Prostitution des mineures : «Personne n’est à l’abri», confie une maman

Sa fille de 16 ans s’est prostituée pendant plusieurs mois. Marie est l’une des témoins du documentaire de Clarisse Verrier, diffusé dans « Zone Interdite » sur M 6, ce dimanche, et fait part de sa colère à ce sujet.

 La prostitution de mineures toucherait en France entre 8 000 et 10 000 adolescents. (Illustration)
La prostitution de mineures toucherait en France entre 8 000 et 10 000 adolescents. (Illustration) LP/Jean-Baptiste Quentin

Témoigner, oui. Pour que ça cesse. Marie (le prénom a été modifié) n'a pas hésité quand la journaliste Clarisse Verrier lui a demandé si elle acceptait de figurer, de façon anonyme, dans son documentaire. Un film choc diffusé ce dimanche soir à 21h05 dans « Zone Interdite », sur M 6, qui traite de la prostitution des mineures. Vendre son corps, sa fille aînée l'a fait, quand elle avait 16 ans. Et aujourd'hui, trois ans plus tard, elle veut mettre en garde les parents et leurs enfants contre ce phénomène qui toucherait en France entre 8 000 et 10 000 adolescents, en majorité des jeunes filles.

Pourquoi avez-vous accepté de témoigner dans le documentaire ?

MARIE. Je le fais pour ma fille. Et pour dire aux parents que personne n'est à l'abri. Ma fille ne sortait plus trop, elle était d'humeur changeante, moi j'ai mis ça sur le compte de l'adolescence. Je me suis trop fiée à sa personnalité, elle paraît forte. Jamais je n'aurais imaginé ça. Pas un seul instant. C'est un cauchemar qui ne prend jamais fin. Quand je l'ai découvert, ça faisait deux mois que ça durait. Je suis tombée sur son profil Facebook et j'ai vu toutes les conversations avec son réseau, puis avec les clients.

Qu'est-ce que vous ressentez alors ?

Beaucoup de colère. D'abord contre moi-même. Je m'en veux, je me dis « qu'est-ce que j'ai fait de travers ? ». En tant que parent, on essaie de donner le meilleur de soi, alors où est-ce que ça a cloché ? J'avais l'impression que ma fille était devenue une inconnue pour moi. Je suis très en colère contre les clients, qui n'ont jamais été inquiétés. Mais j'en veux aussi à l'éducation nationale.

Pourquoi ?

Ma fille a été recrutée au sein du collège, par une copine, à la récré. Et elle n'est pas la seule. Nous, le matin, on laisse notre enfant en pensant qu'il est en sécurité. On ne se doute pas qu'il puisse se passer ce genre de choses. Je n'ai pas du tout été soutenue par l'établissement.

Avec le recul, pourquoi pensez-vous que votre fille a commencé à se prostituer ?

Elle n'était pas bien dans ses baskets, elle subit du harcèlement à l'école. Je pense qu'elle s'est sentie importante qu'une copine lui propose ça, qu'elle s'intéresse à elle. Il y a l'appât de l'argent, aussi, même si elle n'a presque rien touché au final. Pour l'attirer, ses proxénètes lui ont même envoyé une paire de Timberland dernier modèle !

Et le rôle des réseaux sociaux ?

Il est énorme et la législation est tellement hypocrite. Sur Facebook, on tape « escort », on tombe sur plein d'annonces. Il suffit de mentir sur l'âge quand on ouvre un compte. Il n'y a aucun contrôle.

Que diriez-vous aux parents d'adolescentes ?

De parler énormément avec leur enfant. S'intéresser à elle, son quotidien, connaître ses goûts, ses amis, les parents de ses amis. La communication est très importante.

Pensez-vous qu'on sous-estime le phénomène ?

C'est certain. Quand j'en parle autour de moi, on me dit que ça n'existe pas, que j'exagère. On voit tellement d'articles, de reportages sur le trafic de shit! Et si peu sur la prostitution des adolescentes, alors que ça détruit des jeunes filles! Il faudrait une vraie prise de conscience. Mais le problème, c'est aussi que souvent, les filles, en tout cas, au début, ne réalisent pas qu'elles sont victimes. Elles se disent consentantes et ont l'impression de choisir leur vie. Mais une fois qu'elles sont prises dans l'engrenage, c'est trop tard.