Couvre-feu : et si on avançait l’heure des prime times ?

Limités dans leurs sorties, les téléspectateurs s’asseyent de plus en plus tôt devant leur téléviseur. En période de confinement, le pic d’audience passe même de 21h27 à 20h45.

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 L’attente des prime times peut s’avérer très longue. Déjà prévu pour débuter à 21 5, le film du soir a en plus parfois du retard et ne commence que vers 21h25…
L’attente des prime times peut s’avérer très longue. Déjà prévu pour débuter à 21 5, le film du soir a en plus parfois du retard et ne commence que vers 21h25… LP/Olivier Arandel

21 heures, 27 minutes et 33 secondes. C'est l'heure à laquelle C8 a diffusé le film « Instinct de survie », lundi. Pas mieux sur TMC avec « Geostorm » qui a débuté une seconde plus tard. C'est quasiment treize minutes de plus que l'horaire, déjà tardif, indiqué par ces deux chaînes dans les programmes. Même retard six jours plus tôt pour la rediffusion d' « Un air de famille », en hommage à Jean-Pierre Bacri, lancée après un « Touche pas à mon poste » à rallonge.

Ce soir-là, Pascale, retraitée de 66 ans, a failli perdre patience. « J'ai attendu, attendu encore, raconte cette habitante de Saint-Hilaire-sur-Helpe (Nord). Alors qu'en cette période anxiogène, on a besoin de regarder des films. Ça apporte un peu de douceur. » Avec son mari, elle a pensé à une décision radicale : imposer les prime times à 18 heures. « Ça serait comme une récompense, une façon de mieux faire passer la pilule », imagine cette fidèle de la série « Capitaine Marleau ». Un scénario improbable, mais l'idée est là : et si, en période de crise sanitaire, les chaînes avançaient leurs premières parties de soirée ?

Le coronavirus a bousculé nos modes de vie

A Médiamétrie, l'institut qui mesure le nombre des téléspectateurs, un chiffre saute aux yeux. Celui du pic d'audience de la journée. En moyenne, il se situe à 21h27 en 2020, deux minutes de moins qu'en 2019. A ce moment précis, 25 millions de personnes sont devant le petit écran. Or, sur la période des deux premiers confinements, ce pic tombe à 20h45, soit près de 45 minutes de moins, voire plus d'une heure certains soirs. Médiamétrie a une explication simple : « Il y a une adaptation des modes de vie, avec la hausse du travail à domicile et la baisse ou l'absence de temps de trajet. »

Depuis le couvre-feu à 18 heures, Youri, auxiliaire de vie de 29 ans, a changé ses habitudes. « Comme on ne peut plus sortir, avec ma mère, on dîne vers 19 heures, soit trente minutes plus tôt, raconte cet habitant de Longpont-sur-Orge (Essonne). Ensuite, on compte les secondes jusqu'à Ninja Warrior ou Section de recherches. Il faudrait des prime times à 21 heures pétantes, max. » « Les soirées télé finissent plus tard, mais mon réveil sonne toujours à 7 heures », s'inquiète aussi Thomas, réceptionniste en Vendée.

Et si la solution était de rogner les pubs ?

Pour Séverine et ses garçons de 11 et 14 ans, chaque minute compte. « Quand il y a The Voice, on s'arrête à la première coupure pub, témoigne-t-elle. Là, on a fait une exception pour le final de Sam. Ils se sont couchés à plus de 23 heures. Pour un lundi, c'était beaucoup trop tard! » Quentin, étudiant en master d'allemand de 23 ans, aimerait lui aussi démarrer plus tôt. « Mardi, j'ai voulu regarder le documentaire de Martin Weill sur les complotistes (TMC). Ça ne m'a pas laissé beaucoup de temps pour réviser après. »

Philippe Nouchi, expert média chez Publicis Media, a peut-être la solution : réduire d'une dizaine de minutes le temps des publicités le soir. « Ça serait malin, assure-t-il. A cette époque, la demande des annonceurs n'est pas très forte. L'effet sur les finances des chaînes serait mineur, alors que l'impact satisfaction pourrait être très positif sur les téléspectateurs. Pour ça, il faudrait que tous les diffuseurs s'y mettent en même temps. » Rien de moins sûr.

«Même à 23h15, il y a davantage de monde»

A sonder les patrons de chaînes, avancer les pendules, même en période de couvre-feu ou de confinement, n'est pas du tout au programme. « Ça ne serait pas très cohérent alors que les 20 Heures cartonnent, assure l'un d'eux. Et contrairement à ce qu'on pourrait penser, les gens n'éteignent pas plus tôt la télé. Même à 23h15, il y a davantage de monde. »

D'ailleurs, avant de revenir aux horaires d'il y a douze ans, quand Nicolas Sarkozy souhaitait que les programmes du soir débutent à 20h35, encore faudrait-il que les chaînes respectent les heures indiquées, comme elles s'y sont engagées devant le CSA. Dans les faits, elles ont plutôt tendance à repousser les premières parties de soirée.

«Ce décalage, c'est rendre service»

D'après nos calculs, C 8 a chipé à TMC la palme du retardataire avec, en moyenne, un début de prime à 21h24 (contre 21h15 annoncés), la semaine du 18 janvier. C'est 9 minutes de plus qu'il y a deux ans. Sur TF 1, l'augmentation est de 4 minutes, pour un démarrage à 21h14 (21h5 dans les grilles). A ce jeu-là, RMC Story et RMC Découverte sont championnes : plus 12 minutes, alors qu'elles figuraient dans le top 3 des diffuseurs qui dégainaient le plus tôt en 2019, juste derrière France 5.

« C'est rendre service aux téléspectateurs que de s'adapter à la demande, explique Stéphane Sallé de Chou, directeur général des deux antennes. Résultat, l'audience de nos prime times a augmenté de 10 % cette saison. Sans ce recalage, nous continuerions à faire de la brasse coulée pendant les vingt premières minutes. Si une petite chaîne démarre trop tôt, elle est moins regardée. Pareil si elle commence trop tard. »

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Certains mécontents, comme Sacha, père de deux enfants de 5 et 8 ans, ont trouvé une parade : enregistrer les émissions familiales, comme « Lego Masters » sur M 6, pour les regarder le week-end. « L'inconvénient, c'est que c'est fastidieux et, surtout, c'est compliqué de ne pas se faire spoiler », nuance ce Grenoblois de 40 ans. D'autres se détournent carrément de la télé de papa pour aller piocher sur Netflix et autres plates-formes.