«On n’oublie jamais» : Christian Iacono, incarné par Daniel Auteuil dans «Le Mensonge»

France 2 lance ce lundi soir une série inspirée du livre de l’ancien maire de Vence (Alpes-Maritimes), accusé à tort de viol par son petit-fils Gabriel, puis acquitté en 2015. L’ex-édile la juge émouvante et réussie même si, dit-il, elle ne répare pas tout.

 Christian Iacono a été « très présent » dans l’élaboration du « Mensonge », la série inspirée de son livre que diffuse France 2 à partir de lundi.
Christian Iacono a été « très présent » dans l’élaboration du « Mensonge », la série inspirée de son livre que diffuse France 2 à partir de lundi. PHOTOPQR/NICE MATIN/ABJ

Christian Iacono, 85 ans, vit toujours en région Provence-Alpes-Côte d'Azur, avec son épouse, et regardera sur France 2 ce lundi 5 octobre (à 21h05) le récit de sa vie s'écrire en images. Il y a 20 ans, l'ancien maire de Vence (Alpes-Maritimes), médecin radiologue, a été accusé de viols par son petit-fils Gabriel, qui, en 2011, a avoué avoir menti. Le livre de l'ex-édile, « Le Mensonge » (Ed. Sudarènes, 2016), devient une mini-série dans laquelle Daniel Auteuil incarne le personnage principal.

Voir votre histoire à l'écran, quel effet cela vous fait-il ?

CHRISTIAN IACONO. Cela me perturbe et m'émeut. J'ai été très présent au cours de l'élaboration de la série et je suis devenu proche du réalisateur Vincent Garenq et des équipes. A chaque fois que la production terminait un épisode, elle me l'envoyait. Je les regardais d'abord seul, puis avec ma femme. La souffrance resurgissait face à l'attitude de la police, de la justice, le passage en prison…

Comment avez-vous collaboré à cette adaptation ?

Ils m'ont montré le scénario à différentes étapes. Le réalisateur a rencontré beaucoup de gens qui me connaissent, il a intégré certains de leurs propos. Moi-même, je lui ai raconté des anecdotes. Parfois, je n'étais pas d'accord et il en a tenu compte. Nous avons beaucoup souffert, ma femme, ma fille, nos petits-enfants, donc l'idée n'était pas de recommencer et rajouter de la souffrance à la souffrance. Cette affaire a duré près de quinze ans, j'ai passé seize mois en prison : on a payé largement pour une innocence que la justice a eu du mal à admettre.

Comment jugez-vous le résultat ?

Très bon. Il y a beaucoup d'émotion. L'esprit général est bien respecté. Ce n'est pas facile de résumer la complexité d'une longue situation familiale. Le réalisateur a été obligé de simplifier un peu, sinon ce serait une saga en douze épisodes. Mais il montre bien les risques d'une fausse allégation prise en compte par la justice. Après mon livre, j'ai reçu beaucoup d'appels de gens meurtris qui ont vécu des situations proches. J'ai un certain nombre de choses à dire à la justice, pour l'améliorer, éviter de telles erreurs, si on voulait bien m'entendre un jour… Car on doit pouvoir faire confiance à la justice.

Daniel Auteuil dans « Le Mensonge », la série inspiré par l’affaire Iacono./France 2/Capture d’écran
Daniel Auteuil dans « Le Mensonge », la série inspiré par l’affaire Iacono./France 2/Capture d’écran  

Daniel Auteuil vous incarne à l'écran, quel regard portez-vous sur son interprétation ?

C'est un grand pro. Je l'ai vu une fois en me rendant sur le tournage. Il n'a pas cherché à m'interroger, il a joué comme il l'a senti. Je lui faisais toute confiance et je ne suis pas intervenu. Je suis heureux qu'il ait perçu avec sensibilité les souffrances de notre famille. J'espère avoir l'occasion de le revoir.

Qu'attendez-vous de la diffusion ?

Je ne suis pas un habitué des séries, mais je pense que ça devrait intéresser les téléspectateurs : les problèmes au sein des familles, ou avec la justice, tout comme les erreurs médicales, ce sont des faits de société. Je ne peux pas marcher dans la rue sans qu'on m'arrête pour me demander comment je vais.

Cette adaptation a-t-elle valeur de réparation pour vous ?

Cela se peut mais la réparation n'est jamais complète. Après cette diffusion, j'aurai la même réaction qu'à la sortie du livre, en me disant « la page est tournée ». En réalité, on n'oublie jamais et ça revient. Cette affaire a ruiné ma vie professionnelle, politique, sociale. Donc, ce n'est pas réparable complètement, mais ça permet d'adoucir un petit peu et de diffuser la vérité.

Votre petit-fils Gabriel, qui vous avait accusé à tort, a-t-il vu la série ?

Oui. Il ne s'y est pas opposé et nous a dit que plusieurs passages l'avaient bouleversé. On reste en contact. Il a 28 ans et il est sur une bonne voie professionnelle. Je tenais à ce qu'il n'ait pas une vie gâchée. Je voudrais qu'il la réussisse après un mauvais départ.

Vous êtes résilient…

On ne dira pas que tout est bien qui finit bien, car cela laisse des traces, pour lui comme pour moi. Mais comme pour mon livre, la série se termine par « en avant la vie »…