Oise : à Pierrefonds, les petits secrets d’un grand château

Le château fort médiéval de Pierrefonds (Oise) est l’un des plus beaux édifices de France. Devenu monument touristique depuis 1867, ses pierres abritent 624 ans d’histoire.

 A Pierrefonds (Oise), des «hommes de l’ombre travaillent quotidiennement pour que chaque jour le château soit prêt à accueillir du public».
A Pierrefonds (Oise), des «hommes de l’ombre travaillent quotidiennement pour que chaque jour le château soit prêt à accueillir du public». LP/J.B.

Si Pierrefonds (Oise) a récemment été élu cinquième «village préféré des Français» dans l'émission de Stéphane Bern, c'est sans doute en grande partie grâce à son joyau de château.

Construit à la fin du XIVe siècle par le duc Louis d'Orléans, l'édifice est détruit au XVIIe, et se trouve à l'état de ruines lorsque Napoléon III décide d'en confier la reconstruction à l'architecte Eugène Viollet-le-Duc, en 1857, pour en faire sa demeure impériale. Ce vestige du Moyen-Age et du Second Empire est désormais un lieu très prisé des touristes, avec plus de 140 000 visites en 2019.

Ouvert au public 362 jours par an, le monument a été contraint de fermer ses portes pendant le confinement, pour la toute première fois depuis 1867. Mais ce n'est pas pour autant que le château s'est mis en veille. «Des hommes de l'ombre travaillent quotidiennement pour l'accueil du public», dévoile Xavier Bailly, administrateur du château. Pas moins de 23 employés pour qui «c'est plus une passion qu'un travail», comme ils le disent eux-mêmes.

«Les Mac Gyvers de Pierrefonds»

Il y a notamment Marc et Bruno, surnommés «les Mac Gyvers de Pierrefonds », les deux techniciens d'exploitation. Leur mission : gérer «tous les petits soucis dans le château».

«Parfois, c'est aller récupérer les lunettes d'un visiteur, s'exclame Marc, employé sur le site depuis vingt-quatre ans. C'est arrivé la semaine dernière, la personne avait fait tomber ses lunettes de soleil dans les douves. En allant les récupérer, je me suis rendu compte qu'il y avait tout le magasin Afflelou là-dessous!»

Des statues étudiées pour reconstruire la flèche de Notre-Dame

Ce n'est pas seulement dans les douves que l'on trouve des trésors. L'édifice recèle des objets historiques méconnus du public, qui sont répertoriés et conservés. Le magnifique rez-de-chaussée du donjon avec son plafond arqué s'est vu attribuer le rôle de réserve et abrite une collection de boulets en pierre du Moyen-Age et un socle de présentation d'une armure Napoléon III, entre autres.

Dans le fond, cachées, des statues monumentales en métal du XIXe siècle se tiennent fièrement. Elles ont été réalisées par la maison Monduit, entreprise d'architectes et sculpteurs à l'origine de la flèche de la cathédrale Notre-Dame.

«Pour aider à la reconstruction de la flèche à la suite de l'incendie, un chercheur est venu récemment analyser ces statues pour comprendre les techniques utilisées par la maison Monduit», révèle l'administrateur du monument.

Des statues en métal du XIXème siècle forgées par la maison Monduit, à l’origine de la flèche de Notre-Dame de Paris. LP/Juliette Halliez
Des statues en métal du XIXème siècle forgées par la maison Monduit, à l’origine de la flèche de Notre-Dame de Paris. LP/Juliette Halliez  

Il arrive que les objets soient sortis de leur réserve pour être prêtés dans le cadre d'expositions. En janvier dernier, le château de Versailles a ainsi demandé à récupérer quatre statues en plâtre de gisants qui étaient conservées dans une cave.

«C'était impressionnant, explique Alix Morel, le responsable travaux du château. Il a fallu trouver comment faire sortir ces statues d'un mètre de haut et de 100 kilos environ, sans les endommager. Elles ont été mises dans des caisses de protection et une entreprise spécialisée dans le déplacement d'œuvres est venue avec une grue de levage. »

Le laboratoire d'Eugène Viollet-le-Duc

A la base de la tour Charlemagne, une pièce témoigne des expériences faites par Eugène Viollet-le-Duc. «C'était un théoricien et Pierrefonds était son laboratoire», explique-t-on au château.

La salle des échos, conçue comme une caisse de résonance, permettait en cas d'attaque de pouvoir alerter par un simple message vocal tous les résidents, qu'ils se trouvent au rez-de-chaussée ou au 5e étage. La pièce est aujourd'hui fermée au public pour des questions de sécurité.

En remontant quelques marches, on accède directement à l'appartement inachevé de l'impératrice Eugénie où se trouve une autre pièce insolite, fermée elle aussi pour le moment au public : la salle des nuanciers. Sur les murs, des traces de peinture réalisées par des peintres à la demande d'Eugène Viollet-le-Duc. Des essais qui devaient lui permettre de choisir les couleurs qui orneraient les murs de l'appartement impérial.

Le château de Pierrefonds, dans l’Oise, accueille des visiteurs depuis 153 ans mais n’a pour autant toujours pas révélé tous ses secrets. LP/Juliette Halliez
Le château de Pierrefonds, dans l’Oise, accueille des visiteurs depuis 153 ans mais n’a pour autant toujours pas révélé tous ses secrets. LP/Juliette Halliez  

Mais Pierrefonds demeurera un rêve impérial inaccompli. La chute du Grand Empire en 1870 laissera au château l'unique rôle de monument touristique.