«Le Mensonge», série inspirée de l’affaire Iacono sur France 2 : Daniel Auteuil «n’a pas hésité»

Absent du petit écran depuis 40 ans, Daniel Auteuil s’impose dans la nouvelle série lancée lundi soir sur France 2. Il incarne un grand-père dont la vie vole en éclats après avoir été accusé à tort de viol par son petit-fils.

 Dans « Le Mensonge », Daniel Auteuil incarne Claude Arbona, un personnage inspiré par l’ancien maire de Vence Christian Iacono.
Dans « Le Mensonge », Daniel Auteuil incarne Claude Arbona, un personnage inspiré par l’ancien maire de Vence Christian Iacono. FRANCE 2/Capture d’écran

L'affaire a défrayé la chronique pendant quinze ans. Sur le banc des accusés, Christian Iacono, alors maire de Vence (Alpes-Maritimes), accusé de viol par son petit-fils Gabriel en 2000, et qui n'a cessé de clamer son innocence. Deux fois condamné, l'ancien édile avait été acquitté en 2015 à l'issue de son procès en révision − fait rarissime − après la rétractation du garçon.

Ce drame familial, cette vie d'un notable qui vole en éclats sur fond de déchirements, d'impossibilité à dialoguer et de ratés judiciaires servent de trame à la nouvelle série « Le Mensonge », lancée ce lundi 5 octobre par France 2 (à 21h05). « J'avais tout réussi. Mais l'histoire était trop belle […] et il a fallu que je paye l'addition », lâche Claude Arbona, le personnage du grand-père en marche pour devenir sénateur, au tout début de cette mini-série en quatre épisodes inspirée du livre de Christian Iacono.

Cet homme qui se défend depuis l'enfer, et pardonne au petit-fils déchiré par le divorce de ses parents, offre à Daniel Auteuil l'occasion de faire une incursion remarquable sur le petit écran où il n'était plus apparu depuis la fin des années 1970. « On ne me sollicite jamais pour la télévision, sourit le comédien. J'attendais une opportunité, une histoire convaincante. Cette tragédie familiale réelle est d'une grande violence. Je n'ai pas hésité quand le réalisateur Vincent Garenq me l'a proposée, car j'avais fait Au nom de ma fille avec lui et je savais que le sujet serait traité avec beaucoup de rigueur, de pudeur et force, que la vérité serait claire. »

«Etre le plus honnête possible par rapport à eux»

Pour se lancer, le metteur en scène de « Présumé coupable » au cinéma a consulté Christian Iacono et ses proches. « J'étais toujours inquiet de ne pas les trahir, avance Vincent Garenq. Je me suis arrangé pour qu'ils lisent les différentes versions du scénario. Pour réduire quinze ans de vie, il a fallu passer par des simplifications et l'expliquer dès le départ à la famille. Seul le fils de Christian Iacono n'a pas souhaité lire le scénario. »

Daniel Auteuil a pu également rencontrer l'ancien maire. « Le petit-fils a même travaillé sur le tournage ! Je me suis davantage inspiré du bonheur retrouvé d'aujourd'hui, confie-t-il. Cela me gênait un peu d'aller leur poser des questions. Je reste dans le domaine de la fiction en sachant que ces gens existent vraiment. J'ai juste essayé d'être le plus honnête possible par rapport à eux ».

« Il était intéressant de montrer cette descente aux enfers et la force d’âme de cet homme qui garde tout son amour pour son petit-fils », dit Daniel Auteuil./DR
« Il était intéressant de montrer cette descente aux enfers et la force d’âme de cet homme qui garde tout son amour pour son petit-fils », dit Daniel Auteuil./DR  

A l'écran, Claude affiche un calme surprenant. « Moi, je ne sais pas comment je réagirais dans de telles circonstances. Je n'ose même pas l'imaginer, poursuit l'acteur. Quand tout est contre vous, il y a une forme d'accablement, c'est sidérant. S'énerver ne sert à rien. Ce personnage garde la raison, il fait en sorte de se défendre, cherche à savoir d'où tout cela est venu. Il était intéressant de montrer cette descente aux enfers et la force d'âme de cet homme qui garde tout son amour pour son petit-fils ».

Des premiers experts trop empressés à l'enchaînement des procès jusqu'à la rétractation du petit-fils, la série n'épargne pas les déraillements de tout un système. « Dans l'enquête, on retient surtout la parole de l'enfant, à juste titre, mais il n'y a pas de présumé innocent », relève Daniel Auteuil. « On décrit un parcours judiciaire dans toute son inhumanité, son absurdité et l'engrenage d'une machine qu'il est extrêmement difficile de retourner quand le la est donné. C'est un système rigoureux, mais en réalité faillible, renchérit le réalisateur qui s'est immergé dans le dossier d'instruction. C'est fascinant et cela peut arriver à tout le monde ».