Netflix : «Pelé» révèle l’homme derrière la légende du football

Celui qui est célébré comme le plus grand footballeur de tous les temps a droit à un grand documentaire diffusé sur Netflix. Il était temps.

 Diffusé sur Netflix, le documentaire «Pelé» permet de redécouvrir les images  de la Coupe du Monde 1970 au Mexique, réputée la plus belle de l’Histoire.
Diffusé sur Netflix, le documentaire «Pelé» permet de redécouvrir les images de la Coupe du Monde 1970 au Mexique, réputée la plus belle de l’Histoire. Netflix

C'est un homme vulnérable, marchant difficilement à l'aide d'un déambulateur qui s'avance dans une pièce vide. Comme une ultime représentation. Edson Arantes Do Nascimento, dit Pelé, le plus grand footballeur de tous les temps, comme on l'a appelé jusqu'à l'avènement de Maradona - il y a maintenant débat, que personne ne pourra jamais trancher - revient sur le devant de la scène dans le documentaire que Netflix lui consacre. Un film très précieux, parce qu'il en existe peu sur cette icône du sport qui a marqué plus de mille buts à une époque où le football n'irriguait pas nos écrans. Très loin de là.

Pelé a remporté trois Coupes du Monde, entre 1958 et 1970, et tous les amateurs de ballon rond qui ont grandi même dans la décennie après sa retraite n'entendaient que ce mot à la bouche. Johan Cruyff, c'était le Pelé blanc. Le Brésilien était l'étalon-or à qui toute nouvelle star était comparée. Lui l'incomparable, le dribbleur cool, le passeur insensé, le buteur à sang froid. Mais à l'époque, on ne filmait pas le foot comme maintenant avec des dizaines de caméras.

Alors, pour les débuts du génie, lors de la Coupe du Monde de 1958 en Suède, il faudra se contenter d'un noir et blanc un peu tremblant, et de quelques gestes fabuleux, notamment contre les Bleus de Raymond Kopa en demi-finale. C'est déjà beaucoup, car le petit écran en est à ses balbutiements.

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Les grands joueurs précédents, Puskas ou Di Stefano, ne sont même pas entrés dans cette mémoire-là. « Pelé est arrivé au moment où la télévision a fait son apparition », rappelle l'un des témoins participant à ce film, tous Brésiliens, journalistes, historiens du sport, le grand musicien, Gilberto Gil, l'ancien président de la République, Fernando Henrique Cardoso, ou bien sûr les joueurs à ses côtés dans ce grand Brésil, Zagallo, Jaïrzinho, Paulo César, Rivelino…

Des images de la Coupe du Monde 1970

Suivre Pelé, c'est donc aussi voir la télé évoluer, du noir et blanc à la couleur. Comme une magie de première fois dans ces images de la Coupe du Monde 1970 au Mexique – réputée avoir été la plus belle de l'Histoire- avec ces teintes qui ressemblent à du CinemaScope. C'est aussi le temps de l'innocence : Pelé a joué toute sa carrière dans le même petit club qu'il a fait grandir, le FC Santos, à part une brève immersion en préretraite au Cosmos de New York, pour lancer le football aux Etats-Unis.

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Aujourd'hui, l'enfant prodige aurait été débauché par le Barça ou le Real dès ses 18 ans… L'innocence, mais la violence : à cette période, justement parce qu'il y avait peu d'images, pas de ralentis ou d'émissions, les attaquants sont massacrés par les défenseurs, et le roi sera souvent blessé. On ne protège pas les artistes, aucune chaîne payante ne se nourrit de leurs exploits.

« Pelé », le nom du film réalisé par le tandem David Tryhorn, pointure du documentaire sportif, et Ben Nicholas, raconte aussi l'émergence douloureuse du Brésil dans le concert des nations. « Il est devenu le symbole de l'émancipation brésilienne », dit Gilberto Gil, qui fut ministre de la Culture du gouvernement Lula, du joueur noir qui incarne un pays réconcilié avec ses métissages. Mais pas avec ses démons politiques : de 1964 à 1985, la dictature confisque le pouvoir et le joueur s'en arrange, ce qui fait enrager, encore aujourd'hui, son coéquipier Paulo César : « Il a été un béni-oui-oui, un Noir soumis », cingle ce dernier. « Pelé » n'est pas une hagiographie.

Le difficile statut de superstar

Le film montre un octogénaire bouleversant dans ses fragilités et ses limites. Lui qui avait été cireur de chaussures pour aider sa famille à l'adolescence - il reproduit ces gestes anciens sur une caisse qu'il fait tambouriner comme un instrument de percussions, une scène qui dit tout de générations de misère, sans un mot - a eu du mal à assumer son statut de superstar. Il se détend en retrouvant ses anciens coéquipiers de Santos, avec lesquels le vieil homme rit comme un gamin.

Comme pour évacuer le souvenir d'un énorme stress : en 1970, avant le sacre qui en fit définitivement une légende, il ne voulait pas jouer, lassé des blessures à répétition, usé par l'âge. « Le plus beau moment qu'offre une victoire, ce n'est pas le trophée, c'est le soulagement », lâche-t-il aujourd'hui. Il en pleure. Après le titre, on le voit crier « je ne suis pas mort ». Le football a toujours été une question de vie ou de mort. Pelé, c'est la vie.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

«Pelé», documentaire inédit de David Tryhorn et Ben Nicholas (1h48). Sur Netflix à partir de ce mardi.