France 2 : le tournage strictissime du show «Symphonissime» en plein confinement

Pour des artistes privés de concerts et de ventes de disques, cette émission diffusée sur France 2 est une aubaine. Mais un tel tournage en plein confinement, avec un protocole sanitaire strict, est complexe à organiser. Reportage en coulisses au théâtre du Châtelet.

 Les chaises des soixante musiciens, ici lors de la prestation de Sting, ont été espacées sur scène, pour respecter la distanciation.
Les chaises des soixante musiciens, ici lors de la prestation de Sting, ont été espacées sur scène, pour respecter la distanciation. LP/Olivier Lejeune

Quitter un Paris froid et quasi-vide pour un îlot de (sur) vie, de beauté et de sourires. C'est ce que l'on ressent en entrant mercredi après-midi dans le théâtre du Châtelet. Attention, pas par l'entrée principale et ses multiples portes vitrées. Par l'entrée des artistes, où un vigile vérifie que vous êtes bien sur la liste, vous demande de passer vos mains au gel hydroalcoolique et vous donne un masque noir tout neuf avant de vous accompagner vers le foyer des artistes, où la production et les artistes de « Symphonissime » sont rassemblés.

Pendant trois jours, le Châtelet est transformé en studio de télévision géant. Morgane Production y tourne un show symphonique XXL avec une trentaine d'artistes interprétant une cinquantaine de chansons, qui sera diffusé en deux temps sur France 2, le premier avant la fin de l'année. L'affiche est copieuse. Pour le deuxième jour de tournage, Sting, Alain Souchon, Pascal Obispo, Vianney, Chimène Badi, Bénabar, Gaëtan Roussel, Dany Brillant, Elodie Frégé, Cali, Vincent Niclo… « Et encore, à cause de la pandémie, plusieurs artistes n'ont pas pu venir de l'étranger, comme Ayo et Sarah Brightman… Et d'autres ont le Covid. »

La hantise d'un foyer de contamination

Le directeur général de Morgane Production, Sylvain Plantard, reconnaît en faisant le tour des coulisses que l'émission qu'il produit est « un tour de force à organiser » avec près de 200 personnes par jour. « Un vrai enregistrement live avec un orchestre symphonique dans une vraie salle de spectacles, c'est déjà compliqué, mais avec les mesures sanitaires, c'est carrément rock'n'roll, confie-t-il. Mais c'est une idée que l'on fantasmait avec Yvan Cassar depuis longtemps et c'est formidable de la réaliser. Nous aurions dû tourner au printemps dernier, mais nous profitons que les tournages soient autorisés pendant ce reconfinement. Malheureusement, il n'y a pas de public. »

Au Châtelet, tout le monde a la hantise que le tournage soit un foyer de contamination. Alors en coulisses, chacun porte un masque. « Il n'y a aucun passe-droit, insiste le directeur de Morgane Production. Les artistes ne doivent retirer leur masque que lorsqu'ils sont au micro sur scène ou devant leur pupitre. Les chaises des soixante musiciens ont été espacées sur scène, pour respecter la distanciation. Des membres de l'équipe ont été formés aux nouvelles règles sanitaires et veillent à leur mise en place et leur application. Le montage et le démontage sont plus longs, car il faut éviter que les équipes se croisent. Pour respecter le nombre de personnes par espace, l'orchestre n'a d'ailleurs pas pu répéter ici. »

Dans les loges, le masque est bien évidemment de rigueur pour les artistes, comme Cali./LP/Olivier Lejeune
Dans les loges, le masque est bien évidemment de rigueur pour les artistes, comme Cali./LP/Olivier Lejeune  

Le tournage, lui, n'est pas plus long, mais il a demandé des aménagements supplémentaires. Les artistes, par exemple, ont tous une loge individuelle, alors que d'ordinaire, certains se regroupent par amitié. Une longue rangée de loges a été installée dans le foyer des artistes. « Nous avons aussi embauché des régisseurs supplémentaires pour nettoyer et désinfecter, mais aussi pour d'autres tâches inhabituelles, comme servir à manger ou à boire en coulisses, précise Sylvain Plantard. Le respect du protocole sanitaire engendre des frais. Je dirais un surcoût de 5 %, ce qui n'est pas rien. »

« Mais c'est notre mission de continuer à faire voir les artistes et à divertir le public, prolonge Alexandra Redde-Amiel, directrice des divertissements et variétés de France Télévisions, qui a commandé et achète le programme à Morgane Production. En ces temps difficiles et complexes, c'est essentiel. Et cela permet de constater que nous avons d'excellents producteurs en France, car nous avons pu maintenir tous les divertissements prévus. Cela oblige aussi à être créatif. Pour le Sidaction, par exemple, faute de pouvoir tourner en public au Palais des Sports, les auteurs ont imaginé une fiction de variété dans le style comédie musicale. »

« L'art permet de partager, de correspondre, de supporter les épreuves »

Dans la salle du Châtelet, majestueuse et vide - à l'exception de la régie et des cameramen - l'ambiance est studieuse autour du chef d'orchestre et pianiste Yvan Cassar, qui assure la direction artistique et a réalisé tous les arrangements symphoniques des chansons. Les artistes se succèdent. A la fin de chaque prestation, faute de spectateurs, ce sont les musiciens de l'orchestre qui les applaudissent. « Ces moments sur scène sont rares en ce moment, alors on les prend et on les apprécie sacrément, comme des voyages », sourit Chimène Badi. « C'est un plaisir fou de rechanter, qui plus est avec un orchestre symphonique, acquiesce Bénabar, dont le nouvel album est repoussé début 2021. Et puis c'est cool de sortir du confinement et revoir les copains. »

Pour les artistes sevrés de tournées et de ventes d'albums, ce tournage est une des rares fenêtres de promotion et « une respiration ». « Nous sommes tous heureux d'être ici, résume Pascal Obispo. J'ai le sentiment dans cette période sombre qu'on a besoin des artistes. L'art permet de partager, de correspondre, de supporter les épreuves. Mais si on le laisse tomber, le monde est mort. »

« Je savoure chaque seconde sur scène, avoue Cali. Ce matin, en répétition, j'ai versé ma larme. » Le bouillonnant chanteur a été l'un des rares à maintenir une tournée entre les deux confinements. « Dix-sept dates, précise-t-il. Je n'avais jamais vu un public aussi heureux et chaleureux! Et j'en avais encore quinze jusqu'à Noël, qui ont été annulées. Mon album est sorti le 13 mars, deux jours avant le confinement, mais il est toujours d'actualité et je le défends différemment. Mais bon, quand les concerts sont interdits, quand les disques et les livres sont interdits, comment inventer? »