C’était comment la première soirée de Culturebox ?

La chaîne culturelle du service public a été lancée ce lundi soir. Dans une certaine austérité.

 Théâtre Mogador (Paris), le 1er février. Suzane sur  scène pour le lancement de la chaîne éphémère Culturebox.
Théâtre Mogador (Paris), le 1er février. Suzane sur scène pour le lancement de la chaîne éphémère Culturebox. AFP/Bertrand GUAY

Habituellement, on crée une chaîne en grande pompe. Avec des fusées, des vivats, un sentiment de superproduction. Pas en temps de Covid. Pas sur la crête de la crise. Pas avec Culturebox, inaugurée ce lundi soir par France Télévisions sur le canal 19 occupé jusqu'à l'été dernier par France O. À 20h35, Daphné Bürki, l'habituelle animatrice des Victoires de la musique, a lancé la chaîne éphémère et culturelle, en tout petit comité. Avec Delphine Ernotte, patronne de France Télévisions, qui a salué « une idée un peu folle que nous avons eue il y a 15 jours », Roselyne Bachelot, ministre de la Culture, et Roch-Olivier Maistre, président du Conseil Supérieur de l'Audiovisuel.

Mogador désert avec tout ce velours rouge inoccupé. Au début, on a salué ce parti pris d'assumer une forme de souffle vital sans aucun décor ni cache-misère. Ne pas avoir peur du vide. Ne pas lancer de faux applaudissements à l'antenne comme dans les stades de foot déserts. Faire le plein de musique avec une soirée dédiée à la nouvelle scène française. Faire le plein d'essence parce que la culture est essentielle et qu'on était vraiment en panne sèche de spectacle vivant. Quand la chanteuse Suzane a sciemment tourné le dos à la salle vide pour s'adresser à nous, avant 21 heures « Je raconte ma life, parce que j'ai pas l'impression qu'il y a du public ».

De vrais lives

Un autre prime-time, vraiment différent. Quand Pomme aussi a chanté avec sa guitare dos à la salle. Vers les coulisses, vers le hors-champ, vers nous. Une belle idée de mise en scène à défaut de gros moyens. Oui ça tenait à un fil, mais un fil d'or. Le direct comme le pouls qui bat, une veine qui affleure. « Je sais que vous êtes là, je vous sens », disait Pomme. « Le public est là, mais il est derrière son écran », lançait Daphné Bürki qui annonçait l'arrivée de son co-animateur Raphäl Yem pour interviewer les artistes en coulisses. Sauf qu'il n'y avait pas vraiment de coulisses. Mais de vrais lives- « Ça fait longtemps », avouait le jeune chanteur Hervé - enchaînés sans blablas. On pourra dire ce qu'on veut, mais on a entendu beaucoup de musique, avec le duo Terrenoire, et Yseult.

Les animateurs Daphné Bürki et Raphal Yem, les animateurs./AFP/Bertrand GUAY
Les animateurs Daphné Bürki et Raphal Yem, les animateurs./AFP/Bertrand GUAY  

Bien sûr, quelqu'un qui aurait zappé sur le Canal 19 sans connaître ces artistes aurait trouvé l'ambiance lunaire et pas d'autre aide pour s'y retrouver que son bon plaisir et Shazam pour espérer savoir qui chantait : aucune incrustation du nom des invités, aucune transition entre les morceaux, comme de vrais mini-concerts. Après tout, c'était le but. Un peu ardu pour un prime-time grand public.

Entre deux morceaux d'Hervé, il y a même eu un vrai silence, un peu trop long, sans personne pour meubler. C'est si rare une télé qui s'invente, avec les moyens du bord. C'est si dur de chanter devant personne devant soi et des techniciens masqués derrière. On sentait cet abîme. « J'attends la fureur de vivre », chantait Hervé, qui a réussi à mettre un peu le feu, un feu follet. Pour faire fondre cette calotte glaciaire à laquelle il est de plus en plus difficile d'échapper.

Culturebox reviendra tous les soirs à 21h10, avec de l'opéra, du théâtre, de l'humour. Ce qui compte, ce n'est pas l'habillage. C'est Hervé en fusion lançant dans un théâtre creux : « Je kiffe. Ça fait longtemps qu'on n'a pas joué aussi longtemps ». D'ailleurs, il ne voulait plus partir. Personne pour demander un rappel, mais quand on l'a entendu murmurer, « j'enchaîne une huitième », on en a souri. Et ce n'était pas fini. Plus aucune présentatrice à l'horizon depuis des lustres, même plus vraiment d'heure de fin, ce lâcher-prise des concerts. Hervé était trempé. « Et si on faisait tous semblant d'être dans une salle de concert ? ». Allez, encore un bis et à demain Culturebox.