Succès des documentaires : «Les gens ne font plus de distinction avec les séries»

Elodie Polo-Ackermann, productrice de « Grégory » sur Netflix décrypte le succès d’un genre en pleine révolution.

 La série documentaire « Grégory » a fait un énorme carton sur la plate-forme Netflix. Un succès qui a dépassé les frontières nationales.
La série documentaire « Grégory » a fait un énorme carton sur la plate-forme Netflix. Un succès qui a dépassé les frontières nationales. Netflix

Lancée par Netflix le 20 novembre 2019, la série documentaire « Grégory » décortique en cinq épisodes le meurtre du petit garçon de 4 ans de Lépanges-sur-Vologne dans les Vosges en 1984 au gré de témoignages et d'images inédites. Sa productrice Elodie Polo-Ackermann (Imagissime) revient sur cette création française qui a fait connaître dans le monde entier ce fait divers hexagonal toujours non-élucidé.

Votre « Grégory » fait partie des plus vus par les abonnés Français de Netflix. Sentez-vous un vent nouveau pour le documentaire ?

ÉLODIE POLO-ACKERMANN. Oui, absolument. Les plates-formes nous offrent une visibilité nouvelle car leur audience est plus jeune que celle des chaînes linéaires, notamment grâce aux réseaux sociaux. Netflix l'a prouvé : du moment que c'est bien raconté, les abonnés ne font plus de distinction entre documentaire et série! Cet élan profite à tout le secteur. A grand renfort de communication, on attribue ce vent nouveau aux plates-formes. Mais le renouveau des écritures vient plus largement du digital, y compris des offres numériques des chaînes traditionnelles, qui permettent d'explorer des types de narration et des formats différents et de faire des choix radicaux. Quant aux séries documentaires, elles sont excellentes depuis longtemps. Ces dernières années, j'ai été impressionnée par « The Jinx » sur HBO ou « Making a murderer » de Netflix.

Auriez-vous pu faire « Gregory », en 5 épisodes, pour une chaîne de télévision classique ?

Il y a déjà eu plusieurs documentaires sur l'affaire Villemin à la télévision ! Mais vous avez raison, c'est rare de pouvoir revenir en longueur sur un grand fait de société, comme le faisaient les feuilletons dans la presse au XIXe siècle. On n'a proposé « Gregory » qu'à Netflix. Car on trouvait que leur façon de diffuser leurs contenus nous permettait de déplier et raconter de façon très détaillée cette affaire sans fin, pleine de failles cachées dans les 18 000 pages de dossier d'instruction.

Elodie Polo-Ackermann. /StudioLedroit-Perrin
Elodie Polo-Ackermann. /StudioLedroit-Perrin  

Vous la racontez comme une série, avec des fins d'épisodes pleines de suspens !

Mais l'affaire Gregory en elle-même est emplie de rebondissements! On n'a pas appliqué une recette magique. Avec le réalisateur Gilles Marchand, on avait envie de raconter les choses ainsi car c'était la seule façon de rendre le degré de complexité de l'affaire, qui comporte déjà une forte dramaturgie. Le pari c'était aussi de raconter cette histoire à des jeunes qui ne connaissait cette affaire que de nom et à des étrangers qui n'en avaient jamais entendu parler.

Savez-vous si elle a été beaucoup vue hors de France ?

On sait juste que nous étions le deuxième documentaire le plus vu de 2019 alors qu'on est sorti en fin d'année. Mais il y a eu des échos très favorables dans de nombreux pays. On a eu des articles jusqu'en Afrique du Sud et on a été contactés par un festival au Mexique ! C'est évidemment très gratifiant.

Ce succès donne-t-il des idées aux chaînes ?

C'est sûr. Il est temps aujourd'hui de se bouger. La plupart des chaînes en sont déjà archi convaincues, notamment le service public ! J'ai un projet en coproduction internationale avec une chaîne.