T-Rex vendu 31,8 millions de dollars : pourquoi les dinosaures enflamment les enchères

A New York, un squelette géant de tyrannosaure vient d’être adjugé au prix record de 31,8 millions de dollars. Une enchère aussi extraordinaire que l’animal. Explications.

 Estimé entre 6 et 8 millions de dollars, le T-Rex a été vendu 31,8 millions de dollars par Christie’s à New York, ce mardi.
Estimé entre 6 et 8 millions de dollars, le T-Rex a été vendu 31,8 millions de dollars par Christie’s à New York, ce mardi. Reuters/Mike Segar

Un squelette de T-Rex dans son salon? C'est possible, à condition d'avoir un compte en banque aussi robuste que la bête. Mardi, un spécimen rare a été adjugé à 31,8 millions de dollars, soit un peu plus de 27 millions d'euros frais compris, chez Christie's à New York, alors qu'il était estimé entre 6 et 8 millions de dollars. Une enchère qui pulvérise le précédent record, établi en 1997, déjà pour un tyrannosaure, acheté 8,4 millions de dollars par un musée de Chicago.

Qui en est l'heureux nouveau papa ? Même si son identité n'a pas été révélée, il s'agirait d'un collectionneur qui s'est donc offert Stan, le petit nom donné à ce squelette, un monstre de 12 mètres de long pour 4 de hauteur, découvert en 1987 dans la Dakota du Sud (Etats-Unis).

Rien d'étonnant. Depuis cinq ans, l'engouement pour les ventes de fossiles préhistoriques, encore marché de niche il y a quinze ans, n'a cessé de croître, au même rythme que les sommes déboursées. Au point que les musées, même soutenus par des sponsors, ont aujourd'hui bien du mal à surenchérir…

Bientôt une vente à Drouot

« Il y a incontestablement un effet de mode. Dans les salles de ventes, les acheteurs sont toujours à la recherche de choses nouvelles, un peu extraordinaires. Certains collectionneurs ont l'impression d'avoir un peu fait le tour, y compris en ce qui concerne l'art contemporain. Il y a des signes qui ne trompent pas. Des grandes maisons comme Christie's et Sotheby's se sont mises sur ce marché alors qu'ils n'y portaient pas beaucoup d'intérêt. De notre côté, nous recevons de plus en plus de demandes d'acheteurs comme de vendeurs », constate le commissaire-priseur Alexandre Giquello. Il est bien placé pour le savoir : à Drouot, il a déjà organisé deux ventes de dinosaures et s'apprête, mardi 13 octobre, à passer sous le marteau un squelette d'allosaure, l'aïeul du T-Rex.

Mais les tendances du marché n'expliquent pas tout. « En fait, il n'y a pas vraiment de collectionneurs de squelettes. Les acheteurs marchent au coup de cœur, affirme Iacopo Briano, expert pour les ventes d'Histoire naturelle de Drouot. Il y a des explications profondes à cela. Ce type d'objets réveille nos fantasmes et nos envies d'enfants, comme lorsque vous trouviez un coquillage sur la plage. »

« Les T-Rex dans cet état sont très rares »

« Ensuite, il ne faut pas oublier que les cabinets de curiosités, très en vogue jusqu'au XIXe siècle, font partie de notre culture muséale, poursuit l'expert italien. Enfin, il ne faut pas négliger l'impact de films comme Jurassic Park, la saga lancée par Steven Spielberg dans les années 1990 qui ressuscitait les dinosaures et continue désormais sous le nom de Jurassic World. Quand nous avons vendu deux squelettes en 2018 (NDLR : pour 2,8 millions d'euros), l'acheteur était un trentenaire philippin. Il m'a confié que sa passion venait de là et qu'il réalisait un rêve de gosse… »

Enfin, et cela explique en grande partie la somme vertigineuse atteinte à New York, un élément demeure primordial : la rareté, comme le confirme Iacopo Briano. « Tous les spécialistes ont été surpris de voir les enchères s'envoler à ce point. Nous nous attendions à 10 ou 12 millions maximum. Mais en fait, les T-Rex, le dinosaure le plus emblématique, sont très rares dans cet état. Il doit en exister 7 ou 8. Il n'y en aura pas d'autres en vente comme celui-là avant peut-être 20 ans. C'est finalement bien moins commun qu'une sculpture de Giacometti ou un tableau de Picasso. Et c'est moins cher si vous comparez les prix… »

Une chose est sûre : tout le monde s'attend à ce que le record dynamise un peu plus le marché du dinosaure. « Il y a encore peu de ventes, mais je pense qu'elles risquent maintenant de se multiplier, analyse Alexandre Giquello. Cela va attirer sans doute d'autres types d'acheteurs, notamment des investisseurs. Ce prix, bien qu'exceptionnel, restera une référence. »

Vente de dinosaures le 13 octobre à 15 heures, à Drouot (Paris IXe) chez Binoche et Giquello. Exposition du 10 au 13 octobre.