«The Last Dance», «Grégory», «Tiger King»… c’est la folie des documentaires

Les plates-formes ont dépoussiéré le genre. A la clé, de nouvelles astuces narratives, des sujets plus variés qui ont conquis les plus jeunes et donnent du coup des idées aux chaînes historiques.

 Sur Netflix, la série documentaire sur la carrière de Michael Jordan, la star des Chicago Bulls, a été un succès planétaire.
Sur Netflix, la série documentaire sur la carrière de Michael Jordan, la star des Chicago Bulls, a été un succès planétaire. Netflix

Il n'y a pas que les fictions dans la vie. On peut vite se faire happer par un documentaire. « Ils couvrent des sujets variés, ils sont dynamiques et j'en regarde beaucoup plus sur les plates-formes », confirme Solène 20 ans, étudiante en hôtellerie. Elle n'est pas la seule. Les géants américains de la vidéo à la demande misent de plus en plus sur ces œuvres.

En adoptant les codes des séries, le délirant « Tiger King », incroyable portrait d'un patron de zoo américain infréquentable, le fascinant « Grégory », qui revenait sur le drame de la Vologne, « The Last Dance », sur le destin du basketteur Michael Jordan, ou plus récemment « l'Affaire Watts », fait divers glaçant vécu en temps réel, sont devenus des références sur Netflix. Et ont changé le regard sur les documentaires. « Ils n'ont rien à voir avec ceux un peu soporifiques que l'on voyait avant, remarque Tanguy, étudiant en marketing à Châtillon (Hauts-de-Seine). On dirait une fiction, même si ce sont des histoires vraies. »

« Il se passe quelque chose d'hyperpositif, se réjouit Eric Hannezo, créateur de la société Black Dynamite, à l'origine d'un un long portrait en immersion du chanteur Gims mis en ligne il y a quelques semaines sur Netflix. Une des forces des plates-formes, c'est qu'elles marchent de pair avec les réseaux sociaux. Un doc devient vite l'un des sujets les plus discutés et du coup l'un des contenus les plus regardés. »

La France en pole

Le documentaire représente désormais 24,1 % des contenus d'Amazon Prime Video et 9,8 % du catalogue Netflix (derrière les séries de fiction et l'animation), selon une étude du CNC portant sur 49 pays. « Depuis The Square, film documentaire américano-égyptien sur les mouvements révolutionnaires de la place Tahrir en 2013, c'est néanmoins devenu un des trois piliers de notre offre. En France, on en fait presque autant que des séries », explique Joïakim Tuil, le porte-parole de la firme au logo rouge, qui a mis en ligne il y a quelques jours un portrait du duo toulousain Bigflo et Oli. Un gros succès, en attendant une autre production française, « Move », sur des danseurs, le 23 octobre.

Les documentaires tricolores s'exportent de mieux en mieux avec un record en 2019 où les ventes ont bondi de 44,1 %. Les plates-formes misent sur les faits divers, les sujets de société et les biopics. « On cherche avant tout un regard cinématographique. Une histoire, un angle, un vrai apport par rapport à ce que d'autres pourraient faire », ajoute le représentant de Netflix. « On dispose d'un budget supérieur à celui que nous verserait une chaîne (NDLR : en moyenne 30 % de plus qu'un prime time), renchérit Eric Hannezo. Ça nous permet d'avoir les moyens de nos ambitions. »

Ce succès n'a pas échappé aux chaînes traditionnelles. Comme France Télévisions, premier diffuseur avec 2 944 films documentaires l'an dernier, qui va suivre, sur plusieurs années, des sportifs de l'Insep (Institut national du sport, de l'expertise et de la performance) en pleine préparation des JO de 2024.

« Le documentaire a toujours su se renouveler, constate Catherine Alvaresse, directrice des documentaires du groupe public. Et Netflix nous a bousculés avec ces formats en plusieurs épisodes. » Plusieurs séries sont ainsi en préparation pour la plate-forme France.tv, dont « Carbonisés » et « Au bord de la crise de vert » sur l'environnement ou « No Sex » sur des couples abstinents.

«Netflix n'a rien inventé»

Arte, elle, en compte six en production. « Netflix n'a rien inventé. Chez nous, les séries documentaires sont une tradition, tempère Fabrice Puchault, directeur de l'unité société et culture de la chaîne franco-allemande. Nous pouvons emprunter aux canons narratifs actuels mais il ne faut pas tout enfermer dans les mêmes recettes ni soumettre l'exercice de la série à une narration musclée comme c'est le cas sur certaines plates-formes. »

Lui sait mieux que quiconque que télévision et digital peuvent cohabiter, comme en témoigne le succès d'« Histoire du trafic de drogue » (1,3 million de vidéos vues sur Arte.fr et 1,2 million sur YouTube) et des « Routes de l'esclavage » (1,8 million de vues sur YouTube)! C'est Arte qui avait d'abord diffusé en 2017 « I Am Not Your Negro » avant que le bel hommage du réalisateur Raoul Peck à l'écrivain James Baldwin ne s'offre une deuxième vie… sur Netflix!

Notre sélection de 5 documentaires incontournables

« Tiger King » : toutes griffes dehors. C'est le choc de la saison. L'une des meilleures séries de l'année est une série documentaire de Netflix. Celle qui raconte l'histoire incroyable de Joe Exotic, patron de zoo fasciné par les tigres et les armes. Les premiers sont soi-disant ses gros bébés qu'il bichonne sous les yeux des visiteurs. Les secondes sont prêtes à dégommer ceux qui pourraient critiquer ses méthodes. A commencer par Carole Baskin, son ennemie jurée, persuadée qu'ils martyrisent les animaux. Sauf qu'elle aussi cache des zones d'ombre. Une plongée dans tout ce que l'Amérique a de plus dingue.

« L'Affaire Watts » : la mort en direct. La sensation du moment : le meurtre de Shanann Watts et de ses deux filles, tuées par le père de la famille. Une histoire que l'on vit quasi en direct. Car le documentaire de Netflix s'appuie uniquement sur des documents d'archives : des conversations téléphoniques, des images tournées par des proches des victimes. On entend une amie de Shannan inquiète passer le premier appel à la police. On voit le meurtrier rentrer du travail, ouvrir la maison aux forces de l'ordre, et s'inquiéter… avant d'avouer. Troublant et captivant.

« Banksy Most Wanted » : chasse à l'artiste. Mais qui est donc Banksy? En vingt-cinq ans, cette star sans visage s'est imposée comme un des dix artistes les plus cotés de l'art contemporain. De Bristol, en Angleterre, d'où il serait originaire, à Londres en passant par Paris, New York ou la Palestine, ce documentaire disponible sur MyCanal nous plonge dans la vie et l'œuvre du street artist. D'une toile lacérée en direct lors d'une vente aux enchères à une intervention sur le coronavirus ou sur la mort de George Floyd, il est passé maître dans l'art de faire l'actualité. Une passionnante enquête en forme de jeu de piste.

« Elephants » : les animaux fantastiques. Il y a les documentaires animaliers. Et il y a « Elephants », merveille disponible sur Disney Plus qui suit le périple d'un troupeau sur plus de 1000 kilomètres pendant huit mois, à la recherche de l'eau au milieu du désert de Kalahari en Afrique Australe. Un gigantesque « enfer de poussière » où la moindre goutte est un gage de survie Heureusement, tous ont une mémoire… d'éléphant. A commencer par Gai, la matriarche, qui se souvient des chemins à emprunter, des oiseaux à suivre vers les étangs, des arbres à dévorer pour tenir bon. Passionnant et sidérant.

« The Last Dance » : Magique Jordan. L'autre phénomène de la saison sur Netflix. Le fabuleux destin du basketteur Michael Jordan et de ses Chicago Bulls raconté à travers la conquête d'un sixième titre de NBA en huit ans en 1997. Le documentaire s'articule autour de ce dernier combat d'une équipe qui fait rêver le monde. Une ultime campagne sous haute tension, rythmée par les rivalités avec tous les ingrédients d'une bonne série. Et même deux présidents des Etats-Unis!