«Michel Drucker ne reviendra pas avant février», assure sa coproductrice

Nous avons rencontré Françoise Coquet, la coproductrice historique de l’animateur vedette de France 2, au Studio Gabriel. Il ne devrait pas tourner de nouvelles émissions avant 2021.

 « C’est un battant et la télé lui manque. Il mourra sur scène », lâche sa coproductrice Françoise Coquet.
« C’est un battant et la télé lui manque. Il mourra sur scène », lâche sa coproductrice Françoise Coquet. LP/Philippe Lavieille

« Valérie Lemercier qui chante J'ai perdu 25 kg d'Enrico Macias, c'était dans quelle émission déjà? demande à son équipe Françoise Coquet, qui a accepté de nous recevoir dans les coulisses du mythique Studio Gabriel. Je vais lui demander, tiens! » Ni une ni deux, la coproductrice historique de « Vivement dimanche » appelle l'humoriste vedette pour boucler le montage d'un nouveau best-of du rendez-vous dominical de France 2. Un travail de fourmi en l'absence de Michel Drucker, placé en centre de rééducation après trois semaines de convalescence à l'hôpital.

Opéré du cœur le 26 septembre, le taulier du PAF a dû annuler sa rentrée et les premiers tournages prévus début octobre. Enfin, c'est son binôme qui s'en est chargé. « La plupart des invités ont vite compris », glisse-t-elle.

Le retour de Michel Drucker n'est pas pour tout de suite. « La chaîne nous a demandé de remonter des émissions jusqu'en janvier. Mais à mon avis, il ne reviendra pas avant février », poursuit Françoise Coquet, en même temps qu'elle croise les doigts pour que son protégé se remette vite en selle. « Avec tout le sport qu'il a fait, faut bien que ça serve à quelque chose, lâche-t-elle, malicieuse. C'est un battant et la télé lui manque. Il mourra sur scène. »

Françoise Coquet nous ouvre les portes du bureau de Michel Drucker, où trônent son vélo électrique et des photos avec Aznavour et Johnny notamment./LP/Philippe Lavieille
Françoise Coquet nous ouvre les portes du bureau de Michel Drucker, où trônent son vélo électrique et des photos avec Aznavour et Johnny notamment./LP/Philippe Lavieille  

Quelques jours avant son quadruple pontage coronarien, l'animateur de 78 ans avait demandé à la chaîne de le remplacer provisoirement par Maud Fontenoy à la tête de « Vivement dimanche » et « Vivement dimanche prochain ». Refus catégorique de la direction de France Télévisions. « Ils tenaient à ce que Michel reste à l'antenne, pour maintenir le lien avec ses téléspectateurs, même avec des rediffusions. Peu importe la durée », raconte sa coproductrice « jumelle ».

Quasi un demi-siècle que ces deux-là, nés « le même jour de la même année », travaillent ensemble. Une exception dans ce milieu où tous les coups bas sont permis. « Michel me fait confiance, assure Françoise Coquet, venue avec sa chienne Billy, une jeune golden retriever. On a chacun nos rôles. Je n'aurais pas supporté qu'on me fasse chier. »

Sur le canapé rouge, pas mieux qu'un Kad Merad ou Alain Chabat

La dernière livraison : trois best-of autour des humoristes pour les vacances de la Toussaint, même si finalement France 2 a diffusé du rugby, dimanche. « Après, on peut faire ce qu'on veut, comme une spéciale Chirac et Belmondo, qui a inspiré les Dujardin et Duléry ». Gros fous rires en salle de montage, surtout devant les anciens sketchs « hilarants » de Mathieu Madénian. « Il osait tout, même face à un Johnny Hallyday, se souvient la boss. Lui, il revient quand il veut. Enfin bon, Madénian nous a souvent plantés depuis qu'il tourne des fictions. »

Françoise Coquet entourée d’Isabelle (à gauche) et Christelle, surnommée « Cricri », respectivement monteuse et scripte officielle de Drucker./LP/Philippe Lavieille
Françoise Coquet entourée d’Isabelle (à gauche) et Christelle, surnommée « Cricri », respectivement monteuse et scripte officielle de Drucker./LP/Philippe Lavieille  

George Clooney, Matt Damon, Jane Fonda, Bill Murray ou encore Ryan Gosling se sont tous assis sur le canapé rouge. Mais comme invité, pas mieux qu'un Kad Merad, Edouard Bear, Benoît Poelvoorde, Fabrice Luchini ou Alain Chabat, « à chaque fois fabuleux. » Parmi les pépites retrouvées, il y a la séquence où Dany Boon et Gad Elmaleh tournent en dérision la chemise à fleurs de Julien Clerc, identique à celles du chanteur Antoine. « Gad veut avoir le dernier mot, la dernière blague, alors que Dany, lui, il s'en fout de ça », indique Coquet.

À ses côtés ce jour-là, « Cricri », scripte officielle de Michel Drucker depuis 1993, et Isabelle, qui enchaîne ses montages depuis une dizaine d'années. Il y a aussi Jérémy, documentaliste et assistant réal en fonction des besoins. À eux quatre, ils sont la mémoire de près de 1000 numéros de « Vivement dimanche », lancée en septembre 1998. Toutes les cassettes betacam des émissions, y compris celle d'autres productions maisons comme « Champs-Elysées » ou « Star 90 », sont entreposées dans un local exigu, derrière le plateau. En farfouillant, Françoise Coquet tombe sur l'émission 1.

« La première année, le concept n'avait rien à voir avec l'actuel, précise la doyenne des lieux. Ça a vraiment débuté en 1999 avec Roger Hanin comme invité fil rouge. Moi, je voulais Patrick Bruel, que j'ai mis dans la lumière. Mais il a refusé, car il ne souhaitait pas essuyer les plâtres. Je lui ai fait la gueule pendant un an. » Vingt-deux années et plusieurs changements d'horaires plus tard, « Vivement dimanche » a toujours ses fidèles. « On ne pouvait pas penser que ça allait durer autant de temps », ajoute notre hôte, qui a débuté comme monteuse de « Bonne Nuit les petits » en 1962.

Toutes les cassettes betacam des émissions, y compris celle d’autres productions maisons comme « Champs-Élysées » ou « Star 90 », sont entreposées dans ce local exigu, derrière le plateau./LP/Michael Zoltobroda
Toutes les cassettes betacam des émissions, y compris celle d’autres productions maisons comme « Champs-Élysées » ou « Star 90 », sont entreposées dans ce local exigu, derrière le plateau./LP/Michael Zoltobroda  

Pourtant, il y en a eu des embûches. « En 2015, quand Vincent Meslet a été nommé patron de France 2, il a voulu nous virer pour mettre une série à la place, garde en travers de la gorge Françoise Coquet. L'année suivante, c'est lui qui s'est fait virer. » Puis, il y a l'épisode Laurent Delahousse, qui a fait du lobbying pour obtenir en 2017 le créneau de 19 heures, celui de « Vivement dimanche prochain ». « Xavier Couture, le numéro 2 de France Télévisions de l'époque, est venu nous dire qu'il prenait notre place et que ce n'était pas négociable », se souvient la productrice.

Elle n'a pas, non plus, oublié les erreurs de communication du journaliste star de l'info : « Il a eu le malheur de dire Avec moi, fini le blues du dimanche soir. C'est pour ça que Michel a raconté que ce n'était pas un mec bien. À notre âge, on peut se le permettre. (Rires) Après ça, sa femme, Alice Taglioni, m'a envoyé un SMS pour me dire qu'on ne le connaissait pas vraiment. Et ça s'est arrangé autour d'un déjeuner. » Le dernier tacle par-derrière vient de Thierry Ardisson, mercredi dernier dans « 6 à la maison », le nouveau talk-show culturel de France 2. Interrogé sur le secret de ses interviews, l'homme en noir a répondu que son « seul but était de faire moins bêta que Drucker ». Coquet et son équipe ont vu rouge. « C'est complètement déplacé, s'agace la septuagénaire. Chez lui, tout est monté. Et on lui écrit tout! »

Patrick Sébastien, « il peut encore attendre »

Et quid des relations entre Michel Drucker et Delphine Ernotte-Cunci, la présidente du service public? « Elle l'a toujours soutenu, assure Coquet. Stéphane Sitbon-Gomez (NDLR : son nouveau numéro 2) est sur la même longueur d'onde. Ils ont d'ailleurs été les premiers à voir Michel après son opération. Ça compte. »

Entre deux archives vidéo, on pousse la porte d'en face, celle du bureau de Drucker, habituellement fermé à clé. On y trouve les « photos de sa vie » au mur, avec Aznavour et Johnny, un vélo électrique, une blouse blanche sur laquelle est inscrite « Dr Drucker » ou encore le badge du tournage du 14 Juillet, qui marque son dernier passage au studio avant sa retraite dans les Alpilles et son hospitalisation.

Des photos affichées dans le bureau de Michel Drucker./LP/Philippe Lavieille
Des photos affichées dans le bureau de Michel Drucker./LP/Philippe Lavieille  

Il y a aussi une pile de livres qui attend son retour, dont la version poche de « Sans chaînes », sur la vie de Patrick Sébastien. « Celui-là, il peut encore attendre », balance notre guide, qui n'a pas mis les pieds dans la pièce depuis plusieurs mois. « Ça fait bizarre d'être là sans lui, confie-t-elle. Mais ce n'est pas comme un décès. Michel, il reviendra. »