Catherine Laborde et son mari Thomas Stern : «Ma peur, c’est de ne pas le reconnaître»

Catherine Laborde et son mari Thomas Stern viennent de publier un livre pour évoquer leur quotidien, alors que l’ex-présentatrice de la météo de TF 1 est atteinte d’une maladie neurodégénérative.

 Paris ce jeudi. Catherine Laborde et Thomas Stern ont écrit ensemble « Amour malade. Quand aimer devient aider ».
Paris ce jeudi. Catherine Laborde et Thomas Stern ont écrit ensemble « Amour malade. Quand aimer devient aider ». LP/Olivier Corsan

Elle qui foulait les planches encore en 2016 pour conter La Fontaine réside juste à côté d'un théâtre parisien. « J'entends les applaudissements. Je sais si une pièce marche ou pas. Je suis un peu la concierge du théâtre! », s'amuse Catherine Laborde. Pétillante, comme si de rien n'était, avant de s'installer dans son canapé pour une photo. « Où est Thomas? », s'inquiète-t-elle soudain en ayant perdu de vue une seconde son époux, Thomas Stern, avec lequel l'ancienne présentatrice de la météo sur TF 1 de 1988 à 2017 signe un nouveau livre, « Amour malade. Quand aimer devient aider », aux éditions Plon, paru ce jeudi.

A ses côtés, le sourire revient. Plus encore lorsqu'elle évoque les messages reçus après son passage, dimanche dans le magazine « Sept à huit » sur la Une et mercredi dans « C à vous » sur France 5. « Ça ne fait pas que réchauffer le cœur. Ça me donne une place », souffle celle qui a fait ses adieux à TF 1 le 1er janvier 2017 alors qu'elle se savait déjà atteinte de cette maladie à corps de Lewy, une pathologie entre Parkinson et Alzheimer diagnostiquée il y a six ans. « Après ce long one-woman-show à la télé, Catherine a vraiment touché trois générations, renchérit son époux. Sa personnalité est exceptionnelle : les gens le ressentent et il y a un vrai attachement. »

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Leurs mains se chevauchent. Parfois, Catherine Laborde tient celui qui la rassure, calme les tremblements intempestifs de ses jambes. Thomas l'apaise, l'aide à trouver des mots qui s'envolent, la reprend. Leur deuxième livre en commun ? « Il s'agissait d'être au plus proche de quelque chose qui n'est pas évident à vivre, sans tomber dans le pathos : ce que je ressens comme aidant et ce qu'elle vit comme aidée. Et il y a eu le confinement. »

« Enfermée à l'intérieur d'elle-même »

Une cloison de plus pour la sexagénaire qui se dit « enfermée à l'intérieur d'elle-même », coupée des autres, en raison de ce mal fluctuant entre phases de lucidité et égarements. « Ecrire pour dire ce qu'est la maladie était bénéfique, car cela permettait de trouver un chemin plus lumineux, insiste-t-elle. Elle progresse très lentement. La maladie se cache et surgit quand on ne l'attend plus. Cette douleur est difficile à accepter. »

Mais Catherine Laborde est entourée de sa « famille recomposée de partout », entre ses deux filles et celles de son époux. Et de l'amour de sa vie, celui « qui me sauve » répète-t-elle. Avant de s'assombrir. « Je suis assez lucide pour me rendre compte que j'ai enlevé à Thomas sa liberté. »

Lui brandit la force de leur amour. Avant de décrire son quotidien rythmé par les symptômes qu'il associe dans l'ouvrage aux « Cavaliers de l'Apocalypse ». « Etre un proche aidant, c'est un job 24 heures sur 24. Catherine n'est pas dans un état clinique où elle a besoin de soins réguliers. Mais elle a ses tremblements, des problèmes moteurs, se demande où elle est. »

Un plaidoyer pour faire connaître le statut des 10 millions d'aidants

A la maison, c'est lui qui se met aux fourneaux. « Il adore faire la cuisine. En même temps, il y est obligé, soupire sa femme. Et il a un potentiel de joie même quand il est malheureux. Je reste fascinée par cet homme. » « Je suis devenu une femme au foyer exemplaire ! », s'amuse-t-il. Pourtant, rien n'est simple pour celui qui confesse dans leur livre jusqu'à des envies de meurtre. « Le problème majeur, c'est la culpabilité, assène Thomas Stern. Il y a la peur de ne pas avoir fait assez bien, le désarroi face à la maladie qui dissimulent le désir parfois de tout arrêter. Or, si on se constitue comme aidant, on ne peut plus arrêter. »

D'où le plaidoyer de l'ancien publicitaire pour mieux faire connaître le statut des 10 millions d'aidants. « Ça bouge un peu, mais c'est très lent, déplore-t-il. On n'a pas réussi en France, comme au Canada, à statuer sur le problème du répit pour les aidants. Car, oui, on n'a besoin de souffler. » Souffler pour mieux gérer les sollicitations, apprivoiser les craintes aussi. « Ma vraie peur, c'est de devenir non reconnaissable aux yeux de Catherine et qu'elle le devienne à mes yeux », confie encore ce mari qui, une nuit digne de « l'Exorciste », a vu sa femme vociférer dans son sommeil. « Ma peur, c'est de ne pas le reconnaître, ajoute son aimée. J'ai aussi très peur du monde extérieur qui m'est hostile. Je préfère rester dans une bulle qui me protège. » Elle s'interrompt soudain et râle. « Je ne sais plus ce que je voulais dire. » Puis se lève pour aller chercher leur chat endormi dans la pièce voisine. « Il me protège aussi de mes peurs. »

« C'est Baudelaire qui gagne ! »

Pas de crainte, en revanche, de participer à un protocole médical à l'essai. « Je n'ai pas grand-chose à perdre, souffle Catherine Laborde. Et puis, on ne parle pas beaucoup de cette maladie. » « Il faut mieux la faire connaître et aider les médecins à la diagnostiquer », appuie son époux. Quand on évoque ce courage dont ils disent pourtant manquer, ils sourient. « Il n'y a pas d'exercice pour apprendre le courage », dit l'un. « C'est l'attitude de Thomas qui est courageuse. Moi, je voulais le mettre dans la lumière. Les mots l'ont aidé à trouver sa place », répond son âme sœur. « Ce livre est une sorte de thérapie à deux, reprennent-ils. On se dit des choses qui font du bien et qu'on n'aurait pas pu se dire. »

Si certains souvenirs s'évaporent, les caprices du ciel, eux, n'échappent pas à l'ancienne professionnelle. « Je suis désolée d'assister de loin aux catastrophes comme celle survenue dans les Alpes-Maritimes et je veux souhaiter du courage à ceux qui l'ont subie », lâche-t-elle. Elle pourrait aussi citer la comtesse de Ségur ou ses poètes préférés. Car, se réjouit-elle, « la maladie n'efface pas les textes magnifiques. Ma mémoire est fatiguée, mais c'est Baudelaire qui gagne! »