Charlotte Rampling dans «Kidnapping» sur Arte : «J’ai accepté cette série grâce à la fin»

A 74 ans, la comédienne fétiche de François Ozon endosse son premier rôle de flic dans «Kidnapping», superbe série franco-danoise qui débute ce jeudi soir sur Arte. Rencontre.

 Charlotte Rampling est Claire Bobain, commandant de police française, dans la série « Kidnapping signée Torleif Hoppe, qui débute ce jeudi soir sur Arte.
Charlotte Rampling est Claire Bobain, commandant de police française, dans la série « Kidnapping signée Torleif Hoppe, qui débute ce jeudi soir sur Arte. Julien Cauvin

Salon cosy du bar d'un hôtel dans le chic VIe arrondissement. Il est 17 heures, c'est « Tea Time », alors la plus française des Anglaises, Charlotte Rampling, commande avant le début de l'entretien. « Vous voulez un cup of tea? », demande-t-elle. Le sien, elle le prendra avec un peu de miel, comme toutes ses boissons chaudes. Un coup de baume à lèvres, la voici parée et équipée pour échanger sur « Kidnapping », la série d'Arte qui commence ce jeudi 1er octobre.

Dans « Kidnapping » vous êtes Claire Bobain, commandant de police française…

CHARLOTTE RAMPLING. Oui… (rires). C'est ce qui m'a séduit, c'est le challenge de convaincre en policier, ce que je n'ai jamais joué. Et en étant Anglaise, d'être de la police française, quand même… Mais le personnage est atypique, alors pourquoi pas ? L'équipe du tournage était majoritairement danoise et polonaise. Il y avait quelques acteurs français aussi, purement français, pas mixtes (rires).

« Mixte » comme vous ?

Oui, mixte, parce que je suis quand même très Anglaise : « Tea time at five ! ».

Et c'est à vous qu'on demande de jouer la Française…

Oui (elle sourit). Une idée un peu étrange… Enfin, j'ai beaucoup aimé cette série, cette histoire très émouvante. Il y a beaucoup d'humain là-dedans.

Vous tournez assez peu de séries…

Quand j'étais toute jeune, j'ai fait un rôle dans « Chapeau melon et bottes de cuir ». Et après, j'ai fait « Dexter », américain, « Broadchurch », anglais, et puis « DNA » danois et français.

Vous recevez beaucoup de propositions de séries ?

De temps en temps… Et je dis non à pas mal, ça ne devait pas être my cup of tea. Il faut que l'histoire me corresponde, ait une vibration avec laquelle je m'accorde, que je sente en moi le personnage…

Et cette fin… elle résonne en vous ?

Complètement. C'est grâce à la fin que j'ai accepté. Elle est magistrale.

Vous en regardez des séries ?

Non. A la télé, je regarde surtout des films. Quand on me parle d'une bonne série, je regarde un ou deux épisodes, pas plus. Un manque de concentration ou de curiosité, je ne sais pas…

L'impression de perdre votre temps ?

Oui un peu… C'est trop long. Je me souviens sur le tournage de « Melancholia », de Lars Van Trier, il y avait Kiefer Sutherland, j'avais donc regardé « 24 heures Chrono » dans ma chambre. Après plusieurs épisodes, je ne me sentais pas bien, comme vaseuse… J'ai dû sentir qu'il y avait une sorte de danger, je n'ai pas été piquée. Certains sont accros…

Vous avez souvent fait des choix de rôles pas faciles…

La difficulté vous réveille. La difficulté et le risque sont importants pour être en éveil et ouvert à l'inattendu. Si c'est juste pour faire ce que l'on sait…

Vous n'êtes pas du genre pantouflarde dans la vie ?

Je ne mets pas de pantoufles, je marche pieds nus.

Le meilleur moyen de marcher sur une punaise…

Vous avez votre réponse.

Vous vous sentez Française, Anglaise, Européenne… ?

C'est une vaste question. Et je ne sais pas si je peux vous répondre…

Vous avez une identité multiple ?

Est-ce que votre identité, c'est votre pays? Ce sont vos ancêtres aussi peut-être, votre lignée et ce que vous avez pu en recueillir. J'ai fait ce test ADN qui analyse les origines de votre sang. Tous ceux que je connais ont un très grand mélange, moi je suis 96 % Anglaise et 4 % Grecque. English! Incroyable! Alors d'où je me sens? Anglaise, par ce que je viens de vous dire, ensuite je ne sais pas…

En tant qu'Anglaise vivant en France, le Brexit vous préoccupe ?

Il faudrait peut-être que je fasse quelque chose.

Vous n'avez pas de passeport français ?

Non, je n'en ai jamais eu.

Vous auriez pu le demander ?

Il n'y a pas de raison de ne pas le demander, il le faudrait peut-être parce que sinon je ne sais pas exactement ce qui va se passer.

Comment avez-vous vécu le confinement ?

J'étais à Paris, seule avec mes deux chats et j'étais très bien. Si la détresse était absolue pour beaucoup de gens, moi j'étais plutôt protégée…

La situation sanitaire, l'état du monde et de la planète, vous soucient-ils ?

Beaucoup, même si je ne sais pas quoi faire. On nous dit de faire ci et pas ça et on voit que le monde est en train de s'effondrer…

A Deauville a été présenté le film « Last Words », de Jonathan Nossiter, dans lequel vous faites partie des derniers humains sur terre. On peut l'imaginer la fin de l'humanité ?

Oui, on peut, parce qu'il y a pas mal de récits, dans la littérature et au cinéma, mais c'est difficile d'y penser véritablement, même si je pense absolument qu'on va dans le mur.

Quelle est l'ambiance quand on tourne ce type d'histoire ?

On était à Paestum, en Italie, là où il y a les ruines de trois acropoles, un endroit absolument incroyable et on sentait ce que pourrait être cette fin de l'humanité.

Depuis quelques années, tout peut faire polémique, enflammer les réseaux sociaux… Est-ce que prendre la parole aujourd'hui est périlleux ?

Oui, on peut le dire. Parce que ça va être pris par tout le monde et dans tous les sens. Veut-on y participer ? Eh bien non, pas trop, donc je parle beaucoup moins. C'est peut-être bien aussi.

Le mouvement #MeToo, ce qui se passe aux Etats-Unis, ce sont des choses qui vous touchent ?

Bien sûr, ça me touche mais je me méfie. Sur Internet on fait une prostitution de vos mots. Je suis lucide de ce qui se passe dans le monde mais je ne veux pas être mal comprise, on n'a aucune défense contre les haters donc je préfère ne pas prendre position. Avant oui, mais ce n'est plus la même époque. Ou on trouve des portes de sortie ou on ne les trouve pas…

C'est quoi la vôtre, de porte de sortie ?

Peut-être qu'on peut dire que j'ai enfin appris à vivre seule. (NDLR : Jean-Noël Tassez, son compagnon est décédé en 2015)

Par la force des choses…

Par la force des choses…