Lancement de Star : «Disney n’abandonne pas la salle de cinéma», assure Hélène Etzi

La plate-forme de streaming Disney + s’enrichit à partir de ce mardi d’une nouvelle offre, Star, pour atteindre près de 10000 heures de programmes. Hélène Etzi, patronne de Disney France, détaille son contenu.

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 Paris (IIIe), le 16 février. Hélène Etzi, la présidente de Disney France, est venue présenter Star, un nouvel univers qui proposera notamment des séries inédites.
Paris (IIIe), le 16 février. Hélène Etzi, la présidente de Disney France, est venue présenter Star, un nouvel univers qui proposera notamment des séries inédites. LP/Delphine Goldsztejn

Elle est passée par des agences de publicité, puis par France Télécom, avant d'entrer chez Disney France en 2004 et de gravir les échelons. Devenue présidente en avril 2019, Hélène Etzi, 55 ans, ne s'était depuis jamais exprimée dans les médias. Elle a tenu à le faire pour la première fois dans nos colonnes, à l'occasion du lancement de « Star » sur Disney+, qui va presque doubler l'offre de contenus sur la plate-forme.

Quel est l'objectif de Star, lancée ce mardi ?

HÉLÈNE ETZI. C'est un nouveau monde, qui vient compléter les contenus de Disney+. Une offre qui est plus destinée aux jeunes adultes, alors que Disney+ est plus familiale. Nos études internes ont révélé que nos abonnés demandaient davantage de contenus « pour eux », en tant qu'individus et non pas en tant que cellules familiales.

En volume, cela représente un accroissement conséquent de l'offre Disney + ?

Pour la France, nous proposions jusqu'ici 6000 heures de programmes sur la plate-forme, et avec l'arrivée de Star, cela passe à 10 000 heures. Nous incluons dorénavant tous les contenus du groupe : séries, documentaires, films issus de nos studios télé et cinéma… L'idée est d'aller plus loin que nos contenu « familiaux » en utilisant au mieux toutes nos marques, avec des films comme « Avatar », « Pretty Woman », la franchise « Alien »…

Mais cela passe par une augmentation de l'abonnement de 2 euros par mois…

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Certes, mais pour ce prix de 8, 99 euros, l'offre est beaucoup plus importante, et permet de bénéficier de plus d'écrans que nos concurrents qui sont à ce tarif.

Dans le détail du contenu, vous lancez des séries originales spécifiques à Star ?

Oui, quatre séries très différentes, dont une très irrévérencieuse, « Solar Opposites », dès ce 23 février. Nous arrivons notamment sur le genre de la série animée pour adultes. D'autres séries inédites vont suivre : « Black Narcissus » à partir du 5 mars, dans laquelle Diana Rigg (NDLR : l'actrice culte de « Chapeau melon et bottes de cuir », décédée en septembre dernier) joue son dernier rôle, ou la série médicale « The Resident », le 12 mars. Ça n'empêchera pas d'autres inédits d'arriver sur les autres univers de Disney +, comme la série « Falcon et le Soldat de l'hiver », qui sera lancée le 19 mars.

Et des productions françaises ?

Effectivement, nous en lançons quatre. Notamment une série docu-fiction sur la vie du chanteur Soprano, et une sur Malik Oussekine, l'étudiant français décédé durant le mouvement de contestation de 1986. L'idée, en France et ailleurs, est de disposer d'une offre de productions originales européennes. On part sur une cinquantaine par an à l'horizon 2024.

Disney+ est un énorme succès à l'international, est-ce la même chose en France ?

Nous venons d'atteindre 95 millions d'abonnés dans le monde, ce qui dépasse largement les objectifs de départ. En un trimestre, nous avons enregistré 15 millions d'abonnements supplémentaires. Le succès a été immédiat : l'offre est claire, l'application est fluide et simple à utiliser, le rapport qualité prix très avantageux. Nous ne fournissons pas de données chiffrées pour la France, mais nous sommes très satisfaits de la progression des abonnements : la croissance de Disney+ est très bonne dans notre pays.

Hélène Etzi se félicite de pouvoir proposer sur Star des contenus adultes, parfois irrévérencieux. LP/Delphine Goldsztejn
Hélène Etzi se félicite de pouvoir proposer sur Star des contenus adultes, parfois irrévérencieux. LP/Delphine Goldsztejn  

La plate-forme est tirée par des séries et des films phares : « The Mandalorian », « WandaVision », « Mulan », « Soul »… Est-ce que cela se traduit en termes de nouveaux abonnés ?

Absolument : ces programmes génèrent de nouveaux abonnements et ils accroissent la consommation en volume sur la plate-forme. « Soul », en décembre, a ainsi été un très gros succès, tant en termes de génération d'abonnements que d'usage. Heureusement d'ailleurs, ce film est tellement génial! On ne pouvait pas le bloquer davantage en attendant que les salles rouvrent, et son réalisateur, Pete Docter, souhaitait lui-même qu'on le montre au plus grand nombre. D'autres programmes marchent très fort, notamment « Les Simpson », « Marvel : Les Agents du SHIELD », et d'anciennes séries ou des films comme « Vaiana » ou « Coco », qui font jouer à plein l'effet nostalgie.

La France fait l'objet de spécificités, notamment en termes de chronologie des médias. Ailleurs dans le monde, « Soul » et « Mulan » sont sortis sur la plate-forme moyennant un coût supplémentaire, alors qu'en France ils étaient proposés gratuitement. Comment la direction de Disney aux Etats-Unis considère-t-elle nos exceptions culturelles ?

A la direction de Disney France, on essaye de conserver des films pour une sortie en salles, comme cela va être le cas avec « Raya et le dernier dragon », dont nous repoussons la sortie française alors qu'il va sortir sur Disney+ en premium aux Etats-Unis. Quant à la direction américaine, elle est, par notre intermédiaire, très au fait de la chronologie des médias française, et elle la respecte. D'autant plus que la France est un territoire très cinéphile.

Quid de ces spécificités américaines qui déteignent sur le reste du monde, comme d'assortir des films tels que « Peter Pan » de contrôle parental et d'avertissements tout de même très « politiquement corrects » ?

Disney a fait le choix de ne pas retirer de contenus, simplement de les assortir de mises en garde. Cela incite à la discussion avec les parents. On imagine que ces contenus puissent choquer, et pas seulement dans les pays anglo-saxons…

Les exploitants français de cinéma sont très fâchés contre Disney, qui a choisi de sortir « Mulan » et « Soul » sur la plate-forme alors qu'ils misaient sur ces films pour relancer les salles lors de la future réouverture…

Je sais qu' ils vivent une situation difficile et je les comprends, mais je le dis clairement : Disney n'abandonne pas la salle de cinéma. Elle reste un pilier pour la Walt Disney Company. C'est notre histoire. De grands films comme les Marvel ou les Pixar ont besoin d'être vus en salles. Mais il faut qu'elles soient ouvertes. On doit aussi défendre notre économie, nos équipes, sinon nous ne pourrons plus produire de films. C'est une question d'équilibre.

Mais Disney est le studio qui a engrangé le plus de bénéfices ces dernières années, ce qui devrait lui donner une belle marge de manœuvre financière, non ?

C'est vrai pour le cinéma, mais il ne faut pas oublier que Disney est un groupe : tous les parcs sont fermés, les recettes publicitaires ont chuté… Cela fait beaucoup de revenus en moins. Reste que, même si on a lancé Disney+ avec succès, les habitudes des spectateurs sont en train de changer, et le cinéma reste très important pour Disney.