JPP, Lagaf’, «Koh-Lanta», Etienne Mougeotte dévoile les dessous de TF1 dans un livre

Dans le livre témoignage « Pouvoirs », l’ex-numéro 2 de la Une raconte son incroyable parcours. Il s’attarde notamment sur ses vingt années à la direction de la chaîne privée.

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 L’ancien numéro 2 de TF 1, Etienne Mougeotte, raconte avec malice ses années à la Une.
L’ancien numéro 2 de TF 1, Etienne Mougeotte, raconte avec malice ses années à la Une. AFP/Patrick Kovarik

Une carrière médiatique bien remplie. Celle d'Etienne Mougeotte, ex-numéro 2 de TF1, est des plus atypiques. Il a débuté en 1967 comme reporter à France Inter grâce à Jean-Pierre Elkabbach. Puis il débarque à Europe 1 avant d'être propulsé au 20 Heures de la première chaîne de l'ORTF. Il dirigera ensuite le magazine Télé 7 jours, Le Journal du dimanche et Le Figaro. Avant de raccrocher en 2018 après six ans à la tête de Radio Classique. Autant de vies racontées dans « Pouvoirs » (Editions Calmann-Lévy, 342 pages, 18,90 euros), un livre témoignage coécrit avec Jean-Michel Salvator (directeur des rédactions du Parisien - Aujourd'hui en France) et publié ce mercredi.

Pour le grand public, Etienne Mougeotte restera surtout le bras droit de l'ex-patron de TF1 Patrick Le Lay de 1987 à 2007. De cette période faste, celui qui a eu sa marionnette aux Guignols, a combattu un cancer en toute discrétion et lancé aussi bien « Star Academy » que LCI, distille anecdotes croustillantes et appréciations sur les stars de l'antenne.

Michel Polac viré pour une caricature. Trente-trois ans avant l'affaire Sébastien Thoen, récemment éjecté de Canal + à la suite d'une parodie de CNews, Michel Polac, présentateur de « Droit de réponse », provoquait le courroux de la direction de TF1. L'objet du délit : une caricature du dessinateur Wiaz illustrant un débat sur le pont de l'île de Ré dont le groupe Bouygues terminait la construction. « Le lendemain matin, mon téléphone sonne, raconte Etienne Mougeotte. C'est Francis Bouygues : Polac, dehors! »

Jean-Pierre Pernaut parti pour « vingt ans »… En lui confiant les clés du 13 Heures à la place d'Yves Mourousi, Etienne Mougeotte donne ce conseil à Jean-Pierre Pernaut : « Si tu ne fais pas de bêtises, tu es là pour vingt ans. » Il a présenté son dernier JT le 18 décembre, après trente-trois ans de service. L'ex-numéro 2 de TF 1 vante le « talent » et « l'excellente vision de l'information populaire et provinciale » de JPP, mais parle aussi de lui comme « le plus compliqué » des journalistes maison. « Lorsque je lui fais une remarque ou une critique, il se justifie toujours », raconte après coup Mougeotte.

Le couple Chazal-PPDA. « Vous êtes la Elizabeth Taylor et le Richard Burton de TF1 », les taquinait Etienne Mougeotte, en référence au couple mythique du cinéma américain. De Patrick Poivre d'Arvor, qui a pris la porte un an après son départ, il assure qu'« on lui pardonne tout », même son interview fabriquée de Fidel Castro » ou « sa faiblesse pour Pierre Botton, le gendre de Michel Noir, le maire de Lyon, dont il acceptera les cadeaux ». PPDA est à l'époque « un personnage qui suscite une réelle fascination » et écoute les remarques « mais n'en pense pas moins ». Avec Claire Chazal, sa relation est « plus affective ». « Je sens bien que la critique la touche », ajoute-t-il.

Jenifer, la future gagnante qui « chante faux ». Pour la première édition de « Star Academy », le choix de la dernière candidate fait débat. Stéphane Courbit, producteur d'Endemol, penche pour une hôtesse de l'air. Etienne Mougeotte préfère Jenifer, tout comme Pascal Nègre, alors patron d'Universal Music. Ce dernier tranchera avec cet argument : « Elle chante faux, mais elle bouge bien ! »

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Lagaf'« incontrôlable », Sébastien « mal-aimé ». Vincent Lagaf' a l'image d'un personnage déjanté quand il anime le « Bigdil » ou d'autres jeux. Hors antenne, Etienne Mougeotte décrit un trublion « à fleur de peau » et même « incontrôlable ». « Il pense qu'il a toujours raison, renchérit-il. Le dialogue est difficile. Même son producteur a du mal à le raisonner. » Christophe Dechavanne ? C'était « blanc ou noir ». Patrick Sébastien ? Un animateur « populaire au bon sens du terme », « imaginatif », « très drôle » mais qui pouvait aussi « s'emporter » et se sentir « le mal-aimé de la chaîne ».

Nikos bon élève, Drucker « obsédé » par son public. Si l'ancien dirigeant de TF 1 a confié à Nikos Aliagas « Star Academy » en 2001, c'est qu'il avait flashé sur le chroniqueur de « Frou-Frou ». Celui qui est devenu son coach le voyait comme un « bosseur », « attentif ». Sur Michel Drucker, passé à TF 1 de 1990 à 1994, Etienne Mougeotte confie qu'il « est obsédé par une seule chose : conserver son lien avec son public ». De leur côté, Jean-Pierre Foucault « n'a jamais pris la grosse tête », Benjamin Castaldi était « drôle et malin » et Sébastien Cauet « meilleur en radio ».

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Flavie Flament séductrice, Laurence Boccolini vive d'esprit. Selon l'ex-directeur d'antenne de la Une, Carole Rousseau « s'est révélée très douée dans les émissions en direct les plus imprévisibles ». Flavie Flament lui est apparue « sémillante et séductrice ». L'inverse de Laurence Boccolini, « dont la personnalité tranche » et qui se démarque par « sa vivacité d'esprit » et « son empathie ».

Bernard Montiel pardonné. Un bad buzz avant l'heure. Voilà ce qu'avait provoqué Bernard Montiel, l'animateur de « Vidéo Gag » viré après une interview sur RMC où il avait dézingué Bernard Tapie, Arthur, Julien Courbet… Et même sa propre émission où il asseyait son « gros cul sur les banquettes » et touchait « un paquet ». Dans les souvenirs d'Etienne Mougeotte, Bernard Montiel aurait juste confié présenter « Vidéo Gag » « sans aucun plaisir ». S'en séparer sur-le-champ « était une erreur », reconnait-il.

Le cas François Mitterrand. Septembre 1992, Guillaume Durand organise un débat entre François Mitterrand et Philippe Seguin, puis Jean d'Ormesson. En coulisses, Etienne Mougeotte veille avec le conseiller en communication du président. « Il ne peut pas rester trois heures d'affilée sur le plateau, il doit s'absenter au moins deux fois pour recevoir des soins dans sa loge, confie l'ancien patron de TF 1. Il est prévu que, si besoin, nous prolongerons les pages de publicité. Personne n'en a rien su. François Mitterrand a eu la force incroyable de ne rien laisser paraître à l'antenne. »

La trahison « Big Brother ». Fallait-il lancer un « Big Brother » à la française? Patrick Le Lay et Etienne Mougeotte n'y étaient pas favorables quand Stéphane Courbit les approche début 2001. Une réunion est alors organisée avec les dirigeants de M 6, Jean Drucker et Nicolas de Tavernost. « Nos concurrents ne se montrent pas particulièrement enthousiastes, rapporte Mougeotte. Nous nous quittons sur une position commune et solennelle. » Un pacte est conclu : « Pas question de faire entrer Big Brother en France via TF 1 ou M 6. » Sauf qu'une semaine plus tard, la Six annonce le lancement de « Loft Story ». A TF 1, on a considéré ça comme « une trahison ».

Le sauvetage de « Koh-Lanta ». « Lorsque mon adjoint Xavier Couture découvre les épisodes de la première édition (NDLR : présentée par l'aventurier Hubert Auriol, mort le 10 janvier), il est catastrophé, rapporte Mougeotte. C'est indiffusable en l'état. Le montage est raté, ça ne fonctionne pas. » En catastrophe, tout est remonté « pour rendre la compétition moins heurtée, l'esprit d'équipe plus présent, l'aventure humaine plus forte et le rapport à la nature plus authentique ». L'année suivante, Denis Brogniart, qui assurait la voix off, est promu à la présentation.

Les Bleus hors de prix. Même en 1998, quand l'équipe de Zinédine Zidane remporte la Coupe du monde de football, TF 1 n'est pas rentrée dans ses frais. « Contrairement à une idée reçue, le football permet à la télévision de faire de grosses audiences, mais TF 1 n'a jamais gagné d'argent avec, précise Etienne Mougeotte. Les droits sont prohibitifs. Quand on achète un match 3, 4, 5 ou 6 millions d'euros, les recettes publicitaires avant, à la mi-temps et après couvrent moins de la moitié de l'investissement. Mais l'opération a été très positive, à la fois en image et en retombées. »