Ara Aprikian, numéro 2 du groupe TF1 : «En cette période, la télé doit être à la hauteur»

Ara Aprikian, directeur général adjoint du groupe TF1, entend proposer des programmes qui permettent de créer du lien. Il fait le point sur cette rentrée particulière et les nouveautés de la saison.

 Pour Ara Aprikian, «il faut faire preuve d’imagination pour continuer à produire des programmes encore plus forts».
Pour Ara Aprikian, «il faut faire preuve d’imagination pour continuer à produire des programmes encore plus forts». TF1/Christophe Chevalin

Dans une semaine, TF1 lancera « Ici tout commence », nouveau feuilleton quotidien programmé le 2 novembre à 18h30 juste avant « Demain nous appartient ». Un pari et un enjeu de taille pour le groupe touché comme l'ensemble des chaînes par la crise du Covid. Face à la baisse des recettes publicitaires, Ara Aprikian, le directeur général adjoint du groupe TF1 chargé des contenus, fait front en comptant sur ses marques phares, ses nouveautés et des fictions inédites.

La saison 2 de «Mask Singer» a réuni 4,7 millions de téléspectateurs pour son démarrage. Déçu ?

ARA APRIKIAN. Non. Au contraire nous sommes leaders et avec le replay nous allons dépasser les 5 millions. Surtout, on a réalisé 42 % de part d'audience sur les cibles commerciales (NDLR : les femmes responsables des achats) et 57 % sur les enfants. Le pari de renouvellement est gagné. L'émission de Camille Combal se classe parmi les grosses franchises de TF1 avec un public plus familial, plus jeune. Globalement, je suis très content de la rentrée de nos divertissements avec « Koh-Lanta » à des niveaux très hauts, « The Voice Kids » qui a atteint une belle maturité. Sans oublier les scores incroyables de « Quotidien » de Yann Barthes sur TMC. En attendant l'arrivée en fin d'année de « District Z » produit par Arthur et présenté par Denis Brogniart avec des moyens de production exceptionnels.

Conquérir les jeunes, c'est votre mission ?

Notre ligne éditoriale est axée sur la création du lien social, plus encore à un moment où la société est tiraillée, divisée notamment par les réseaux sociaux. Cela veut dire proposer des programmes que l'on peut regarder ensemble, parents et enfants. C'est bien de rire, de s'émouvoir et d'apprendre ensemble à travers les événements sportifs, l'info, le cinéma, les divertissements… Et la fiction, l'un des vecteurs essentiels pour porter des sujets complexes sans faire du prêt-à-penser mais en donnant à comprendre, à partager. Autre exemple, le documentaire des frères Naudet « Fluctuat nec mergitur » sur les attentats du 13 Novembre en partenariat avec Netflix qui sera diffusé le 12 novembre sur TMC.

Les tournages des prochains gros barnums (« The Voice », Miss France, les « NRJ Music Awards », « Danse avec les stars ») sont-ils menacés ?

On fait tous les efforts pour que ces productions aient lieu et offrir du grand spectacle tout en préservant la sécurité des personnels. Cela voudra dire, si l'on veut accueillir du public en zone de couvre-feu, d'avancer les tournages pour que les gens puissent rentrer. Dans certains cas, comme pour les « NRJ Music Awards », on fera peut-être plus d'enregistrements que de lives. Quant à « Danse avec les stars », le programme reviendra dès que les conditions sanitaires le permettront.

Cela représente des coûts supplémentaires ?

Cela nécessite beaucoup de travail et cela a un coût. On est dans une période où faire de la télévision n'est pas une sinécure mais c'est plus important encore de s'impliquer car nos concitoyens ont besoin de se divertir et de s'informer. On doit être à la hauteur.

Pour «Koh-Lanta», y aura-t-il un numéro spécial anniversaire et deux saisons diffusées cette année ?

Cela fait partie des réflexions. Nous sommes heureux de pouvoir proposer une nouvelle saison au public, avec le Covid, ce n'était pas acquis. Le tournage de la prochaine saison va démarrer en Polynésie.

Quid des autres divertissements pilotés par Camille Combal ?

Il a tourné une nouvelle émission pour l'heure baptisée « la Grande Incruste ». Et il a tourné des numéros d'« Une famille en or » très drôles, dans un décor spectaculaire et modernisé digne d'un prime time. Une belle réinvention du jeu qu'on verra bientôt en quotidienne.

PODCAST. Camille Combal, enfant de la radio devenu star de TF1

Depuis la reprise des tournages en juin, avez-vous pu reconstituer du stock ?

On commence mais il se consomme vite. « District Z » et « Une famille en or » sont déjà tournés, les feuilletons quotidiens ont de l'avance.

Après les départs de Carole Rousseau, Sandrine Quétier et Laurence Boccolini, il y a peu d'animatrices en prime time…

La question de la parité est une ambition générale sur toute l'antenne. Aujourd'hui sur nos trois quotidiennes, deux sont présentées par des femmes : Alessandra Sublet avec « C Canteloup » et Elodie Villemus avec « 4 mariages pour une lune de miel ». Anne-Claire Coudray est à la tête des JT du week-end et Marie-Sophie Lacarrau remplacera Jean-Pierre Pernaut au 13 Heures. Nous essayons aussi de faire grandir nos talents. Hélène Mannarino présentera l'émission « Rétroscopie », un futur prime time sur TMC avec Jean-Paul Rouve. Nous travaillons aussi avec Karine Ferri, Anaïs Grangerac, Iris Mittenaere. En fiction, la majorité de nos héros sont des héroïnes.

Est-ce vraiment le bon moment pour lancer un nouveau feuilleton quotidien ?

On a réfléchi à l'idée de le retarder. On a pris l'option inverse : c'est parce que la période est difficile qu'il fallait au contraire offrir ce feuilleton le plus vite possible. Il se déroule dans une école de gastronomie, raconte la modernité de la société française et fait la part belle à ces jeunes qui veulent avoir une vie à la hauteur de leurs ambitions. On est très fiers des premiers épisodes, rafraîchissants, avec d'excellents comédiens connus — Francis Huster, Elsa Lunghini, Vanessa Demouy, Clément Rémiens — et de nouveaux talents comme Aziz Diabate. Ils forment une troupe dynamique. Des personnages sont issus de « Demain nous appartient » mais on peut regarder sans avoir vu DNA. Proposer un bloc de deux feuilletons quotidiens avant 20 heures est un enjeu très fort. C'est inédit en France.

A partir du 2 novembre, TF1 lancera «Ici tout commence», avec notamment Elsa Lunghini et Clément Rémiens./ Capapictures/TF1/Jean-Philippe Baltel
A partir du 2 novembre, TF1 lancera «Ici tout commence», avec notamment Elsa Lunghini et Clément Rémiens./ Capapictures/TF1/Jean-Philippe Baltel  

Allez-vous montrer davantage de diversité comme l'exige le CSA ?

Oui, nous avons déjà commencé. De nouveaux humoristes sont très présents dans « Vendredi tout est permis ». En fiction, nous avons été pionniers avec les « Bracelets rouges », « Mention particulière ». Et ce sera le cas aussi avec « Au-dessus des nuages » sur le destin de la pilote de voltige Dorine Bourneton devenue paraplégique ou avec « Il est elle » sur la dysphorie du genre.

Quels seront les axes développés dans vos prochaines fictions ?

Nous avons 28 nouveautés cette saison. La priorité, c'est la diversité de l'offre qui mêle fictions historiques et thrillers, sujets de société et adaptations de formats étrangers, reconstitutions de faits divers et fantastique. Nous diffuserons « Je te promets », « Une affaire française » sur le drame du petit Grégory. Nous aurons aussi des mini-séries de prestige comme « Un homme d'honneur », avec Kad Merad, Gérard Depardieu et Zabou Breitman. Parmi les sujets de société, nous traiterons de la prostitution d'une adolescente dans « Fugueuse ». On continue d'explorer l'école avec « le Remplaçant » avec JoeyStarr. Et, nous travaillons sur « Syndrome E » qui fera vivre le duo de flics Sharko et Hennebelle des livres de Franck Thilliez.

La chute des recettes publicitaires vous permet-elle encore d'investir suffisamment ?

Il faut faire preuve d'imagination pour continuer à produire des programmes encore plus forts, tout en maîtrisant nos dépenses, en développant des projets qui puissent voyager et être adaptés dans différents pays. Dans les divertissements, TF1 est l'une des rares chaînes à avoir installé de nouveaux formats : « Mask Singer », « Ninja Warrior », « la Chanson secrète » avec Nikos Aliagas, « Stars à nu » et bientôt « District Z ».