family»./Facebook Véronique Genest
«Le théâtre est extraordinaire. C’est ma source de bonheur», se réjouit l’actrice, ici pendant les répétitions de «Betty’s Family»./Facebook Véronique Genest  

Vous connaissez la « cancel culture », pratique qui consiste à effacer, ostraciser, une personne ou une œuvre parce que perçue comme choquante ou problématique ?

Il faut lutter contre cela, mais je ne pense pas que les choses s'effacent aussi facilement. Ce qui est bien, c'est la controverse, je trouve, il faut qu'il y ait un brassage dans la controverse, que ce soit médical, religieux, philosophique… La controverse est toujours bonne.

Celles qui naissent sur les réseaux sociaux peuvent paraître stériles ?

Elles le sont souvent, oui, il y a très peu de choses qui valent la peine. Mais les gens ont besoin de s'exprimer.

Vous avez vu cette polémique sur les tenues des filles à l'école…

Certains n'ont pas envie de voir un bout de nichon, j'aurais tendance à leur dire de ne pas regarder… Dieu nous a faites avec des nichons, c'est joli. Ça vous embête? Ne regardez pas… De l'autre côté, je lui dirai à elle, bon, si tu vois que ça embête la personne en face, essaye de ne pas montrer le bout des tétons… Enfin, essayez de trouver un terrain d'entente… Mais en fait, je n'en ai plutôt rien à faire, chacun fait ce qu'il veut.

En observant le monde tel qu'il va, que vous dites-vous ?

Je suis pour le positivisme, se projeter dans un avenir beau le fait devenir beau. La déprime est très nocive. Je suis dans la projection de quelque chose qui va devenir beau, différent, mais beau.

Vous êtes optimiste ?

Oui ! Franchement, si vous dites à un jeune qu'il n'a aucun avenir, il va tout envoyer balader et vivre d'expédients. Il faut dire à la jeunesse qu'elle a un bel avenir, qu'elle va le créer, c'est être positif dans ses possibilités. Cela fait partie des cours que je donne : ne jamais dire non à la proposition de l'autre, ne pas y être réfractaire. On le fait au théâtre, on devrait en faire une philosophie de la vie, étudier la proposition de l'autre, argumenter si besoin et non pas refuser en bloc, ce qui est un peu le drame de notre société actuelle.

Vous continuez, vous, à argumenter sur Internet…

Oui, et j'adore. J'adore provoquer aussi, je tweete, je laisse partir le Scud et après je retweete la repartie si c'est intéressant. Il s'agit de provoquer la discussion, mais la plupart du temps, vous provoquez des insultes. Les gens ne savent plus argumenter, ils jugent et appliquent la doxa, c'est manichéen, sans nuances. C'est peut-être les réseaux sociaux… Il faut relativiser, se dire que c'est virtuel. Quand la personne est en face, en deux minutes les rapports changent. Il faut revenir à des rapports humains.

Entre les gens, il y a des écrans…

Oui et c'est dommage. Et en cela, le théâtre est extraordinaire. C'est ma source de bonheur. Le théâtre, c'est sans écran, tous les soirs, il y a un personnage qui est le public et qui n'est jamais le même. On lui donne et on se nourrit de ses réactions.

Votre goût pour le débat pourrait s'exprimer dans ces émissions où l'on donne son avis sur tout…

Je crois que je n'en aurais pas envie… Ou alors, si, il y a des endroits où les gens ont vraiment la parole sans être des genres de marionnettes, « Les Grande Gueules », ça oui, ou dans le genre humour « Les Grosse têtes ». J'en ai fait partie un moment et Laurent (NDLR : Ruquier) m'a demandé si j'avais envie de revenir, ça m'amuserait. J'aime beaucoup « Les Grandes Gueules », les personnalités y sont toujours très différentes, avec des points de vue et des univers variés et souvent pertinents. Et ils disent ce qu'ils pensent. De ce genre-là, oui, peut-être, mais y aller tout le temps… Je n'ai jamais dit fontaine (NDLR : je ne boirai pas de ton eau) donc après tout, pourquoi pas?