«Snowpiercer», une saison 2 qui file du début à la fin plus vite qu’un TGV

Sur Netflix ce mardi, la nouvelle livraison de la série futuriste adaptée de la BD française et du film coréen est un cru exceptionnel, qui brasse de nombreuses thématiques.

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 La saison de 2 de «Snowpiercer» se concentre sur les difficultés à vivre nombreux dans un environnement cloisonné.
La saison de 2 de «Snowpiercer» se concentre sur les difficultés à vivre nombreux dans un environnement cloisonné. Netflix

Impossible de ne pas filer la métaphore ferroviaire avec une série qui se déroule intégralement dans un train. Si la saison 1 de « Snowpiercer » démarrait comme une Micheline pour se conclure à l'allure d'un TGV, la saison 2, disponible à partir de ce mardi sur Netflix, file du début à la fin à la vitesse du Maglev japonais, train le plus rapide du monde (603 km/h). Pour ceux qui découvriraient la série, adaptée du film du même titre du Coréen Bong Joon-ho (2013), lui-même transposé de la BD française « Le Transperceneige », elle se déroule dans le futur, alors que la Terre connaît une nouvelle ère glaciaire, et les humains rescapés sont embarqués dans un train de plus de 1000 wagons qui fait le tour du globe en permanence.

Le film de Bong Joon-ho, éblouissant — le cinéaste produit également la série —, ne pouvait résumer les trois tomes disponibles de la BD à l'époque. C'est l'ambition de la série, qui pourrait s'étaler sur de nombreuses saisons, d'autant que la BD compte désormais six volets. L a première saison reprenait les grandes lignes du premier tome et du film, contant comment les passagers « déclassés » des wagons de queue, maltraités et haïs des riches des voitures de tête, s'engageaient dans un combat pour remonter vers l'avant du train. Et découvraient que Wilford, l'homme qui a imaginé et construit le train, n'était pas à bord, supplanté par Mélanie (Jennifer Connelly), la belle ingénieur qui tente de maintenir un équilibre précaire dans ce « Snowpiercer » qui tourne en boucle depuis des années.

Une allégorie de la condition humaine

La saison 2 rebat totalement des cartes du récit. Désormais rejoints par une autre locomotive pilotée par Wilford (Sean Bean), qui veut reprendre le pouvoir, les anciens ennemis du train font alliance pour résister à la sauvagerie et à la mégalomanie de cet homme qui se prend pour un dieu. C'est l'une des forces de cette saison — dont nous n'avons vu que sept épisodes sur dix — que de nuancer ainsi les personnages : de nouveaux apparaissent, d'autres disparaissent, certains réapparaissent, les anciens tyrans deviennent des héros, les valeureux d'autrefois peuvent faire preuve des pires comportements, les vieux ennemis peuvent devenir amis, ceux qui étaient riches et puissants perdent tout, et inversement.

En cela, la saison 2 se recentre sur le concept de la BD : un concentré d'humanité bloqué dans un espace clos, luttant pour la survie de l'espèce, mais où rapidement toutes ses caractéristiques, bonnes et mauvaises, se dévoilent. Compassion, amour, amitié, solidarité, mais aussi trahison, avarice, perversion, dépression, solitude, schizophrénie, paranoïa, et on en passe : dans « Snowpiercer », le monde est un train, tel une allégorie de la condition humaine.

Philosophique, spectaculaire et distrayante

Cette nouvelle saison insiste également sur la division des classes sociales du train par leurs fonctions, telle que l'avaient imaginé les créateurs de la BD : ingénieurs, mécaniciens, cuisiniers, couturiers, mécènes, déclassés, chaque groupe fonctionne comme une caste à laquelle il est supposé être loyal, fidèle ou pas au « créateur » Wilford, ce qui va compliquer les relations avec le retour de ce dernier. Mieux, cette suite se concentre sur les difficultés à vivre nombreux dans un environnement cloisonné, où l'extérieur est synonyme de danger mortel : un concept plus que parlant pour nous, spectateurs, qui subissons des confinements à répétition depuis presque un an.

Mais si « Snowpiercer » s'avère régulièrement anxiogène, et si les aspects philosophiques de la série font tout son sel, elle n'en demeure pas moins spectaculaire, distrayante et très grand public. Il se produit tant d'événements à chaque épisode que le suspense se révèle d'une rare intensité, d'autant que les scènes d'action et la maîtrise des effets spéciaux se situent à un très haut niveau. Idem pour le jeu des acteurs, des premiers aux plus petits rôles, tous épatants. Le tout avec une mise en scène aussi inventive qu'enlevée, qui ne laisse pas une seconde de répit, et réussit la prouesse de ne négliger personne et de ne pas nous perdre dans ce réservoir immense de personnages, car tous, même les plus discrets, peuvent changer le cours des choses, à savoir la survie de l'humanité. Ainsi va le monde dans « Snowpiercer »…

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4,5/5

«Snowpiercer, saison 2», série américaine de Josh Friedman (2021), avec Jennifer Connelly, Daveed Diggs, Sean Bean… (10 épisodes de 45 mn environ, à raison d'un par semaine)