Confidences, coups de griffes… le livre-confession de Jean-Pierre Pernaut

Quelques semaines après son départ du 13 Heures de TF1, le 18 décembre, le journaliste se livre dans «33 Ans avec vous», à paraître jeudi 11 février. Le Parisien en dévoile des extraits en exclusivité.

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 Jean-Pierre Pernaut a présenté son dernier journal de 13 Heures le 18 décembre 2020, après trente-trois ans de service.
Jean-Pierre Pernaut a présenté son dernier journal de 13 Heures le 18 décembre 2020, après trente-trois ans de service. LP/Olivier Corsan

A peine la page du 13 Heures de TF1 refermée pour lui, Jean-Pierre Pernaut prend la plume dans « 33 Ans avec vous » (Ed. Michel Lafon), un livre qui paraîtra jeudi 11 février. Sur près de 300 pages, le présentateur emblématique revient sur ces trois décennies où il s'est invité à l'heure du déjeuner chez les Français, jusqu'à son départ du journal, le 18 décembre. Un « immense bonheur », résume-t-il en distillant ses anecdotes, plus ou moins heureuses. Et quelques coups de griffes. Extraits en exclusivité.

Le «bon sens» près de chez vous

Lorsqu'il prend les commandes de l'édition de la mi-journée de la Une, en 1987, Jean-Pierre Pernaut veut passer le périphérique et aller partout en France. Il crée un réseau de correspondants à TF1, fait la part belle aux événements locaux et aux traditions régionales. Des initiatives raillées par certains. « Aurait-il fallu renoncer à couvrir tout cela au motif que des émissions présumées branchées et des articles supposés intelligents écrits par des journalistes dans le vent ont si longtemps dénigré mes choix ? Bien sûr que non ! s'insurge-t-il. Le 13 Heures n'est pas et n'a jamais été destiné à ces gens-là. »

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C'est aussi pour parler à tous que le journaliste refuse un prompteur où défilent les lancements du JT. Et assume de réagir aux reportages diffusés, quitte à en agacer certains. « Ce ne sont dans mon esprit que des réflexions naturelles de bon sens et jamais je ne travestis la réalité. […] Je partage celles que se font les gens », se défend-il. Et de citer l'exemple d'une cliente qui l'a interpellé dans un supermarché pour le remercier « de dire tout haut ce qu'on pense tout bas ».

«Combien ça coûte ?», modèle d'impertinence

C'est l'une des grandes fiertés de Jean-Pierre Pernaut à la télévision : aidé de Christophe Dechavanne, il lance « Combien ça coûte? » en 1991. Le magazine sur l'économie concrète restera à l'antenne près de vingt ans en pointant les ronds-points à foison, ponts inaccessibles, parkings souterrains inadaptés aux voitures… « Des centaines d'exemples et des milliards dilapidés », résume-t-il.

Passé du prime time au dimanche après-midi en 2008, le programme perd son public. Et TF1 l'arrête deux ans plus tard. « Ce type d'émission a totalement disparu du paysage aujourd'hui. On nous rétorque que la télé a changé et qu'il faut des concepts plus modernes. Je pense surtout que ce type d'impertinence gêne trop dans une société à fleur de peau qui ressemble à une poudrière, prête à s'embraser au moindre écart, regrette Pernaut. Peut-on encore rire de tout ? Pourrait-on imaginer Combien ça coûte ? Le Petit Rapporteur ou l'humour de Desproges et de Coluche aujourd'hui ? Je crains que non, hélas. »

La presse people, une «marée d'ordures»

Avril 2005. Nathalie Marquay, compagne du présentateur emblématique, intègre l'émission de téléréalité « la Ferme Célébrités ». La presse people évoque un rapprochement de Daniel Ducruet, autre participant, avec l'ex-Miss France. En vacances au Lavandou (Var), Pernaut découvre « effaré » les unes. « Une marée d'ordures, traitant ma femme de midinette éblouie dégoulinant d'huile à bronzer, me disant dévasté ou annonçant notre séparation imminente », se souvient-il.

« Soixante-six couvertures de magazines en huit semaines ! rappelle-t-il. Et quarante-deux procédures judiciaires, toutes gagnées. » Des mésaventures avec les paparazzis qui ont continué lors de son mariage avec Nathalie, en 2007, ou les obsèques de sa mère en 2016, « salies » par ces photographes.

Parler «tranquillement» d'Amiens avec Macron

C'est l'un des gros coups des dernières années de son 13 Heures. En avril 2018, JPP décroche une interview du président de la République, Emmanuel Macron, réalisée dans une école de l'Orne. « Un peu partout la colère gronde, et avec mon équipe il nous semblait important d'obtenir des réponses claires du chef de l'Etat », explique-t-il.

Le journaliste garde un bon souvenir des coulisses où Emmanuel Macron, « très détendu », est resté deux heures à discuter avec les personnels de l'éducation. « Il profitait pleinement de ce moment, et moi aussi, d'autant plus que nous avons aussi eu le temps de parler tranquillement de notre bonne ville d'Amiens », écrit Jean-Pierre Pernaut. De quoi lui rappeler Nicolas Sarkozy, avec qui l'actuel président partagerait « l'envie permanente de convaincre et d'entamer de vrais dialogues, sans filtre, avec les Français ».

«L'humour malsain» des «Guignols»

« Les Guignols » de Canal+ lui donnaient des boutons. « J'ai toujours détesté et j'avais le culot de le dire », insiste Jean-Pierre Pernaut. Pour lui, les marionnettes n'étaient qu'une « bien pâle copie du Bébête Show » avec un « humour malsain ». Moqué pour l'ancrage régional de son JT, présenté comme « un abominable facho », selon ses mots, il en a souvent été la cible. « Sans doute parce que les auteurs de ces sketchs, qui avaient une bien curieuse conception de l'histoire, estimaient que s'intéresser aux gens et aux régions était forcément le signe d'un militantisme d'extrême droite », se désole la star de TF1. « Les Guignols » ont disparu. « D'autres émissions les ont remplacés. Comme pour les bouchons de l'autoroute, c'est désolant, mais on s'y habitue… »

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« 33 Ans avec vous », de Jean-Pierre Pernaut, Ed. Michel Lafon, 280 pages, 18,95 euros.