Avec «Au bout de l’enquête, la fin du crime ?», France 2 renoue avec les faits divers

Ce samedi, la chaîne publique inaugure à 14 heures «Au bout de l’enquête, la fin du crime ?», une nouvelle émission hebdomadaire dédiée à des affaires non résolues.

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 Le criminologue Alain Bauer accompagnera Marie Drucker pour apporter son éclairage sur les différentes affaires.
Le criminologue Alain Bauer accompagnera Marie Drucker pour apporter son éclairage sur les différentes affaires. Delphine GHOSAROSSIAN

Un an. C'est ce qu'il aura fallu à France 2 pour changer d'avis et renouer avec les faits divers. Alors que la chaîne avait abandonné fin février dernier « Faites entrer l'accusé », fleuron du genre et vingt ans d'antenne, elle lance ce samedi à 14 heures « Au bout de l'enquête, la fin du crime? », une nouvelle émission consacrée aux énigmes longtemps restées insolubles … Un air de déjà-vu? Avant elle, le magazine « Non Elucidé » avait été le premier à explorer des affaires non résolues sur la Deux dès 2008, avant son arrêt en 2015 et sa résurrection sur RMC Story.

« France Télévisions a été précurseur. Une émission de faits divers manquait, reconnaît Nicolas Daniel, directeur des programmes de flux en journée du groupe public. Il était dommage de ne pas en avoir une, d'autant que nous avions réussi à mettre à l'antenne des marques avec une facture et une exigence différentes de ce qui se faisait ailleurs. »

Promis, la production inédite confiée à Enibas (« Tout compte fait ») et présentée par Marie Drucker creusera son sillon… Son truc en plus : passer au crible de vieux dossiers qui ont connu un récent rebondissement. « Le parti pris est de se pencher sur des affaires bouclées ou rouvertes car de nouvelles pistes d'investigation se font jour, avance le responsable de France Télévisions. Cela permet de replonger dans des histoires anciennes mais aussi dans une région, un milieu social, le contexte de l'époque et de raconter les évolutions des méthodes d'enquête. »

Les équipes travaillent sur une dizaine de dossiers

« La résolution de cold cases est en voie d'accélération, abonde Stéphane Albouy, rédacteur en chef et conseiller éditorial de l'émission. Beaucoup ressortent grâce à la création de services spécialisés, aux avancées de la police scientifique et à la possibilité pour les enquêteurs de s'appuyer sur des logiciels qui permettent notamment des croisements sur tout le territoire, la recherche de serial killers. Des cabinets d'avocats et des familles poussent aussi la justice à persévérer. »

Constituée à la hâte en novembre, l'équipe de journalistes travaille en simultané sur une dizaine de dossiers. Samedi, place à l'affaire Chantal Chillou, une mère de famille dont le corps avait été retrouvé le 2 août 2001 à Chatuzange-le-Goubet (Drôme) à 200 km de chez elle. Suite à de récentes analyses ADN sur des pièces à conviction restées en souffrance et à une comparaison avec le fichier national automatisé des empreintes génétiques (FNAEG), le meurtrier présumé a été arrêté en juin dernier.

L'émission s'ouvre sur un plan aérien de l'Isère puis zoome sur un ancien gendarme qui, dans les bois, revient sur le lieu où gisait le cadavre. Outre ses souvenirs, les témoignages de proches, avocats et journalistes alimentent le récit ponctué de scènes dites « d'évocation » (gros plans sur des hommes en combinaison blanche qui balisent la scène de crime, sur un bout de papier prélevé parmi les feuilles, sur des photos…), d'images parfois au ralenti. Pas de musique dramatisante mais les éclairages du criminologue Alain Bauer, face à Marie Drucker dans un salon.

«L'histoire est racontée par ceux qui l'ont vécue ou suivie»

Vraiment nouveau ? « En 2008, on me demandait comment je pouvais raconter une histoire dont on n'avait pas la fin. Aujourd'hui, le traitement des cold cases est une tendance forte à la télévision. Je suis ravi d'avoir été un précurseur », sourit Arnaud Poivre d'Arvor, producteur de « Non Elucidé ». Avec « Au bout de l'enquête, la fin du crime ? », « la différence est qu'il n'y a pas de commentaire : l'histoire est racontée par ceux qui l'ont vécue ou suivie. On n'est pas dans l'interprétation », plaide Stéphane Albouy. « Le parti pris est plus cinématographique, moins explicatif. Les images sont des illustrations des propos. On cherche à créer une atmosphère », renchérit Nicolas Daniel.

Des procédés éprouvés par Netflix. « On ne réinvente rien. On a regardé ce que fait Netflix, concède le patron de France Télévisions. Nous, on sera dans la proximité, on abordera des affaires qui ne sont pas ailleurs avec notre singularité, une modernité, des budgets bien moindres à ceux de Netflix. » Et des précautions pour éviter de choquer le jeune public présent devant le poste à 14 heures. « On ne sera pas dans le sensationnalisme, on évitera de rentrer dans des détails sordides », promet Stéphane Albouy.

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Reste à convaincre les téléspectateurs de se plonger après le déjeuner dans ces énigmes criminelles dont certaines remontent à 48 ans comme la disparition mystérieuse de la famille Méchinaud, le soir de Noël 1972 près de Cognac, samedi prochain. « Il y a déjà eu par le passé dans cette case horaire « Faits divers, le mag » (NDLR : sur France 2 puis France 3 de 2008 à 2010), rappelle Nicolas Daniel. Notre pari du sans commentaire est plus risqué mais on espère que cette marque deviendra un point de repère. »

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 3,5/5

«Au bout de l'enquête, la fin du crime ?», magazine présenté par Marie Drucker (2021). 52 minutes