Accros aux podcasts : plus de 5 millions de Français en écoutent chaque semaine

A l’occasion du Podcast festival à Paris du 15 au 18 octobre, un sondage de l’institut CSA que nous révélons confirme l’envolée de ce nouveau média, dopée par le confinement.

 Sophie-Marie Larrouy enregistre son podcast « A bientôt de te revoir » en public, ici avec Christine and the Queens.
Sophie-Marie Larrouy enregistre son podcast « A bientôt de te revoir » en public, ici avec Christine and the Queens. Laura Gilli

Urbain de 34 ans, CSP plus (catégorie socio-professionnelle supérieure), cherche podcast à dévorer. Voilà le profil de l'auditeur du podcast natif (comprenez une création, pas une rediffusion d'émission radio), dévoilé en exclusivité par le sondage de l'institut CSA à l'occasion du 3e Paris Podcast Festival, qui attend 200 intervenants dans la capitale du 15 au 18 octobre. Les chiffres confirment l'envolée de ce nouveau média dopé par le confinement.

La fraîcheur, des voix souvent différentes et moins formatées que celles de la radio, l'envie de s'informer autrement, de s'évader à travers des histoires singulières. Autant de raisons qui font flamber les écoutes des podcasts natifs. Le directeur du festival, le professeur de philosophie Thibaut de Saint-Maurice, a aimé tout de suite ce concept qui « donne la parole à des gens ordinaires, raconte des aventures peu connues, donne de la voix à ceux qui n'en ont pas. »

Le sondage réalisé fin août montre que 14% des Français (5,3 millions des 18-64 ans) écoutent des podcasts toutes les semaines. Ils étaient 9% en 2019. La moitié des plus de 35 ans en écoutent depuis plus d'un an. « Un tiers des auditeurs a découvert le podcast pendant le confinement et 61% ont augmenté leur écoute pendant cette période », rapporte Claudine Brulé, directrice du pôle « Consumer » à l'institut CSA.

Accros aux podcasts : plus de 5 millions de Français en écoutent chaque semaine

«Une vraie complicité, un attachement avec le public»

Le confinement a accéléré aussi la percée de podcasts humour-divertissement et de développement personnel (+ 10 points chacun). « Emotions », diffusé par Louie Media, est nommé au festival pour son épisode sur l'hypersensibilité. Cyrielle Bedu a repris la saison 2 de ce podcast conçu pour donner les clés d'un équilibre intérieur, comprendre ses comportements. « Le podcast crée une vraie complicité, un attachement avec le public. En cette période anxiogène, les gens cherchent à mettre des mots sur leurs émotions », estime cette ancienne journaliste de radio. Introversion, confiance en soi... « Emotions » zoome sur des témoignages, en tendant le micro à des chercheurs universitaires plutôt qu'à des psys médiatiques.

En humour, « A bientôt de te revoir », produit et diffusé par Binge Audio (dont Le Parisien - Les Echos est actionnaire à 33%), arrive en tête des podcasts divertissement. Sophie-Marie Larrouy l'enregistre en public (prochain enregistrement le 15 octobre au MK2 quai de Loire, sur réservation mk2.com ) et une communauté de 600 fans la suit. « Ils rient, mon podcast leur fait du bien et je ne sais jamais comment va tourner l'échange avec mon invité. Hakim Jemili m'a parlé de son cousin qui faisait de l'import-export de fourmis. Je suis contente de recevoir des messages d'auditeurs déprimés qui me disent : Finalement, ça vaut le coup de vivre. »

Elle a mené plus de 70 interviews, en commençant toujours par offrir une friandise à son invité pour amorcer une discussion sur les goûts, les souvenirs. Parler du vinaigre blanc avec Benoît Hamon confiné, écouter une parodie de yoga pour enfants du rappeur Gringe. Sophie-Marie Larrouy apprécie d'autres podcasts d'humour, comme le « FloodCast » et « Vulgaire ». A ses yeux, trois podcasts ont changé la donne dans ce petit monde : « Un podcast à soi » (Arte radio), « La Poudre » (Nouvelles écoutes) et « Les Couilles sur la table » (Binge). « Ils ont parlé les premiers de la charge mentale, du rapport à l'autre, de la masculinité, des privilèges inhérents à son genre. »

Pour les enfants, «une bonne alternative à la lecture»

Le sondage dévoile aussi qu'une famille sur trois fait écouter des podcasts à ses enfants. Dans cette catégorie, les créations de France Inter, « Les Odyssées » (7-12 ans) et « Une histoire et... Oli », pour les plus petits, caracolent en tête des téléchargements. « Les P'tites histoires » (Taleming), de l'auteur indépendant Mathieu Genelle, a doublé le nombre de téléchargements depuis le confinement (200 000 aujourd'hui). « Le podcast jeunesse attire les parents qui veulent éloigner leurs enfants des écrans, qui ont envie d'un temps calme, de créer des pauses en éveillant l'imaginaire. » Ses histoires fantastiques pour les 6-10 ans sont les héritières de celles contées dans son enfance par l'actrice Marlène Jobert. Avec le succès, les annonceurs arrivent et Mathieu espère en vivre bientôt, après avoir placé ses économies dans ce projet.

Parmi les auditeurs, les enfants de Mathilde et Eric, qui n'ont pas de téléviseur et ont toujours veillé à ce qu'écoute et regarde leur progéniture. Marius, 10 ans, se détend en se connectant à des podcasts sur sa tablette, parfois avec sa petite sœur de 7 ans. « Il vient nous voir pour nous demander l'autorisation, on le guide. Le podcast est un moyen de s'instruire et de s'évader, une bonne alternative à la lecture », estime son père qui travaille dans l'informatique. Marius découvre de grands destins ou de belles aventures dans « Les Odyssées ». Il s'évade avec « Les P'tites histoires », s'instruit avec les « Petits curieux » (La lune a-t-elle une odeur? Les médailles d'or des JO sont-elles en or?).

« Avant le confinement, les enfants écoutaient un podcast le week-end. Depuis la rentrée, ils en écoutent aussi en semaine, après les devoirs. » Marius et Fanny aiment se passer Tintin tout en feuilletant la BD. Mathilde et Eric, eux, affectionnent les émissions de France Inter et France Culture en podcast, comme « CO2 mon amour », « Grand bien vous fasse », de « Cause à effets », « Matières à penser »... Si Mathilde écoute « Le Mouton numérique » en podcast natif, Eric s'en méfie, « il faut qu'ils soient bien travaillés et hors de tout lobbying ».

«Le matin dans les transports, le soir dans mon lit»

Lucie, 28 ans, a découvert les podcasts en 2017 avec Transfert, de Slate, où des anonymes ouvrent leur intimité. « J'écoutais beaucoup la radio, je suis très vite passée aux podcasts de France Culture, comme Les Pieds sur Terre, un docu de 20 minutes. »

La jeune femme des Hauts-de-Seine en écoute tous les jours : « le matin dans les transports, le soir dans mon lit ». Elle en a téléchargé une vingtaine. Lucie aime le talent de conteur de Christophe Hondelatte dans « Hondelatte raconte », « il fait toutes les voix, c'est extra! », « Distorsion », un podcast canadien qui explore des histoires étranges sur le web, « Les Baladeurs », qui parle de grands voyages. « J'apprécie les formats de 20 minutes. Je cherche des thématiques de société ou d'aventures, dans l'esprit d'Arte que je regarde beaucoup. »

Paris Podcast Festival, Trouver sa voix, à la Gaité Lyrique (IIIe), du 15 au 18 octobre (le 15 pour les professionnels). Billets 2 euros sur réservation.

Podcast mode d’emploi

Alors... Bien sûr, vous êtes habitués à chercher votre émission préférée en podcast. Mais dans la forêt d’enregistrements originaux − on dit «native » − comment s’y repérer ? Vous trouverez par exemple sur l’application iPhone Apple Podcast, ou sur l’application Android Podcast Addict, une sélection de ce qui marche. Ou sur les plates-formes comme Deezer, une sélection. Des offres spécifiques (Majelan, Sybel...) aident aussi à faire ses choix.