«Un sport de warrior» : comment la pole dance est sortie des clubs de strip-tease

A l’occasion de la sortie du documentaire «Pole dance : haut les corps !» sur Netflix ce vendredi 5 février, zoom sur un phénomène qui explose en France.

 La Fédération française de danse recense 25 000 élèves en pole dance, mais estime qu’elles sont en réalité bien plus nombreuses, l’affiliation n’étant pas obligatoire.
La Fédération française de danse recense 25 000 élèves en pole dance, mais estime qu’elles sont en réalité bien plus nombreuses, l’affiliation n’étant pas obligatoire. Netflix 2021

Quand les potes de Jodie découvrent la barre de pole dance fixée au milieu du salon, ils roulent des yeux envieux vers son copain. La Parisienne de 31 ans rigole : « il n'y a pas moins sexy que la pole ». Du moins au début. A en croire l'Américaine Sheila Kelley, à l'affiche du documentaire « Pole dance : haut les corps! » disponible sur Netflix depuis ce vendredi, c'est même « un sport de warrior ». Décryptage d'un phénomène qui explose en France.

Longtemps reléguée à l'obscurité des salles de strip-tease, la pole dance sort de l'ombre et séduit de plus en plus de femmes (et quelques hommes). La Fédération française de danse recense 25 000 élèves, mais estime qu'elles sont en réalité bien plus nombreuses, l'affiliation n'étant pas obligatoire. Toutes mettent en avant la bienveillance qui règne autour de cette fascinante barre de pole dance.

Trop grosse, pas assez de seins, les genoux cagneux, les bras trop mous… Stop ! Dans les studios de pole dance surchauffés, les filles arrêtent de se cacher. Impossible de pratiquer en jogging : c'est avec la peau qu'on accroche la barre.

Des «madame Tout-le-monde»

« En arrivant à mon premier cours, à Londres, je pensais que j'allais me retrouver devant des filles hyper bien gaulées, avec des jambes de 3 mètres de long, genre danseuses du Crazy Horse », se souvient France Grieco, 40 ans, fondatrice de Pole Dance Academy, à Marseille, la 2 e école à avoir ouvert en France. Surprise : en face d'elle, des « madame Tout-le-monde», des mamans, des femmes de toutes corpulences.

Camille, Parisienne de 32 ans, fait de la pole dance depuis 2 ans. « Tout le monde est logé à la même enseigne. Ta voisine aussi, elle a de la cellulite. Ta voisine aussi, elle est mal épilée. » De quoi décomplexer celles qui ont du mal à lâcher la serviette au moment de plonger dans le grand bain.

Quand Camille, ancienne anorexique, assure : « aujourd'hui, je me trouve trop belle dans le miroir », son sourire est audible. A Poissy, Audrey, 26 ans, vit la même chose. Harcelée à cause de son physique quand elle était au collège, elle dit se sentir plus forte, plus attirante, depuis qu'elle fait de la pole dance. « Même dans mon travail, je suis capable de faire des choses qui me faisaient peur. »

Une victoire pour Laurence Hilsum, fondatrice de Pole & Dance, à Paris, qui accueille, hors Covid, 850 élèves par semaine : « On passe notre temps à repousser nos limites, forcément ça a un impact dans nos vies. Les filles arrivent toutes timides, toutes penaudes et, au bout de 3 ou 4 mois, elles ont la niaque ! » Vice-championne du monde en 2011 et 2012, « Lolo » répète à ses élèves : « Vous savez que, grâce à moi, vous allez accoucher sans péridurale ? »

«Si tu lâches la barre, tu t'exploses»

Pour « rentrer une figure », pas de secret : force, technique, souplesse. Il faut se dépasser et faire fi de la douleur. Car si la courbe de progression est exponentielle au début, les brûlures arrivent aussi très vite. « Sur mes premières vidéos, je hurle à la mort », rit Coralie, 36 ans, qui s'apprête à suivre une formation pour devenir professeure de pole dance. La Lyonnaise assume son côté « drama queen » mais insiste : « derrière les genoux, sous l'aisselle, dans le pli du coude », la barre fait un mal de chien. Jodie confirme : « la pole fait des corps splendides… et des bleus éternels ! » La discipline requiert une concentration absolue. « Si tu lâches la barre, tu t'exploses », résume prosaïquement la jeune femme.

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Cette barre, objet de tous les fantasmes, est aussi un moyen d'assumer sa féminité. François Beretta, 45 ans, danseur professionnel et professeur de pole dance, estime que les cours de « danse exotique » - comprendre « en talons » - sont un précieux espace de liberté où « les filles peuvent se lâcher ». Moins évident qu'il n'y paraît. « La première fois que j'ai fait un cours en talons, je suis retournée dans les vestiaires pour pleurer », se souvient Camille. Elle a recommencé ensuite, à son rythme. Et retrouvé « une sensualité perdue depuis des années ».

Grâce à des émissions comme « La France a un incroyable talent » ou le film « Forte », avec Melha Bedia et Valérie Lemercier, disponible sur Amazon, les gens portent petit à petit un autre regard sur la pole dance. Laurence Hilsum, vice-championne du monde en 2011 et 2012, se souvient qu'il en allait bien autrement à ses débuts. « Quand tu dis pole, certains se voient déjà en train de te glisser des billets dans le string ». Remballez vos dollars, les mecs. « Est-ce que tous les gars qui font du foot ou du tennis font des spectacles à leur femme? », plaisante France Grieco.