Couvre-feu : direct ou différé, avec ou sans public… ce qui va changer sur les plateaux télé

Comme « Touche pas à mon poste » et « On est en direct », les émissions tournées en public en soirée vont devoir s’adapter. Mais pas d’annulation en vue.

 « On continuera l’antenne telle quelle ; pour les téléspectateurs, il n’y a aucun de changement » annonce Marc-Olivier Fogiel, le directeur général de BFMTV. (Illustration)
« On continuera l’antenne telle quelle ; pour les téléspectateurs, il n’y a aucun de changement » annonce Marc-Olivier Fogiel, le directeur général de BFMTV. (Illustration) LP/Arnaud Journois

« The TV Show must go on »! Le couvre-feu affectera moins la télévision que les théâtres, les cinémas et les bars/restaurants. Pour continuer à informer les Français, les journalistes vont bénéficier d'une autorisation de sortie après 21 heures. « Comme pendant le confinement, on va demander qu'il y ait une dérogation pour nos salariés qui vont travailler entre 21 heures et 6 heures, assure Marc-Olivier Fogiel, le directeur général de BFMTV. On continuera l'antenne telle quelle, pour les téléspectateurs, il n'y a aucun de changement », ajoute-t-il.

Le discours est le même dans les rédactions des journaux de 20 heures ou les talk-shows d'actualité comme « C à vous » (France 5) ou « Quotidien » (TMC), qui part en vacances pour une semaine après l'émission de ce vendredi 16 octobre. Mais à LCI, on s'engage à limiter au maximum les invités et les experts passés 21 heures. « Ils interviendront en visioconférence », explique un porte-parole de la chaîne.

Côté divertissement, pas question non plus de tout mettre à l'arrêt comme pendant le confinement. « Les téléspectateurs s'amusent mais nous, on travaille », souligne un producteur. Seule contrainte, impossible de rassembler du public au-delà de 20 heures-20h30, délai qui permet de rentrer avant le couvre-feu. Les grands barnums, où les spectateurs font partie du décor, vont donc devoir remonter leur pendule.

C'est le choix de Laurent Ruquier, première « victime » du couvre-feu. Le présentateur des « Grosses Têtes » (RTL) a déjà décidé de transformer « On est en direct », le nouveau talk-show de France 2 où il reçoit, le samedi soir, des artistes et des personnes qui font l'actualité au milieu de spectateurs. « On sera en différé le temps du couvre-feu. Mais on va enregistrer dans les conditions du direct le samedi entre 16 et 18 heures. Comme ça, le temps de tout ranger et de démonter les décors, toute l'équipe sera rentrée chez elle à 21 heures », nous a expliqué le producteur Philippe Thuillier, qui va même changer le nom de l'émission en « On est presque en direct ».

Reste une inconnue de taille : les personnalités accepteront-elles de venir sur les plateaux de télévision alors que les théâtres risquent de fermer et que les sorties cinéma attendues devraient être repoussées ? « Dès ce week-end, on va faire un débat sur les conséquences de ce couvre-feu sur le monde de la culture avec plein d'artistes », ajoute Philippe Thuillier, qui attend que son émission soutienne les initiatives des cinémas et des théâtres pendant cette période difficile.

Cyril Hanouna a également choisi l'option différée. À partir de lundi, « Touche pas à mon poste » sera tourné 45 minutes avant la diffusion sur C8 pour libérer le public présent en plateau à 20h30, max. C'est la décision, parmi d'autres pistes envisagées, qui a été validée ce jeudi matin par la direction de la chaîne. « On enregistrera l'émission dans les conditions du direct, précise Vincent Pujol, directeur des programmes de C8. C'est moins préjudiciable que de se passer du public. » Autre conséquence, le jeu « A prendre ou à laisser », également animé par Cyril Hanouna, ne sera plus en direct, mais mis en boîte plus tôt dans l'après-midi. En revanche, « Balance ton poste » se privera du public mais pas du direct, les jeudis soir.

À TF 1, la direction est moins dans l'urgence. Toute la saison de « Mask Singer » a pu être enregistrée en juillet, celle de « Ninja Warrior » en septembre. Idem pour « District Z », le nouveau divertissement produit par Arthur. Quant à la prochaine édition de « Koh-Lanta », les équipes sont déjà à Tahiti, en quarantaine et vivent dans une bulle, notamment la production qui est isolée sur un bateau.

L'incertitude plane tout de même sur les deux prochaines saisons de « The Voice », dont une spéciale anniversaire, habituellement tournées jusqu'au milieu de la nuit. Pas d'inquiétudes pour autant chez ITV Studios France, qui fabrique le télécrochet de la Une. « On étudie différentes hypothèses, notamment celle de basculer sur des auditions en journée, avance un cadre de la production. On a déjà su s'adapter et on le fera encore. »

M 6 aussi va devoir adapter un de ces programmes phares. La production de « La France a un incroyable talent » va avancer l'horaire des tournages des deux demi-finales, déjà calées en journée les 23 et 24 octobre, de 13 heures à 21 heures. Un moindre changement comparé à la finale, où le Covid-19 ne doit pas rejouer les trouble-fêtes. « Pour ne prendre aucun risque, elle sera enregistrée en novembre en journée, explique une membre de la production. On réfléchit encore au mécanisme des votes, puisque ce sont les téléspectateurs qui habituellement désignent le ou les vainqueurs. Va-t-on y renoncer? Ou organiser un petit plateau en direct le jour de la diffusion juste pour révéler le gagnant de la saison et recueillir sa réaction? »

Tous s'attendent à voir les audiences s'envoler

Du côté de France Télévisions, les appels, SMS et les réunions se sont enchaînés depuis l'annonce du couvre-feu. La direction a, par exemple, décidé de maintenir « Le grand échiquier », présenté par Anne-Sophie Lapix, le jeudi 29 octobre, en direct sur France 2. Mais sans public, contrairement à ce qui avait prévu. Du côté de France 3, le couvre-feu aura un effet sur les deux prochains tournages d'« Allez, viens je t'emmène », présentés par Laury Thilleman. Cette fois, la chaîne a décidé de garder des spectateurs, en enregistrant les émissions en journée et non pas en soirée. Reste à espérer que les nouveaux horaires colleront aux différents emplois du temps de Patrick Bruel, Liane Foly, Pascal Obispo, Louane ou encore Amir et Chimène Badi.

Malgré tout, les patrons de chaîne s'attendent tous à voir les audiences s'envoler, comme ce fut le cas pendant le confinement. « Mais est-ce que, comme au printemps, les publicités vont disparaître ? », s'interroge un responsable d'une grande chaîne. « Le climat reste anxiogène et ne va pas encourager la reprise de l'activité, mais ça n'a rien à voir avec le confinement, nuance Philippe Nouchi, expert média chez PublicisMédia. Les annonceurs ne vont pas davantage investir dans la publicité, mais ils ne vont pas non plus y renoncer. »