Théâtre : avec «L’Embarras du choix», c’est le public qui décide de la suite de l’histoire

Dans la nouvelle pièce de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino, actuellement à la Gaîté Montparnasse, le héros demande régulièrement conseil à un spectateur. De sa réponse dépend la suite du récit.

 Il existe quatre fins possibles pour « l’Embarras du choix », en fonction des décisions du public.
Il existe quatre fins possibles pour « l’Embarras du choix », en fonction des décisions du public. Emilie Brouchon

Et vous qu'auriez-vous fait ? Des choix qu'on fait un jour dépendent les directions qu'on prend et la vie qu'on mène. Mais, « mène-t-on sa vie ou est-ce sa vie qui nous mène ? » s'interroge notre héros, Maxime, sans cesse écartelé entre une vie tranquille et l'aventure, la raison et la passion.

D'un côté, il a un job stable dans la bijouterie de son beau-frère et une vie confortable avec Léonore, sa compagne. De l'autre, un amour de jeunesse, Alice, insaisissable beauté réapparue au bout de dix ans, et le rock'n'roll et sa vie de bohème qui continuent de le titiller. Ce que ne manque jamais de lui rappeler son cousin Alex, cigale vivant de rêves et d'aides sociales. Ses rêves, Maxime, les a un peu mis de côté. Mais l'irruption d'Alice pourrait tout chambouler…

A sa place, que feriez-vous ? Dans leur nouvelle pièce, « L'Embarras du choix » qui a débuté le 7 octobre à la Gaîté Montparnasse, Sébastien Azzopardi et Sacha Danino offrent au public le pouvoir d'influer sur le cours de son existence. Et du récit. Près d'une dizaine de fois, Maxime va s'en remettre à la décision du public.

A un spectateur, pour être précis, puisque Azzopardi – Maxime – stoppe l'action sur les planches pour poser sa question à une personne dans la salle. Une différente à chaque fois. « Le week-end à Honfleur avec Léonore ou la soirée avec Alice ? » interroge-t-il. « Honfleur ! » lui lance sagement son premier conseiller. « Ce n'est pas ce que j'avais envie d'entendre, mais tu es la voix de la raison », réplique-t-il avant de reprendre le cours de la fiction.

Près d’une dizaine de fois, Maxime va s’en remettre à la décision du public./Emilie Brouchon
Près d’une dizaine de fois, Maxime va s’en remettre à la décision du public./Emilie Brouchon  

En plus de quelques choix mineurs – la teneur d'un SMS, fin ou cru, une danse, cha-cha-cha ou polka – à six reprises, il s'agit d'une décision majeure dont dépend la suite du récit. Dire la vérité ou mentir ? Faire un enfant ou pas ? Aider l'un ou l'autre ? De ce qu'on a vu ce mercredi soir, car les combinaisons possibles sont nombreuses. « Mon but c'est que la pièce soit différente tous les soirs », explique Azzopardi, qui met aussi en scène. Dans l'arborescence, des recoupements existent et quatre fins sont possibles.

La personne interrogée face à sa propre moralité

Mais si le public décide, c'est lui qui mène le jeu, interrogeant tel ou tel. S'adressant à un homme accompagné de son épouse pour savoir si son personnage doit rejoindre sa maîtresse ou pas. Ce sera non. « Demain, je m'adresserai à un couple aussi, mais à la femme pour voir », glisse-t-il avec malice. Puis à un célibataire. La face du monde de Maxime en sera toute changée.

« J'interroge une personne seule et non le collectif, précise-t-il encore. Le groupe protège et l'exercice peut constituer une sorte d'exutoire, en masse les gens préféreront toujours que je mente, que je triche, mais une personne seule, je la place face à sa propre moralité… » Ce soir-là, à la question de savoir s'il doit profiter d'un méfait ou tenter de le réparer, on lui conseille de réparer… Vives réactions de la salle, où l'on préférait l'inverse, plus excitant.

Au fil du récit, l'intérêt s'accroît chez les spectateurs, impliqués dans les choix et leurs conséquences, n'hésitant pas à donner leur point de vue, à souffler ou tenter d'influencer. « On aborde des problématiques que tout le monde connaît, le couple, le sexe, l'amitié, les mensonges et secrets, ce sont des tranches de vie et chacun peut s'y retrouver », souligne le metteur en scène.

Un volet plus personnel, presque intime que les auteurs recherchaient. « On voulait éviter la pièce gadget, que ce ne soit pas qu'un jeu et qu'on amène aussi le public à réfléchir sur les choix de vie, poursuit-il. Ce qui est intéressant, c'est de renvoyer les spectateurs à leur propre existence : qui ne s'est pas demandé s'il avait la vie dont il rêvait vraiment ? » Le tout en riant beaucoup, car c'est aussi une comédie. Et c'est, de ce point de vue, aussi très réussi. Si la pièce a quatre fins possibles, elle n'a qu'une seule morale : on peut influer sur le cours de sa vie.

«L'Embarras du choix» au théâtre de la Gaîté-Montparnasse (Paris, XIVe). Du mardi au samedi 21 heures, matinées samedi 16h30 et dimanche 17 heures. De 24 à 35,50 euros.