Théâtre : Nicole Garcia seule sur scène et sans public... «Jouer, c’est jouer», estime-t-elle

La comédienne monte pour la première fois seule sur scène avec «Royan», un texte de Marie Ndiaye écrit pour elle. Confinement oblige, une version filmée est à suivre sur Internet, en direct ce mardi à 21 heures.

 Nicole Garcia préfère parler «d’ultime répétition» que de première date, la finalité étant de présenter «Royan» au public en vrai, plus tard.
Nicole Garcia préfère parler «d’ultime répétition» que de première date, la finalité étant de présenter «Royan» au public en vrai, plus tard. H&K/Carole Bellaiche

Pas tout à fait le spectacle tel que le public sera amené à la découvrir plus tard, juste un avant-goût prometteur. Nicole Garcia propose mardi 10 novembre à 21 heures une version gratuite filmée en direct sur Internet depuis la scène du Théâtre de la Ville de «Royan», son premier seul en scène. Un texte que Marie Ndiaye, prix Goncourt 2009, a écrit pour elle et qui aurait dû débuter le 5 novembre.

«On a cette chance que n'a pas le cinéma dont les portes sont fermées, de pouvoir encore répéter, nous explique la comédienne et réalisatrice. Puisqu'on était en fin de répétition, on a tout de même pu aller au bout de ce travail.» Une façon pour elle et l'équipe du spectacle de ne pas subir «ce couperet que beaucoup vivent». Une chance, un sursis, comme une «sorte de résistance» à l'adversité.

«Un brûlot comme il m'a été peu souvent donné de jouer»

Elle préfère parler «d'ultime répétition», n'estimant pas le travail achevé véritablement, la finalité sera tout de même de présenter «Royan» au public. En vrai. Au Théâtre de la Ville, plus tard… La perspective de le présenter en ligne n'a pas vraiment modifié son travail. «Jouer, c'est jouer», estime-t-elle. «En plus, c'est mon premier seul en scène, j'appelle ça mon premier stand up, c'est quelque chose qui m'était inconnu d'être ainsi seule à incarner un personnage, à raconter.»

De sa voix chaude et rugueuse, pressée, la comédienne porte la langue fulgurante de Marie Ndiaye. Dans ce texte, que met en scène Frédéric Bélier-Garcia, son fils, elle est «La professeure de français », Gabrielle, une femme qui rentre chez elle un soir. Dans le hall de son immeuble, elle s'aperçoit, perçoit, que devant sa porte l'attendent les parents d'une de ses élèves, qui s'est suicidée. Et qui viennent lui demander des comptes.

Elle les a déjà évités au lycée. Ne veut pas les voir et reste dans la cage d'escalier, d'où elle va se livrer. «Au début, c'est comme une garde à vue, elle dit qu'elle n'est responsable de rien et, peu à peu, il va y avoir un aveu, plus largement de qui elle est, précise Nicole Garcia. C'est un brûlot comme il m'a été peu souvent donné de jouer». Il y est question de secret, de mauvaise conscience et mauvaise foi, avec en toile de fond le mal-être de l'adolescence et le harcèlement scolaire.

Sa bonne fée Monique Rivet

Comme Nicole Garcia, Gabrielle est née à Oran (Algérie), a connu l'exil et l'arrivée en France… « Après elle s'appelle Gabrielle et elle est devenue professeure de français, nos chemins bifurquent, mais ces éléments biographiques communs m'ont assez troublée, confie-t-elle. Ça fait peut-être partie des choses qui m'attachent beaucoup à ce personnage. »

Le sujet tout autant, qui évoque le rôle du professeur et ce lien qui peut exister avec un élève. «Il y a tellement à dire… On en a beaucoup parlé au moment de la mort de Samuel Paty, mais on pourrait en parler hors de cet horrible événement, des liens entre profs et élèves, des liens d'amour, tout ce qu'un prof peut cristalliser de rêves de vocation, quelle aide il peut apporter à un élève et aussi, sûrement, l'inverse », note-t-elle.

Elle-même l'a vécu. Peu après l'effroyable assassinat de Samuel Paty, Le Parisien interrogeait des personnalités qui évoquaient le prof qui avait marqué ou changé leur vie. Nicole Garcia avait parlé de Monique Rivet… sa professeure de français. « Elle arrivait de France, avait vu Gérard Philipe, le TNP, elle proposait une féminité qui n'était pas du tout celle qui m'entourait et j'étais amoureuse d'elle comme on l'est à 14 ans », se souvient-elle.

C'est à cette femme que la jeune Nicole demanda comment devenir actrice. « Quand j'avais été reçue au conservatoire, quand j'ai vu mon nom sur la fiche des reçus, son image s'est imposée à moi avec une force, cela montrait combien ma destinée d'être actrice était ligotée à elle, comme pourrait l'écrire Marie Ndiaye. »

« On s'est revues depuis, on se parlait, ça la gênait que je dise à quel point elle avait été importante dans ma vie… » s'émeut Nicole Garcia, sans nouvelles d'elle depuis quelque temps. Peu après la publication dans Le Parisien, une personne nous en a transmis à l'attention de Nicole Garcia. Nous les lui avons fait passer. Avant notre entretien, elles venaient de se parler brièvement. Et devaient se rappeler un peu après.