Le phénomène Twitch, des consoles de jeux vidéo à l’Elysée

Initialement prisée par les fans de jeux vidéo, la plate-forme de streaming s’ouvre de plus en plus à d’autres sujets. Des médias généralistes jusqu’à la politique, avec le porte-parole du gouvernement qui y débute un rendez-vous hebdomadaire ce mercredi.

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 La télévision lorgne de plus en plus sur Twitch pour conquérir un public plus jeune. Franceinfo a été la première chaîne à tenter le pari, bien aidée par Samuel Etienne.
La télévision lorgne de plus en plus sur Twitch pour conquérir un public plus jeune. Franceinfo a été la première chaîne à tenter le pari, bien aidée par Samuel Etienne. AFP/Martin Bureau

Elle fêtera déjà ses 10 ans en juin. Mais, depuis quelques mois, Twitch est devenu un phénomène. En octobre dernier, Médiamétrie lui attribuait 4,9 millions de visiteurs uniques, une percée de 40% en un an. En France, la plate-forme détenue par Amazon représente à elle seule plus de 80% des visites sur un site de diffusion vidéo en direct. Avec un public très jeune. « La majorité de nos utilisateurs ont entre 13 et 35 ans », nous indique un responsable.

Initialement, c'est avec le « gaming » que Twitch a débuté, à savoir des utilisateurs qui se filment en train de jouer à des jeux vidéo. Principalement à « Call of Duty », « Minecraft », « Fortnite », ou plus récemment « Among Us ». Et les chiffres sont impressionnants. Twitch recense plus d'un milliard de minutes de vidéos vues en 2020. Un succès croissant qui a fait émerger de nouveaux visages, y compris en France, avec Domingo, Gotaga ou Zerator. Et a permis à certains de toucher des médias plus traditionnels. Depuis octobre, Brak, 87000 abonnés sur Twitch, est aux commandes des soirées de NRJ. Auparavant, la radio avait déjà confié une émission à Domingo.

Samuel Etienne fait le buzz avec sa revue de presse

A la recherche d'un public moins grisonnant, la télévision lorgne de plus en plus sur Twitch. Franceinfo a été la première chaîne à tenter le pari, bien aidée par un visage désormais emblématique de la plate-forme : Samuel Etienne. « C'est né d'un concours de circonstances », se souvient l'animateur de « Questions pour un champion ». Lors du confinement du printemps, un internaute, Etoiles, l'interpelle sur Twitter. Sur Twitch, il rediffuse d'anciens numéros du jeu de France 3 et s'amuse à y répondre et à faire jouer ses 20000 spectateurs. Son message est partagé par des dizaines d'internautes. Puis des centaines. « J'ai découvert un formidable lieu de liberté, d'échanges et d'interactivité », affirme-t-il.

Fort de ce premier essai, Samuel Etienne se met à imaginer un format rien qu'à lui. « Sauf que je suis nul en jeux vidéo », s'amuse-t-il. Avec Etoiles, ils réfléchissent et décident de faire une revue de presse, exercice que connaît bien l'animateur. France Télévisions donne son accord. Et même l'encourage. Pour l'occasion, Samuel Etienne investit 2000 euros de sa poche. « Je me suis fait plaisir : nouvel ordinateur, écran supplémentaire, micro, table de mixage, lumières… » Et il se lance à l'automne. Deux à trois heures de revue de presse chaque jour, autant de préparation, y compris le week-end. Et un succès immédiat. Ils sont jusqu'à 50000 à le suivre au quotidien. « Et ils ne sont pas passifs. Certains me disent même être allés acheter un journal pour la première fois. Et quelques-uns se sont même abonnés ! » confie-t-il.

Samuel Etienne ne compte pas s'arrêter là. « Je suis accro au sport depuis vingt ans. Du coup, je réfléchis à un programme sur le sujet sur Twitch. J'aimerais emmener les gens courir avec moi », explique l'animateur, qui ne dégage aucun revenu de ses streams. En attendant, il est régulièrement sollicité par des confrères, curieux de l'aventure. C'est le cas de Thierry Beccaro, qui a démarré le 19 février une émission de discussion avec des jeunes. Avant les arrivées annoncées d'Arte et de TF1 en mars, pour des émissions d'information.

Les politiques se jettent à l'eau

Car si le jeu vidéo était jusqu'ici dominant, les autres genres se multiplient. « Le contenu hors gaming a quadruplé en trois ans », affirme-t-on chez Twitch. Et cela va jusqu'au monde politique. Jean-Luc Mélenchon s'y est déjà exprimé à plusieurs reprises face aux internautes, tout en affirmant ne pas tout comprendre. Et dès mercredi 24 février, c'est Gabriel Attal qui va s'essayer à l'exercice. Une fois par mois, le porte-parole du gouvernement s'adressera aux internautes dans le cadre d'un débat codiffusé sur YouTube. Le studio sera installé à l'Elysée. « Le président de la République souhaite que nous nous adressions aux jeunes. Et au-delà de ça, il n'y a pas de place pour le snobisme dans nos modes de communication, explique le secrétaire d'Etat auprès du Premier ministre, âgé de 31 ans. Je suis d'une génération qui a grandi avec le Web, avec les réseaux sociaux. Je suis assez proche de ces jeunes générations. »

Pour son arrivée sur Twitch, Gabriel Attal sera accompagné de cinq ou six jeunes et répondra aux questions des internautes. Chaque émission sera thématisée. La première sera évidemment consacrée à la crise sanitaire. Et le benjamin du gouvernement ne s'interdit pas des renforts à l'avenir. « Pourquoi ne pas inviter un ministre quand il est concerné directement par le thème, comme Barbara Pompili pour l'écologie », imagine-t-il. L'émission sur Twitch est prévue pour être mensuelle. Mais le rythme pourrait évoluer. « Nous verrons à l'usage », promet-on dans son entourage.

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La politique sur Twitch, une association naturelle pour la plate-forme. « Notre communauté est multidimensionnelle et passionnée, sur tous les sujets. Ce n'est pas surprenant que les politiques s'intéressent de plus en plus à nous », glisse un responsable. Malgré tout, ce type de contenu s'accompagne d'une forte attention. « Nous interdisons aux politiques de monétiser leur chaîne ou d'acheter de la publicité », assure-t-on chez Twitch. Qui ne propose aucun traitement de faveur, les politiciens devant adhérer aux mêmes conditions d'utilisation que les autres utilisateurs. De là à imaginer Twitch peser dans la présidentielle en 2022, il n'y a qu'un pas.