Patrimoine : le palais Galliera (re)lève le voile sur la mode

Le musée de la mode de la Ville de Paris rouvre ses portes le 1er octobre avec une exposition consacrée à Gabrielle Chanel. Retour sur l’histoire étonnante de ce bâtiment.

 Le palais Galliera compte plus de 200 000 pièces, vêtements, accessoires, mais aussi photos, croquis, et même poupées, qui racontent l’évolution de la mode.
Le palais Galliera compte plus de 200 000 pièces, vêtements, accessoires, mais aussi photos, croquis, et même poupées, qui racontent l’évolution de la mode. LP/Valentin Cebron

Elle ne saute pas aux yeux. Mais elle est bien là, qui surveille. Il faut lever la tête pour apercevoir son buste en pierre, surplombant l'immense porte d'entrée de la salle d'exposition. Ses initiales, ensuite, un M, un B et un G entrelacés, font de discrètes apparitions sur les plafonds et panneaux intérieurs. C'est à elle, Maria Brignole-Sale, duchesse de Galliera, que l'on doit la construction du palais du même nom, qui rouvre le 1er octobre après presque deux ans de travaux. Un chantier titanesque, qui a permis de doubler la surface d'exposition. Et de redonner tout son éclat à ce musée du XIXe siècle, posé sur la colline Chaillot et entouré d'un élégant jardin, face au palais de Tokyo et au Musée d'art moderne.

« Avant la construction, il n'y avait à cet emplacement qu'une carrière de pierres, dans laquelle les constructeurs ont puisé pour édifier les immeubles du quartier », raconte l'architecte Dominique Brard, qui a supervisé le chantier de restauration. La duchesse de Galliera est riche. Extrêmement riche. Son mari a fait fortune dans les chemins de fer, et le couple, originaire d'Italie, est même considéré comme la plus grosse fortune de France. Ils mènent une vie mondaine et de philanthropes, faisant construire un orphelinat à Meudon et un hospice à Clamart (Hauts-de-Seine).

Une collection d'œuvres d'art qui prend de la place

La famille, qui réside à l'hôtel de Matignon est aussi à la tête d'une impressionnante collection de peintures et sculptures, où l'on trouve des Van Dyck, Dürer, Hyacinthe Rigaud, de nombreux peintres de la Renaissance italienne. Tout ça prend de la place.

Le palais Galliera est dans un style inspiré de l’antiquité et la Renaissance. LP/Valentin Cebron
Le palais Galliera est dans un style inspiré de l’antiquité et la Renaissance. LP/Valentin Cebron  

La duchesse a alors l'idée de faire construire un palais où elle pourrait exposer sa collection, qu'elle envisage ensuite de léguer à l'Etat français. Le terrain est acheté. L'architecte bientôt trouvé : Paul-René-Léon Ginain, qui a déjà à son actif Notre-Dame-de-Lorette et la faculté de médecine. Pas de suspense, le bâtiment, dont les travaux démarrent en 1879, sera dans un style italianisant, inspiré de l'antiquité et la Renaissance. Avec une petite particularité, bien ancrée dans son époque : « Sous sa pierre de taille, on a une charpente métallique provenant des ateliers d'un certain Gustave Eiffel », note l'architecte.

Mais rien ne se passe comme prévu. Le notaire, d'abord commet une erreur, en indiquant la ville de Paris comme légataire du domaine, à la place de l'Etat comme le souhaitait la comtesse. Et puis cette royaliste convaincue, très croyante, ne voit pas d'un bon œil les Républicains au pouvoir. Une loi décidant d'expulser les exilés de l'ancienne famille royale et leurs héritiers lui déplaît fortement, elle qui est si proche du Comte de Paris.

La goutte d'eau viendra avec la loi de laïcisation de l'enseignement en 1886. Maria Brignole-Sale fait changer son testament et lègue l'ensemble de sa collection à sa ville natale de Gênes. On peut encore aujourd'hui l'admirer au Palazzo Rosso.

Maria Brignole-Sale, duchesse de Galliera.Archives Palais Gallier
Maria Brignole-Sale, duchesse de Galliera.Archives Palais Gallier  

Le palais Galliera devient une (jolie) coquille vide. Mais que peut-on bien y mettre à défaut de tableaux ? « Le bâtiment sera un temps musée d'art industriel, puis salle de ventes aux enchères, détaille Miren Arzalluz, directrice du palais Galliera. Parallèlement, la société nationale du costume enrichit sa collection de vêtements, qu'elle lègue, en 1920 à la ville de Paris ». Il faudra attendre 1977 pour que ce fonds soit transféré à Galliera, qui devient officiellement le musée de la Mode et du Costume.

Palais Galliera, 10 avenue Pierre-1er-de-Serbie, Paris (XVI), réouverture le 1er octobre 2020, ouvert du mardi au dimanche, de 10 heures à 18 heures. Nocturnes le jeudi et vendredi jusqu'à 21 heures. palaisgalliera.paris.fr

ON RENCONTRE… les plus grands noms de la mode

Le palais Galliera héberge l’exposition « Manifeste de la mode » sur Gabrielle Chanel.LP/Valentin Cebron
Le palais Galliera héberge l’exposition « Manifeste de la mode » sur Gabrielle Chanel.LP/Valentin Cebron  

Les robes si innovantes de Paul Poiret, les créations audacieuses de Jeanne Lanvin. Dior, Chanel, Carven, Yves Saint-Laurent, Jean-Paul Gautier ou Givenchy. Ils sont tous là, dans l'impressionnante collections du palais Galliera, l'une des plus importantes collections au monde. En tout, ce sont plus de 200 000 pièces, vêtements, accessoires, mais aussi photos, croquis, et même poupées, qui racontent l'évolution de la mode du XVIIIe siècle à nos jours.

On trouvera aussi des pièces historiques avec, par exemple, les habits portés par Marie-Antoinette et le dauphin Louis Charles, lors de leur emprisonnement à la Conciergerie. Ou encore plusieurs robes ayant appartenu à Audrey Hepburn. « Tout est actuellement stocké dans nos réserves, un immense bâtiment de 6 000m2 dans le XIe arrondissement », explique Miren Arzalluz, directrice du palais Galliera. Mais l'idée avec le doublement de la surface d'exposition du musée, c'est justement de consacrer tout un étage à l'histoire de la mode avec les pièces de la collection permanente. Pour cela, il faudra attendre la fin de l'exposition Gabrielle Chanel. Rendez-vous à l'été 2021.

ON DÉCOUVRE… un chantier titanesque

Les architectes ont procédé à une excavation pour créer un niveau technique situé en dessous du sous-sol nouvellement aménage du palais Galliera.LP/Valentin Cebron
Les architectes ont procédé à une excavation pour créer un niveau technique situé en dessous du sous-sol nouvellement aménage du palais Galliera.LP/Valentin Cebron  

La feuille de route était claire. Mais pas simple. Agrandir l'espace d'exposition pour proposer un parcours permanent sans toucher à l'aspect extérieur du bâtiment. Passer de 500 à 1200 m2 de surface. Alors, il a fallu creuser. Et c'est ainsi que les architectes ont réussi à faire naître un nouvel étage pour la partie technique, en dessous du sous-sol existant, devenu quant à lui salle d'exposition. « C'était un vrai challenge, raconte Sandra Courtine, une des architectes en charge du projet. Pour creuser, la seule façon était de passer par une petite porte d'un mètre sur deux, la seule qui donne sur la rue depuis le sous-sol ».

La chance de ces spécialistes, c'est aussi le passé d'ancienne carrière de pierres du lieu. « Les ouvriers, au moment de la construction du bâtiment, avaient remblayé le vide de la carrière. Avec de la pierre, ça n'aurait pas été possible », précise Gaspard Courtine, qui a aussi travaillé sur le projet. Par cette petite porte sont passés 3500 m3 de déblais évacués à la brouette. Mais aussi une centrale de traitement de l'air ultra-perfectionnée, nichée dans l'espace technique, arrivée en pièces détachées. Un travail de fourmi. « Les musées qui présentent du textile ont les plus grosses contraintes en termes de température, d'humidité et d'exposition à la lumière », rappelle l'architecte.

ON EN PROFITE POUR

… visiter l’exposition Gabrielle Chanel, manifeste de mode, qui inaugure le nouveau musée et retrace le parcours de la créatrice mythique. Du 1er octobre au 14 mars.

… traverser la rue et arpenter les allées du Musée d’art moderne et ses 15 000 œuvres de l’art du XXe siècle. 11, avenue du Président-Wilson (XVIe).

… déguster une délicieuse pâtisserie dans la boutique de Cyril Lignac, tout proche, 2 rue de Chaillot (XVIe).