Eurovision 2021 : qui est Barbara Pravi, qui va représenter la France ?

Sa chanson «Voilà», qui a séduit public et jurés ce samedi, lui permet de devenir celle qui portera les couleurs de la France à l’Eurovision en mai. Portrait d’une chanteuse au parcours exemplaire.

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 La chanteuse Barbara Pravi portera les couleurs de la France le 22 mai à Rotterdam (Pays-Bas).
La chanteuse Barbara Pravi portera les couleurs de la France le 22 mai à Rotterdam (Pays-Bas). Bestimage/Tiziano Da Silva - Cyril Moreau

Il est presque 1 heure du matin, au cœur d'un immense studio télé de la Plaine Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), dans la nuit de samedi à dimanche. C'est donc déjà le lendemain de la soirée « Eurovision France, c'est vous qui décidez », sur France, 2 qui a vu Barbara Pravi remporter haut la main ce concours local avec sa chanson « Voilà » face à onze autres candidats.

Mais pas pour elle : la chanteuse, encore sous l'émotion de sa victoire et de sa prestation phénoménale sur scène, avoue : « J'ai un petit peu de mal à réaliser ». De sa prouesse scénique et vocale, elle ne se souvient de rien, évoquant un « trou noir » : « Je peux juste dire qu'elle était intense, elle m'a coûté de l'énergie, mais dans le bon sens… Je sais que j'ai donné. »

Oui, elle a tout donné, et ça se voit : dans l'effervescence de l'après-concours, où une joyeuse agitation règne en coulisses, tandis que les jurés viennent la féliciter - ému, André Manoukian la couve du regard, elle est telle une boxeuse après son plus grand combat. Bouleversée, sonnée… mais pas KO. Les interviews ont lieu dans la cantine du studio, elle se présente à notre table avec des étoiles plein les yeux, souriante, rayonnante.

Comparée à Edith Piaf et Barbara

Derrière l'émotion, apparaissent tout de suite le talent et la force, elle trouve l'énergie de répondre avec humour lorsqu'elle évoque sa progression : « C'est comme si j'avais passé six ans à jeter plein de graines, et que de temps en temps certaines avaient germé. Et là, c'est comme si tout avait fleuri en même temps. Mais c'est six ans de ratissage, de plantage… Enfin tout ce qui est en « age », pardon, je suis nulle en jardinage! »

Son parcours, s'il a tout d'une belle histoire, n'a effectivement rien eu de simple. Née dans la capitale, cette passionnée de chanson française jouait les serveuses dans un bar de la capitale lorsqu'elle s'est décidée, en 2015, à investir dans une vidéo qu'elle diffuse sur les réseaux sociaux. Capitol Records la repère très vite et lui fait signer un contrat. Son premier album sort deux ans plus tard, auréolé d'une nouvelle notoriété : en 2016, elle se fait remarquer dans la comédie musicale « Un été 44 », où elle chante des textes de Goldman, Aznavour, Le Forestier…

Mais c'est à deux autres figures féminines de la chanson française qu'on la compare dès lors : Edith Piaf et Barbara. Piaf pour la voix gouailleuse et la taille - menue -, Barbara Pravi s'est juchée sur de hauts talons lors de sa performance samedi soir. Barbara pour les textes empreints de féminisme : elle a fait partie du collectif de 39 femmes qui ont enregistré il y a trois ans « Debout les femmes », hymne du Mouvement de libération des femmes.

Un féminisme « vécu » qui touche au cœur. Ses textes évoquent les violences faites aux femmes, alors qu'elle dit avoir été elle-même victime de violences conjugales infligées par un ex-compagnon, ou l'avortement, qu'elle a subi et raconte dans le magnifique titre « Chair ». Du coup, si on devait absolument la qualifier, on préférerait le terme d'« authentique », tant elle respire cette authenticité par tous les pores, jusqu'à la faire ressentir en dix minutes de rencontre dans la cantine d'un studio télé. D'ailleurs, n'a-t-elle pas choisi de remplacer son nom de naissance par « Pravi », en hommage à son grand-père serbe, un mot qui signifie dans cette langue… « l'authentique ».

Elle écrit pour Julie Zenatti, Yannick Noah…

La belle histoire se poursuit après 2017, faisant la preuve de son humilité et de son perfectionnisme. Tout en poursuivant sa carrière, elle se met à écrire pour d'autres : Chimène Badi, Julie Zenatti, Yannick Noah, « cela représente 90 % de mon travail, les 10 % qui restent, c'est pour moi », sourit-elle. En 2019, elle signe, avec Igit, la chanson de la petite Carla pour l'Eurovision Junior, qui termine cinquième du concours, puis, l'année suivante, « J'imagine », qui permet à la jeune Valentina de l'emporter. La voie de Barbara Pravi semble alors toute tracée pour l'Eurovision des adultes. Elle préfère ne pas se précipiter : « Je n'étais pas prête, je n'en étais pas capable… Rien que l'année dernière, je n'aurais jamais accompli cela. »

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Mais cette année, oui. Et quand elle est décidée, elle fonce, Barbara : depuis des semaines, elle alimente sa page Instagram avec des posts pour engager le public à voter pour elle. Bien relayée par ses pairs : Louane, Julie Zenatti, Benjamin Biolay et bien d'autres la soutiennent, et clament leur admiration. Les pieds sur terre, elle n'y croyait pourtant pas même après son incroyable séquence, seule en scène, samedi soir, qui l'a immédiatement propulsée à des années-lumière au-dessus de ses concurrents, et qui a fait dire dès 23 heures aux spécialistes du concours, « c'est plié ». Bien vu, le jury comme le public lui ont apporté par leurs votes une avance confortable.

Rendez-vous le 22 mai

Elle n'a que 27 ans, et il reste de très nombreuses pages à écrire à sa belle histoire. A commencer par son prochain album, de nouvelles chansons qu'elle est en train de finaliser, puis ce concours international le 22 mai à Rotterdam - si les conditions sanitaires le permettent. Beaucoup la voient déjà gagnante, et rêvent qu'elle apporte à la France cette victoire à l'Eurovision à laquelle on aspire, depuis celle de Marie Myriam en 1977.

En attendant, elle va pouvoir pousser son « Voilà » à l'envi sur les plateaux télé et radio. Tout le monde la veut, et après sa victoire ce samedi, c'est la meilleure nouvelle de la semaine : on se régale d'avance à l'idée de l'écouter en boucle et de goûter à son talent et son sourire radieux dans les semaines - les années - qui viennent.