Sur le tournage de «Germinal» : «Ici, la mine, ça nous concerne tous», confie un figurant du Nord

Grosse production internationale, l’adaptation du roman de Zola en une série de six épisodes pour France 2 réunit des centaines de figurants dans la région de Valenciennes (Nord). Nous étions sur le tournage.

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 Grosse machine nécessitant plus de 2000 figurants, le «Germinal» de David Hourrègue devrait être diffusé à la rentrée sur France 2.
Grosse machine nécessitant plus de 2000 figurants, le «Germinal» de David Hourrègue devrait être diffusé à la rentrée sur France 2. Sarah Alcalay/FTV/Banijay

Les vêtements maculés de boue, le visage crasseux, un groupe de mineurs grogne sa colère. Armés de fourches et de piolets, ils s'agglutinent autour d'un jeune homme blessé. Soudain, des coups de feu. Des gendarmes en gabardine, montés à cheval, viennent mater la grève. « Coupez! » Dans le petit village de Marchipont (Nord), David Hourrègue met en boîte ces jours-ci les dernières images de son « Germinal », adaptation de l'œuvre d'Emile Zola en six épisodes de 52 minutes, prévue à la rentrée sur France 2. Une « grosse machine », réunissant plus de 2000 figurants autour, notamment, de Thierry Godard, Alix Poisson et Louis Peres.

« Un vrai challenge, ce village », assure Isabelle Quillard, cheffe décoratrice sur le projet. Pendant les repérages, l'équipe cherche sur quoi s'appuyer : une rue pavée, des maisons pas trop récentes. « Là, j'ai vu une grande cour, avec une grange tout au fond. » Ce sera l'épicerie. Autour, les façades trop claires sont dissimulées derrière des fausses briques, les trottoirs encombrés de roues de charrettes en bois. « On a rhabillé les maisons jusqu'au pont, précise la décoratrice. On a ajouté des palissades, apporté de la terre. » Piétinée par des milliers de pas, détrempée par le crachin, celle-ci s'est transformée en gadoue. « Attention à ne pas glisser ! » prévient l'une des figurantes.

«On en avait les larmes aux yeux»

Un châle en laine serré sur les épaules, les cheveux relevés en chignon, Sandrine, 51 ans, écoute les consignes en fumant une cigarette. « J'ai grandi à Marles-les-Mines (Pas-de-Calais), juste à côté. Ici, la mine, ça nous concerne tous. » Elle montre son jupon crotté qui traîne au sol et se gorge d'eau. « A la fin de journée, ça pèse sur les reins mais c'est un détail. On sait qu'on fait une série grandiose. Il y a dix jours, on a tourné dans la forêt, de nuit. Il y avait tellement d'émotion qu'on en avait les larmes aux yeux. A la fin, le réalisateur est venu nous serrer la main. »

A l'évidence, les méthodes de David Hourrègue, à qui l'on doit également les six premières saisons de la série à succès Skam, emportent l'adhésion de tous. « Vous avez déjà vu ça? De la musique sur un tournage? » s'enquiert un fils de mineur, à l'étroit dans son manteau en velours élimé. Derrière les écrans de contrôle, Carole Della Valle, productrice, sourit : « David fait ça, oui. Ça entraîne les comédiens sur les scènes très fortes émotionnellement. » Louis Peres, qui incarne le jeune meneur de grève Etienne Lantier, en est convaincu : « Je viens d'annoncer que les négociations ont échoué. Je vois tous ces visages déformés par la haine en face de moi. Et là, la musique part. J'ai des frissons instantanément. »

Plus vrai que nature avec la météo

Entre deux prises, Shirley Drai, cheffe maquilleuse, inspecte ses troupes. Sacoche en bandoulière, elle vérifie la patine des comédiens. Elle sort un tube d'un produit marron, presque noir. « On en met sur le visage et les mains pour donner un aspect de salissure », détaille-t-elle. Covid oblige, chaque acteur dispose de sa propre trousse, de ses pinceaux. « Plus ils sont fatigués, mieux c'est. Les cernes, ça nous sert », plaisante-t-elle.

A ses côtés, Charlotte Arguillère, cheffe coiffeuse, ajuste les postiches. « Les moustaches permettent d'identifier tout de suite les personnages : épaisses et tombantes, c'est un ouvrier, fines et remontant sur les côtés, c'est un bourgeois. » Question mise en plis, il n'y a pas grand-chose à faire : « la météo suffit ! » Alix Poisson - La Maheude dans la série - opine du chef : « Pile au moment où je sors après être allée mendier chez les Grégoire, humiliée au dernier degré, avec mes deux enfants, il s'est mis à cracher. Y avait du vent, j'avais les cheveux qui partaient dans tous les sens. C'était génial, y avait rien à jouer : c'était son état. »

Fiers de rendre hommage à leurs anciens

Avec son esthétique western à la « Peaky blinders », ce Germinal post #metoo, écrit par Julien Lilti (Hippocrate) en plein mouvement des Gilets jaunes, a tout pour séduire les plus jeunes. « On pourra enfin parler de la mine à nos enfants sans avoir l'impression de les ennuyer », se réjouit un groupe de figurants. Quelques-uns ont déjà tourné avec Depardieu, Renaud et Miou-Miou dans le film de Claude Berri. D'autres sont venus avec le casque de leurs ancêtres. Les cheveux dissimulés sous un fichu grisâtre, Manon évoque son grand-père en attendant la fin de la pause déjeuner : « Il ne parlait pas de la mine, il parlait de ses exploits. Par exemple, il mangeait 12 œufs avant de descendre, pour tenir. »

« On sent qu'ils sont fiers d'être là. C'est leur terre, leur patrimoine », s'émeut Carole Della Valle. Une histoire qui force le respect. Barbouillés de la tête aux pieds, les doigts engourdis par le froid, certains prennent leur rôle tellement à cœur que, quand une voiture demande à se frayer un passage au milieu de tournage, ils s'écartent en riant « Ouh ! A mort les bourgeois ! »

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« Quand tu arrives dans la gadoue, sur le carreau de la mine, quelque chose t'appuie sur le crâne, reconnaît le comédien Thierry Godard, lui-même descendant de mineur. Et pourtant, ils gardaient une pêche incroyable! » Une énergie palpable et communicative, malgré le froid, le vent, la pluie. « Hier, c'était pire », assurent-ils tous en chœur.