«C’est très américain» : les abonnés de Disney+ partagés face au contrôle parental

On ne peut plus regarder certains classiques jugés racistes depuis un compte « enfant » sur Disney +. Un dispositif qui ne convainc pas vraiment les abonnés.

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 « Le Livre de la jungle » fait partie des dessins animés dont le visionnage nécessite une autorisation des parents, quand il est visionné sur un compte enfant sur Disney +.
« Le Livre de la jungle » fait partie des dessins animés dont le visionnage nécessite une autorisation des parents, quand il est visionné sur un compte enfant sur Disney +. Walt Disney

Ils font partie des dessins animés les plus célèbres de Disney et pourtant, les enfants ne peuvent plus y accéder sur Disney +. La plate-forme soumet désormais « Peter Pan », « Dumbo », « le Livre de la jungle », « les Aristochats » ou encore « la Belle et le Clochard » au contrôle parental en raison des clichés racistes que ces longs-métrages véhiculent.

Lorsque l'on tente de voir ces films depuis un « profil enfant », un message d'avertissement apparaît, soulignant que le programme « comprend des représentations datées et/ou un traitement négatif des personnes ou des cultures ». « Ces stéréotypes étaient déplacés à l'époque et le sont encore aujourd'hui… » poursuit le texte. Et on ne peut visionner le dessin animé qu'en se reconnectant depuis le compte d'un adulte.

En adoptant ce « filtrage », Disney entend prendre de la distance avec ces Amérindiens au corps rouge, ce singe du « Livre de la jungle » doublé par un Afro-Américain ou ce lévrier russe et ce chihuahua mexicain de « la Belle et le clochard » qui caricaturent le physique des habitants des pays concernés… Mais cette mesure laisse de nombreux abonnés sceptiques. « Cela ne change rien pour nous puisque, quand ma fille de 8 ans veut regarder un film, c'est son père ou moi qui le lui mettons en route, depuis notre compte », assure Caroline, maman de Louise.

«Il faut qu'on puisse critiquer ce qui a été écrit et réalisé»

« L'avertissement aurait suffi, estime de son côté Fatou, 37 ans. Mon fils de 5 ans ne sait pas encore lire, mais le fait qu'un tel message apparaisse sur l'écran permet aux adultes présents d'avoir une discussion avec leur(s) enfant(s) s'ils le souhaitent. » Le contrôle parental oblige seulement cette jeune assistante sociale à effectuer une démarche supplémentaire avant de mettre en route un film.

« Il faut qu'on puisse critiquer ce qui a été écrit et réalisé il y a parfois plus d'un demi-siècle, poursuit Fatou. Mais on a revu les Aristochats récemment et honnêtement, je ne vois pas ce qu'il y a de raciste dans cette histoire. Certains personnages des dessins animés Disney ont des accents, mais ce n'est pas parce qu'on imite l'accent marseillais qu'on insulte la culture marseillaise ! Ce politiquement correct, c'est très américain… »

Une tendance à «l'indignation» permanente

Séverine, 51 ans, est partagée elle aussi : « Quand mes enfants, qui ont 7 et 12 ans, regardent Netflix, je vérifie toujours les programmes qu'ils choisissent alors que sur Disney +, jamais ! sourit-elle. Donc c'est bien que Disney + ne mette pas tous ses programmes sur le même plan. » Cette intermittente du spectacle pense cependant que ce n'est pas au moment de regarder « Dumbo » ou « Peter Pan » qu'il est le plus crucial de parler de racisme aux enfants.

« Il y a mille occasions par jour d'avoir ces conversations-là, juge-t-elle. J'ai beaucoup parlé de racisme avec mes enfants au moment des manifestations en hommage à George Floyd, (NDLR : afro-américain victime d'une bavure policière), par exemple. Qu'on décortique et qu'on démonte dans les universités des clichés de dessins animés écrits à une certaine époque, c'est très bien. Mais je pense que c'est un peu trop complexe pour des enfants en âge de regarder ces classiques. »

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Sur Twitter aussi, les abonnés à Disney + sont peu convaincus. « Petits, moi-même et mon épouse avons vu ces dessins animés plusieurs fois et cela n'a pas fait de nous des personnes racistes… souligne Jonathan. L'important est de bien éduquer ses enfants et de répondre à leurs questions. » Et tandis que Benjamin s'agace de la tendance à « l'indignation » permanente, signe selon lui de « l'évolution des mœurs américaines », Clara, elle, regrette qu'on ne laisse pas les plus jeunes « voir le monde avec des yeux d'enfants ».