Pascale Breugnot analyse le succès de la série «En thérapie» : «Ça fait du bien de s’arrêter sur sa vie»

Pascale Breugnot, pionnière de l’intime à la télévision, décrypte le succès d’« En thérapie », la série d’Arte diffusée le jeudi soir depuis le 4 février et qui totalise déjà près de 18 millions de vidéos vues.

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 Pascale Breugnot a notamment produit « Psy Show » dans les années 1980, « Moi je », « Sexy Folies » et la fiction « Une famille formidable ».
Pascale Breugnot a notamment produit « Psy Show » dans les années 1980, « Moi je », « Sexy Folies » et la fiction « Une famille formidable ». INA via AFP/Aude Paget

Avant « En thérapie », la série d'Arte, il y eut… « Psy Show ». Rien à voir certes. Sauf que l'émission de témoignages produite par Pascale Breugnot dans les années 1980 était la première à ouvrir le rideau sur l'intimité, au début des années Mitterrand, sur Antenne 2.

La productrice de « Moi je », de « Sexy Folies », ou de la fiction « Une famille formidable », accro elle aussi à « En thérapie », éclaire le succès de cette dernière.

Pourquoi « En thérapie » devient-il un vrai phénomène, selon vous ?

PASCALE BREUGNOT. Parce que les gens aiment bien que l'on se mêle de leur vie privée, et ont envie de comprendre un peu mieux comment les couples marchent, ce qui cloche dans la vie familiale. Ce qui m'avait étonnée au lancement de « Psy Show », que la presse avait éreinté, m'accusant d'indécence, c'est que les téléspectateurs étaient venus très naturellement. L'audience ne cessait d'augmenter. On n'avait pas du tout l'habitude de parler de la vie privée à la télévision à l'époque. Et les gens, ça les intéresse d'apprendre des choses sur eux-mêmes. « En thérapie » est une fiction, mais les comédiens jouent profondément les situations, on le sent bien. L'acteur qui incarne le psy, on se dit qu'il pourrait penser cela lui-même. En tout cas, il nous interpelle vraiment. Si l'audience est montée aussi vite et aussi fort, c'est pour cette sincérité.

« En thérapie » est pourtant une forme assez austère…

Mais justement, tout va tellement vite. Cela fait du bien de s'arrêter un peu, même de façon intrusive, sur sa vie. La télé ne répond pas souvent à cet espoir de trouver les clés pour se comprendre et vivre plus intensément. La téléréalité est devenue un simple divertissement. Dans les talk-shows, les débats, on doit se battre pour prendre la parole. Et là, chacun parle à son tour. Ce changement de rythme est pour beaucoup dans la réussite de la série. C'est le pari à risque d'un plateau presque silencieux, avec des mots qui tombent. Ils ont le temps de se dire et on a le temps de les entendre. Ce dispositif qui invite à attendre, à se poser, à faire silence par moments, c'est agréable à une époque qui marche au buzz et au clash.

Est-ce la série du confinement, aussi, où l'on a tous plus ou moins besoin d'un psy ?

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Oui, on a l'impression de ne pas vivre pleinement, de ne plus respirer à pleins poumons. Le Covid nous étouffe, nous asphyxie, on a l'impression d'être un peu endormis. Cette série, ce dialogue à deux ou trois personnages dans chaque épisode, c'est un peu comme si l'on cherchait une issue que l'on ne peut pas trouver tout seul. La télévision est une agora. Avec « En thérapie », on a un programme qui parle à tout le monde en même temps. On remet son esprit en route.