«The Crown» sur Netflix : vraie dans l’ensemble, pas toujours dans le détail

La série anglaise consacrée à la vie d’Elizabeth II, dont la saison 4 sort dimanche, est un subtil mélange entre réalité et fiction. Pour les besoins de la narration, elle s’autorise quelques petits écarts avec la vérité historique.

 « The Crown » sur Netflix offre une vision globalement juste, mais aussi un peu romancée, de la vie d’Elizabeth II, incarnée ici par Olivia Colman.
« The Crown » sur Netflix offre une vision globalement juste, mais aussi un peu romancée, de la vie d’Elizabeth II, incarnée ici par Olivia Colman. Netflix/Liam Daniel

Peter Morgan, le scénariste de « The Crown », marche sur les pas d'Alexandre Dumas. Comme dans « La Reine Margot », la série de Netflix, dont la saison 4 sort ce dimanche 15 novembre, mélange habilement la grande Histoire et de petites histoires. Parfois inventées, mais toujours vraisemblables.

Impossible, par exemple, de disposer de comptes rendus des rencontres entre la Reine et ses Premiers ministres successifs. Ces rendez-vous hebdomadaires sont totalement secrets. Leurs savoureux dialogues sont donc tout droit sortis de la tête de Peter Morgan, qui les avait déjà imaginés en 2013 dans sa pièce « The Audience ».

«Si on pinaille, beaucoup de détails clochent»

Toutes les scènes qui racontent la vie familiale des Windsor et l'intimité du couple royal relèvent aussi de la pure fiction. Les états d'âme des membres de la famille royale demeureront toujours un grand mystère, pour les sujets de sa Majesté comme pour le personnel de Buckingham Palace ou du manoir de Balmoral. Dans ces scènes-là, Peter Morgan penche du côté du roman. « Les infidélités de Philip, longuement décrites dans les premières saisons, sont basées sur des rumeurs parfois fantaisistes. Un épisode évoque une liaison avec la ballerine russe Galina Oulanova. Or on n'a aucune preuve qu'ils se soient même croisés », explique le journaliste Pierre Trouvé, qui, avec deux confrères, Joffrey Ricome et Corentin Lamy, vient de signer « The Crown, le vrai du faux. La série culte décryptée » (Ed. Gründ, 184 p., 19,90 euros).

Pour le reste, les épisodes offrent un subtil mélange de fiction et de réalité, fruit d'une documentation poussée. « Cette série ne parle pas juste de la Reine, mais retrace l'histoire politique de la Grande-Bretagne. Le grand tableau est assez juste, avec des dates clés qui correspondent, mais si on pinaille, il y a beaucoup de détails qui clochent », prévient le journaliste qui s'est plongé pendant des mois dans les archives françaises et britanniques.

Des dizaines de «fake news»

« Par exemple, lors de la visite à Londres des Kennedy, la reine est jalouse devant la maîtrise du français de Jackie. Pourtant Elizabeth II parle très bien notre langue. Cela a donc été romancé pour accentuer une rivalité », note le journaliste, qui a ainsi relevé des dizaines de « fake news ».

« En décembre 1952, Londres a vraiment été paralysée par un épais brouillard. Mais, contrairement à ce qui est raconté, aucune secrétaire de Winston Churchill n'est morte de cette catastrophe naturelle », ajoute celui qui émet également des doutes sur le voyage glorieux de Margaret, la sœur de la reine, aux Etats-Unis en 1965. « Dans la série, elle y va pour favoriser un prêt du FMI qui, en fait, avait été finalisé deux mois avant son départ », note le journaliste. Collégiens et lycéens, faites attention avant de reprendre mot pour mot des anecdotes dans vos copies d'Histoire !