Miss Guadeloupe : «Nous avons manqué de temps et d’informations», regrette Sylvie Tellier

La directrice des Miss revient sur la décision de disqualifier Anaëlle Guimbi, une candidate qui avait posé seins nus dans le cadre d’une campagne contre le cancer.

 « Je veux à tout prix l’accompagner dans cette épreuve », assure Sylvie Tellier, à propos d’Anaëlle Guimbi.
« Je veux à tout prix l’accompagner dans cette épreuve », assure Sylvie Tellier, à propos d’Anaëlle Guimbi.  LP/Fred Dugit

« Je suis profondément attristée par les proportions que prend cet épisode, mais quel serait l'intérêt pour l'organisation Miss France d'exclure une jeune fille qui s'engage dans la lutte contre le cancer du sein? » La gorge nouée, Sylvie Tellier, la directrice générale de la société Miss France, se retrouve au cœur d'une polémique dont elle se serait bien passée. La raison : l'éviction avant même l'élection d'Anaëlle Guimbi, une candidate à l'élection de Miss Guadeloupe pour avoir posé dénudée, la poitrine recouverte de maquillage et de bijoux. Une photo destinée à la sensibilisation pour lutter contre le cancer du sein. C'est la jeune femme de 20 ans qui a annoncé sa mise à l'écart sur son compte Instagram, en repostant les clichés en question, il y a trois jours.

« Les photos que vous voyez s'avèrent être contraires aux valeurs de Miss France. Les règles sont ce qu'elles sont, je m'incline mais je continuerai toujours à défendre les valeurs qui me sont chères comme ce combat contre le cancer du sein », a-t-elle commenté dans un post « liké » ce lundi par plus de 20 000 personnes.

Sandra Bisson, la présidente du comité Miss Guadeloupe, a précisé sur la radio Guadeloupe 1re, que ça n'était qu'« une question de réglementation » appliquée « à la lettre ». Pas de quoi éteindre le feu des critiques, de Françoise Laborde, journaliste et fondatrice de l'association Pour les femmes dans les médias (PFDM) à Valérie Trierweiler en passant par l'ancienne Miss Alexandra Rosenfeld. « On est en 2020, ce genre d'engagement devrait être salué plutôt que puni » a commenté l'ex reine de beauté sur son compte Instagram.

« Le règlement est très précis, pour se présenter à une élection de Miss, il ne faut pas avoir participé à des photos, captations audiovisuelles ou tout événement exposant les parties intimes d'une candidate, précise Sylvie Tellier. Il me semble que vouloir préserver l'intimité de nos candidates n'a rien de rétrograde. Cependant, ces photos restent à l'appréciation de l'organisation car chaque cas est différent. À chaque questionnement, il faut avoir le contexte pour pouvoir décider au cas par cas »

Et de rappeler : « Nous conseillons aux candidates de nous montrer les photos sur lesquelles elles auraient des doutes et de nous raconter leur histoire. Malheureusement, Anaëlle n'en a pas eu l'opportunité, jusqu'à ce que quelqu'un transmette ces clichés quelques heures avant l'élection. Les chefs de comité, pour la plupart bénévoles, ne sont pas des policiers, ce n'est pas à eux d'aller fouiller dans le passé des filles… »

« Des photos qui n'ont rien d'obscènes ou de tendancieuses »

Dans une lettre ouverte, les présidentes du réseau Amazones qui vient en soutien à des femmes atteintes de cancer, se sont néanmoins dites « déçues et surprises que la jeune Guadeloupéenne soit éliminée de la compétition pour des photos qui n'ont rien d'obscènes ou de tendancieuses. » « Le sein ne doit pas toujours être sexualisé, et c'est très important pour faire passer notre message que des jeunes femmes d'une vingtaine d'années s'engagent pour notre cause et communiquent sur les réseaux sociaux, là où sont les jeunes femmes, raisonne Alexandra Harnais, fondatrice du réseau Projet Amazones. Nous avons besoin que des femmes ayant de la visibilité se mobilisent. D'ailleurs, nous sommes en contact avec Anaëlle, et elle compte continuer à s'investir. Elle représentera notre organisation lors d'Octobre Rose (NDLR : campagne de sensibilisation au dépistage) cet automne. »

L'année 2020 tourne décidément au casse-tête pour l'élection de Miss France, qui a dû revoir toute la procédure, notamment en mettant en place des candidatures vidéo pendant le confinement. « Avec le Covid, les élections se passent dans des conditions compliquées, je n'étais pas sur place en Guadeloupe et il y a 6 heures de décalage horaire, poursuit Sylvie Tellier. Partant d'une bonne intention, nous ne voulions pas prendre le risque d'une annulation de l'élection s'il y avait un recours a posteriori. Dans les faits, nous avons juste manqué de temps et d'informations pour apprécier le contexte. Je le regrette. C'est un procès vraiment injuste car nous possédons une association Les bonnes fées qui œuvre au quotidien pour venir en aide aux patients atteints du cancer dans les centres à Nancy, Lyon et bientôt à Lille. »

« Anaëlle va venir en métropole »

La directrice du comité et la candidate destituée pourraient bien se rencontrer pour solder la polémique. « Anaëlle va venir en métropole, cela serait super que Sylvie Tellier nous reçoive. Gran nonm paka wont, comme dit le proverbe en créole martiniquais. Cela signifie Les grandes personnes n'ont pas à avoir honte « on peut se tromper », poursuit Alexandra Harnais, du réseau Amazones.

« Je l'ai eu plusieurs fois au téléphone, ce n'est pas facile de se retrouver au cœur d'une telle polémique et je veux à tout prix l'accompagner dans cette épreuve, assure la boss des Miss. J'espère qu'elle a compris la position du comité. Évidemment, je serai ravi de la rencontrer, tout comme l'association les Amazones avec qui le comité de Guadeloupe travaille régulièrement. Certaines personnes nous demandent de prendre des mesures mais nous n'en avons pas eu le temps car l'élection est déjà passée. Et en attendant, on ne va pas destituer Kenza, la jeune fille qui a été élu Miss Guadeloupe, cela serait trop injuste. »