Jean-Pierre Elkabbach : «Pendant des semaines, je n’ai eu aucun autre intérêt que la survie»

Absent de CNews depuis un an après un problème de santé, le journaliste emblématique revient avec une nouvelle émission politique hebdomadaire, « Repères », le 27 septembre à 19 heures. Il se confie en exclusivité.

 « Faut déranger ! martèle Jean-Pierre Elkabbach. Je ne suis pas un caméléon, je ne prends pas la couleur de mon invité. »
« Faut déranger ! martèle Jean-Pierre Elkabbach. Je ne suis pas un caméléon, je ne prends pas la couleur de mon invité. » LP/Olivier Corsan

« Excité intellectuellement », en forme, intarissable. Quand il nous reçoit à son bureau entouré de livres, jeudi, Jean-Pierre Elkabbach a préparé des petites fiches pour notre entretien. Il se « réentraîne », sourit-il. Après un an d'absence et le « choc » d'un sérieux pépin de santé qu'il garde « privé », l'ancien patron de France Télévisions et d'Europe 1, rétabli, retrouve les projecteurs le 27 septembre à 19 heures avec une nouvelle émission politique sur CNews, « Repères ».

A 82 ans, il a repris ses séances d'abdominaux et gardé intactes ses formules musclées. « On ne divorce pas avec une passion », prévient celui qui n'entend pas, contrairement à Jean-Pierre Pernaut, quitter son fauteuil.

Comment allez-vous ?

JEAN-PIERRE ELKABBACH. Le mieux possible. Ce que j'ai eu était inattendu et violent. J'ai eu la chance d'être traité par les meilleurs. J'ai résisté, me voici debout. La France peut être fière de ses personnels de santé, ils ont ma gratitude. J'ai été hospitalisé un mois et demi. Pendant des semaines, je n'ai eu aucun autre intérêt que la survie. Mais la page est tournée, je n'ai pas de traitement. Si j'avais un conseil à donner : que chacun fasse des contrôles par prévention.

On ne vous a plus vu depuis le 24 octobre 2019…

Oui. J'ai vécu deux confinements consécutifs ! Face à de tels événements, on relativise, on devient plus calme, peut-être un peu plus sage. J'ai mis de la patience dans mon impatience.

Et donc vous remontez sur le ring en lançant cette nouvelle émission ?

Elle s'appellera « Repères », parce que face aux mutations de la société et de la planète, on a besoin de repères. Je déteste qu'on répète « c'était mieux avant ». Mon principe, c'est que ce sera mieux après. Que devons-nous savoir du monde qui vient ? Ce sera l'esprit de mon émission.

« Repères », comme l'émission que vous aviez animée sur France 3 en 1992 ?

C'est mon obsession ! Il y aura un invité central, politique, historien, philosophe, artiste… pour nous aider à comprendre notre société. Avec en plus chaque dimanche un intervenant différent, qu'on ne voit pas partout.

« Tout est dit ici, défend Jean-Pierre Elkabbach. Que les sceptiques aient le courage de venir, ils ont leur place ! » /LP/Olivier Corsan
« Tout est dit ici, défend Jean-Pierre Elkabbach. Que les sceptiques aient le courage de venir, ils ont leur place ! » /LP/Olivier Corsan  

Revenez-vous avec des questions cash, votre marque de fabrique ?

Moi, c'est moi. Je reste qui je suis. Je poserai les questions de bon sens que les gens auraient envie de poser, avec un engagement d'impartialité. Je hais les conformismes.

« Elkabbach est de droite », a-t-on souvent entendu pendant votre carrière. Cela vous dérange-t-il ?

On se trompe ! J'essaie de faire mon métier en toute neutralité. Le poète René Char disait : « Venir au monde pour ne pas déranger, ça sert à rien. » Faut déranger ! Je ne suis pas un caméléon, je ne prends pas la couleur de mon invité.

Certains animateurs d'émissions politiques regrettent l'absence de « grands fauves » à la Chirac ou Sarkozy pour assurer l'audience. Partagez-vous ce sentiment ?

Pas du tout. L'actuelle génération n'est pas moins douée que les précédentes. S'ils ne sont pas bons, c'est notre faute car notre rôle est de révéler des talents. Les partis politiques manquent d'idées pour protéger les Français. Qu'ils ne se contentent plus de caquetage et expliquent comment ils résoudraient les problèmes s'ils veulent devenir une alternative crédible à Emmanuel Macron.

CNews est devenue deuxième chaîne info, au prix de débats à répétition et paroles parfois radicales. Vous vous y retrouvez ?

Halte à la caricature. La rédaction aborde tous les sujets avec toutes les tendances. CNews est désormais un leader potentiel des chaînes d'information en continu parce qu'elle est un miroir de la France actuelle, elle propose des débats avec des interlocuteurs qui se confrontent sans tabou. Tout est dit ici, même des sujets interdits par la crainte de la pensée unique et de la mode. Que les sceptiques aient le courage de venir, ils ont leur place !

Vous êtes en grande forme !

Si c'est vous qui le dites ! Je travaille et j'interroge en toute liberté. Personne ne m'impose mes invités. Sinon, je m'en vais. Mes choix sont mes choix, les bons et les mauvais. Je suis un recordman des licenciements : je l'ai été en 1968, 1975, 1981, 1996. Qui dit mieux ? Avec comme armes pour revenir le travail et la passion.

Quel regard portez-vous sur Eric Zemmour, qui a triplé l'audience de sa tranche horaire ?

Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais un Eric Zemmour ne fait pas le fascisme en France. Si on déplore ses idées, si on le craint, la solution est de l'affronter. Qu'est-ce que cette société sectaire, recroquevillée qui ne veut débattre qu'avec son propre miroir ? Eric Zemmour existe en affichant ses jugements et ses angoisses. Il faut dialoguer avec lui, et quand on n'est pas d'accord, lui expliquer qu'il se trompe. Il ne faut pas vivre dans le conformisme et la peur.

Qui aimeriez-vous recevoir ?

Tout le monde a sa place dans mon émission, des ministres Gérald Darmanin ou Eric Dupond-Moretti aux acteurs internationaux. Notre époque n'a pas besoin de perroquets mais de prophètes et de bâtisseurs. Et de gens simples qui témoignent, comme tous ceux qui nous ont sauvé la vie pendant ce confinement. Je voudrais qu'on sorte du provincialisme médiatique. On se regarde le nombril, au moment où il y a des enjeux mondiaux, de l'impérialisme fasciste d'Erdogan à la bataille entre Trump et la Chine…

Vous conseillez Vincent Bolloré et Arnaud Lagardère. Un rapprochement entre CNews et Europe 1 serait une bonne idée ?

Les deux sont mes amis. Ce rapprochement n'est pas la seule formule possible. Je suis certain que cela se terminera bien.

Jean-Pierre Pernaut quitte son fauteuil du 13 Heures après 33 ans…

C'est dommage. Il a beaucoup apporté aux Français et à la presse. Je respecte sa décision, si c'est son choix. Je me réjouis qu'il reste à l'antenne.