Netflix : au cœur du procès des «Sept de Chicago»

Disponible sur Netflix, le film très prenant «Les Sept de Chicago» d’Aaron Sorkin retrace le procès d’activistes ayant manifesté contre la guerre du Viêt Nam en 1968.

 Sacha Baron Cohen et Jeremy Strong jouent le rôle de deux activistes poursuivis pour avoir manifesté en marge de la convention démocrate à Chicago en août 1968.
Sacha Baron Cohen et Jeremy Strong jouent le rôle de deux activistes poursuivis pour avoir manifesté en marge de la convention démocrate à Chicago en août 1968. Niko Tavernise/NETFLIX

Des joutes verbales à la barre, des échanges d'arguments en coulisses et un débat permanent : ce procès est-il politique ? Les accusés doivent-ils l'utiliser comme une tribune ou, au contraire, sauver sa peau ? Avec « Les Sept de Chicago », l'Américain Aaron Sorkin signe un film de procès passionnant, inspiré, parfois drôle et très politique. Pas étonnant de la part du génial créateur et scénariste de la série « A la Maison Blanche » (et aussi scénariste de « Des hommes d'honneur » et « The Social Network »), qui s'est entouré ici d'un joli casting : Sacha Baron Cohen, Michael Keaton, Eddie Redmayne ou Joseph Gordon-Levitt.

Rythmé par un montage nerveux et quelques flash-back, le film est émaillé d'images d'archives car il raconte une histoire vraie : le procès de sept activistes poursuivis pour avoir manifesté en marge de la convention démocrate à Chicago en août 1968. Alors que cette manifestation contre la guerre du Viêt Nam et le président en exercice Lyndon Johnson était interdite, plusieurs milliers de personnes avaient marché vers le lieu de la convention. Arrêtés par la police, les manifestants avaient été gazés et matraqués. Et ces violences avaient été filmées et diffusées dans les journaux télévisés.

Un film qui résonne avec l'actualité

A la suite de ces émeutes, un grand jury fédéral inculpa huit leaders de la manifestation pour « conspiration en vue d'inciter à la révolte ». Persuadé que les débordements avaient été causés par la police, le procureur retarda la procédure, mais l'administration Nixon, arrivée au pouvoir en janvier 1969, décida de la relancer. Le procès commença donc le 20 mars 1969 et réunit les huit leaders : parmi eux, des anarchistes, des pacifistes, un activiste social (Tom Hayden, qui devint ensuite le mari de Jane Fonda pendant dix-sept ans) ou encore Bobby Seale, dirigeant des Black Panthers. Au tribunal, ce dernier insulta tellement le juge qu'il fut ligoté et bâillonné, puis jugé séparément de ceux qui seront donc appelés les « Sept de Chicago ».

Destiné à l'origine à une sortie en salles, le long-métrage d'Aaron Sorkin a été revendu à Netflix à cause de la crise sanitaire et de la fermeture de nombreux cinémas américains. Ce grand film, où il est question de rébellion, d'abus de pouvoir, de violences policières et de racisme résonne fortement avec l'actualité. Impossible d'ailleurs, lorsqu'un des accusés demande à un Bobby Seale bâillonné s'il « peut respirer », de ne pas penser à George Floyd, tué en mai dernier par un policier à Minneapolis.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4/5

«Les Sept de Chicago», film historique américain d'Aaron Sorkin. Avec Sacha Baron Cohen, Joseph Gordon-Levitt, Yahya Abdul-Mateen II… 2h09.