On a vu «Allen v. Farrow», le documentaire choc sur Woody Allen bientôt sur OCS

Le bouquet OCS diffusera le lundi 1er mars le premier épisode de «Allen v. Farrow», une série documentaire consacrée aux accusations d’abus sexuels contre le cinéaste américain Woody Allen.

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 Woody Allen et sa compagne Soon-Yi Previn, la fille adoptive de Mia Farrow, à Cannes (Alpes-Maritimes) en 2015.
Woody Allen et sa compagne Soon-Yi Previn, la fille adoptive de Mia Farrow, à Cannes (Alpes-Maritimes) en 2015.  LP/Frédéric Dugit

La série s'appelle «Allen v. Farrow », c'est-à-dire Woody Allen versus Mia Farrow, clan contre clan, comme les deux versions irréconciliables d' une affaire qui défraye la chronique depuis près de trente ans. La chaîne américaine HBO a diffusé dimanche soir le premier épisode d'une série qui en compte quatre, et que le bouquet OCS présentera à partir de lundi 1er mars avec les deux premiers épisodes, suivi du troisième le 8 mars et du dernier, à la demande, à partir du 15.

« Allen v. Farrow », titre trompeur, car Woody Allen ne participe pas à cette série. Mais celle-ci s'est servie habilement de la version audio de son livre de mémoires. On entend donc sa voix off, qui lit elle-même son autobiographie, un audiolivre diffusé dans le commerce, utilisé ici par extraits en contrepoint des témoignages de Mia Farrow, et de sa fille Dylan, qui accuse son père d'attouchements sexuels quand elle avait six ans.

Dans l'intimité des vacances en famille

Au-delà de cette astuce de mise en scène, la force de cette série, qui prend clairement parti, réside dans ses documents bruts et ses témoignages : Mia Farrow a donné accès à tous ses films de famille. Elle n'a cessé de filmer ses enfants, avec Woody Allen, pendant toutes les années de leur vie commune, surtout dans leur maison de vacances et de week-end du Connecticut, puisqu'à New York, le couple vivait chacun chez soi, d'un côté et de l'autre de Central Park.

Au début, « tout était romantique », se souvient l'actrice de 76 ans, qui raconte qu'ils s'envoyaient des signaux lumineux d'un appartement à l'autre comme des totems amoureux. Mais avec les années viennent les conflits, les drames, les accusations les plus graves.

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Pour le public français, c'est forcément un choc de découvrir Dylan adulte, face caméra, racontant longuement son enfance avec ce père qu'elle adule dans un premier temps. Elle a été adoptée par Mia seule, mais Woody a ensuite souhaité être reconnu également comme père adoptif. « C'est quelqu'un que j'ai aimé plus que quiconque. Cela m'a pris longtemps d'accepter l'idée que l'on peut aimer quelqu'un et avoir peur de lui », explique Dylan, qui a reçu les réalisateurs dans sa maison en bois du Connecticut.

Il y a d'abord les jours heureux, comme ce petit film où l'on voit Woody et Dylan jouer dans une piscine tandis que Mia s'esclaffe en voix off tout en les filmant. « J'étais la fille de papa », se souvient Dylan.

L'affaire Soon-Yi à peine évoquée

Puis tout se brouille. Deux amies de la famille témoignent d'une « intensité » excessive du cinéaste pour sa fille, qui l'aurait éloigné de ses frères et sœurs : il y a alors neuf enfants dans la tribu Farrow-Allen. Dylan raconte les attouchements dont elle dit avoir été victime : des jeux trop rapprochés, son père et elle en sous-vêtements, le souffle de ce dernier « tout contre elle », « trop d'intimité », sur le lit à l'étage.

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Ce qui n'est pas rappelé dans ce documentaire sans voix off autre que celles de Mia ou de ses enfants - c'est aussi sa force, émotionnellement très puissante -, c'est que ces accusations ont été portées après la découverte en 1992 par Mia Farrow de photos qu'elle dit ici « pornographiques » entre Soon-Yi, sa fille aînée alors âgée de 21 ans, et que l'on voit passer de l'enfance à l'âge adulte d'un film de vacances à l'autre, et Woody. Ce dernier, qui a toujours accusé son ex-compagne d'avoir voulu se venger et d'instrumentaliser Dylan, n'a pas été condamné, et a épousé Soon-Yi, avec laquelle il a adopté deux enfants.

 Woody Allen a toujours démenti les accusations de son ex-compagne Mia Farrow et de sa fille Dylan. LP/Arnaud Journois
Woody Allen a toujours démenti les accusations de son ex-compagne Mia Farrow et de sa fille Dylan. LP/Arnaud Journois  

En revenant sur ces années heureuses d'avant l'apocalypse familiale, Mia Farrow confie : «C'est ma faute. J'ai amené ce type dans notre famille. » Ronan Farrow, seul enfant biologique de Woody Allen et Mia Farrow (même si cette dernière a confié un jour à Vanity Fair que son père pourrait être Frank Sinatra, son ex, qu'elle revoyait), journaliste brillant, qui a été à l'origine du mouvement #MeToo, témoigne lui aussi face caméra. Très proche de Dylan, il dit n'avoir pas compris ce qui se passait à l'époque, mais avoir réalisé avec son regard d'adulte qu'un « schéma inquiétant, alarmant » s'était mis en place dans la relation exclusive et possessive, selon lui, entre Woody Allen et la petite Dylan. Ce que cette dernière traduit aujourd'hui par une image : « Il était toujours après moi et me collait comme un magnet, un aimant. »

Ni Soon-Yi, ni Moses, le seul enfant adoptif qui a toujours défendu la version de Woody Allen, ne participent à ce documentaire. Les familiers de ce séisme familial n'y apprendront pas d'éléments nouveaux. Mais la vision de tous ces films de vacances d'un bonheur tranquille en devient glaçante, comme si les images mentaient. Une bombe à retardement va exploser. Une petite fille devenue adulte maintient depuis trois décennies sa version. Quel que soit le point de vue que l'on adopte, on ne peut qu'éprouver, outre un malaise et de la compassion, qu'une tristesse interloquée devant tant de malheur, cette fracture ouverte, et ces images d'avant trop belles pour être vraies.