«Moloch» va enflammer Arte

Rencontre avec l’équipe qui a donné vie à ce polar mâtiné de fantastique, diffusé à partir de ce jeudi soir, dans lequel des gens prennent feu sans raison apparente.

 Marine Vacth campe Louise, jeune journaliste froide à l’ambition dévorante.
Marine Vacth campe Louise, jeune journaliste froide à l’ambition dévorante. Calt Sutdio/Guillaume Van Laethem

Ça, c'est du changement ! Après avoir créé la série « Chefs » avec sa compagne, Marion Festraëts (sur France 2 de 2015 à 2016, désormais disponible sur Salto), Arnaud Malherbe avait envie de quelque chose de radicalement différent. « Pour Moloch, la racine de l'idée, c'était de faire un thriller mental et fantastique dans un cabinet de psy. Puis, au fil de l'écriture, ça a débordé et l'action se déroule finalement dans une ville », décrit le coauteur et réalisateur de la série, dont les trois premiers épisodes sont diffusés sur Arte ce jeudi, à partir de 20h55.

Une cité fictive sans nom où une première victime s'embrase soudainement. Accident? Meurtre? Suicide? Aucune explication évidente ne se détache et l'affaire intrigue une journaliste stagiaire (jouée par Marine Vacth ) qui mène ses propres investigations. Pour en savoir plus, elle va se rapprocher du psychiatre de la première victime, Gabriel (incarné par Olivier Gourmet), tandis que derrière la série de combustions spontanées se détache peu un peu un message dénonçant l'injustice sociale.

Ce projet a mûri depuis plus de six ans dans l'esprit d'Arnaud Malherbe, de nouveau accompagné à l'écriture par Marion Festraëts. « En tant qu'auteurs, nous sommes nourris par la société : les attentats, le chaos social et politique, précise le premier. A l'époque aussi, il y avait des histoires de suicides à France Télécom … » « Ceux qui ont déjà vu la fiction pensent qu'on a été inspiré par le mouvement des Gilets jaunes, mais pas du tout, sourit le producteur Xavier Matthieu. Ça montre à quel point la série est visionnaire et ancrée dans son temps. »

«On n'a pas toujours l'autorisation de mettre le feu !»

Ce qui marque vite dans « Moloch », série récompensée du prix du meilleur scénario la semaine dernière au festival Canneseries, c'est son atmosphère intimiste et quelque peu étrange, immersive grâce à des décors remarquablement bien sélectionnés. « On a tourné en Belgique, il y a des petits bouts de Bruxelles, d'Anvers, d'Ostende, qui recomposent une ville un peu fantasmatique mais qu'on voulait aussi un peu hors du temps », détaille Marion Festraëts.

Evidemment, les scènes d'embrasement sont saisissantes. « Ce sont principalement des cascadeurs que l'on voit, mais certaines séquences sont intégralement en effets spéciaux digitaux et d'autres sont un mélange des deux. Tout dépend des décors, parce qu'on n'a pas toujours l'autorisation de mettre le feu ! » souligne Arnaud Malherbe. « En tant que producteur, ce sont des scènes assez angoissantes car on assiste à ça de loin, en restant passif, se souvient Xavier Matthieu. Même si tout est ultra-sécurisé, il y a des vies en jeu. »

« Les scènes d’embrasement sont assez angoissantes car on assiste à ça de loin, en restant passif », se souvient Xavier Matthieu, producteur de la série. /Calt Studio/Sofie Silberman
« Les scènes d’embrasement sont assez angoissantes car on assiste à ça de loin, en restant passif », se souvient Xavier Matthieu, producteur de la série. /Calt Studio/Sofie Silberman  

Quant aux personnages, « Moloch » prend le parti de s'appuyer sur une héroïne assez antipathique, très froide, à l'ambition dévorante. Stagiaire pour un magazine, la jeune Louise n'est pas ménagée par ses collègues et supérieurs. « Marion et moi avons tous les deux été journalistes par le passé et certaines situations qu'on voit à l'écran, Marion les a vraiment vécues » assure Arnaud Malherbe.

Intrigante d'entrée, déroutante par la suite, « Moloch » est une série audacieuse. Son arythmie singulière instaure tout de même une distance avec le téléspectateur, qui s'installe dans un certain malaise. Pour autant, le propos original et la réalisation très réussie méritent qu'on s'y attarde.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 3,5/5

«Moloch», série française d'Arnaud Malherbe (2020) avec Marine Vacth, Olivier Gourmet… Episodes 1 à 3/6 (3 x 52 minutes). Les six volets sont disponibles sur Arte.tv.