Sur les traces de Mamadou, qui incarne Omar Sy enfant dans «Lupin» sur Netflix

Dans la série événement qui cartonne sur Netflix, le lycéen d’Ivry-sur-Seine joue le rôle du héros dans ses années adolescentes. Le garçon n’avait jamais tourné auparavant. Portrait.

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 Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Après la série « Lupin », Mamadou aimerait bien rejouer : « J’ai découvert un monde que j’aime bien et que je ne connaissais pas ».
Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Après la série « Lupin », Mamadou aimerait bien rejouer : « J’ai découvert un monde que j’aime bien et que je ne connaissais pas ». LP/Jean-Baptiste Quentin

« Vous avez vu comme il ressemble à Omar Sy? C'est fou, ils ont le même nez! » En traînant dans le centre-ville d'Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne), avec Mamadou Haidara, un après-midi glacial, difficile de passer inaperçus. Celui qui interprète Assane Diop, alias Omar Sy enfant dans la série Lupin, véritable carton sur Netflix, est devenu en quelques jours une célébrité locale. Certains lui lancent un chaleureux « Félicitations! » avec une tape sur l'épaule, au pied de son immeuble, en face de la mairie. D'autres le chambrent, morts de rire : « C'est pas bien de galocher les filles! », en référence à plusieurs scènes de la fiction, dont cinq épisodes sur dix ont été mis en ligne le 8 janvier. Lui sourit, savourant son plaisir.

Il garde la tête sur les épaules. Mais cette célébrité soudaine lui fait chaud au cœur. Il y a encore un an, ce jeune homme de 16 ans, en seconde dans un lycée professionnel d'Alfortville, n'avait encore jamais entendu parler de Ludivine Sagnier, Clotilde Hesme ou Nicole Garcia, ses partenaires à l'écran.

Tout commence quand une équipe débarque dans sa ville, en 2019, pour tourner « Gagarine », long-métrage prévu à l'origine dans la sélection officielle de Cannes 2020. Gagarine, c'est la cité mythique d'Ivry, démolie en 2019. Celle où Mamadou a grandi, avec son père, maçon, sa mère, et ses six sœurs et frères, avant d'être relogés.

« Tout le monde était très cool »

Ses copains sont retenus pour des rôles de figurants. Mais il n'y a plus de place pour lui. Déçu, il laisse ses coordonnées à un membre de l'équipe. La vie suit son cours. Jusqu'au jour où une personne le recontacte pour le casting de Lupin. II débarque à l'audition, un peu stressé. « On m'a demandé d'imaginer qu'il y avait une jolie fille à l'autre bout de la piscine et je devais faire comme si j'étais très intimidé et intrigué à la fois », raconte-t-il. Une scène tirée du scénario.

Son jeu convainc. Il décroche le rôle. Pas question cependant de s'enflammer. « Chez nous, on dit : Fais tout en silence pour ne pas être déçu ». Alors, à Ivry, il reste discret sur cette nouvelle activité. Les jours de tournage, une voiture vient le chercher tôt le matin et l'emmène sur le plateau, aux quatre coins de l'Ile-de-France. Il apprend son texte « super facilement », grâce à une coach. Et se sent de plus en plus à l'aise, dégainant ses répliques, dont un « Allez vous faire foutre Madame », balancé sans ciller à Nicole Garcia. « Tout le monde était très cool, surtout pour des gens qui ne sont pas de ma génération », remarque en se marrant ce fan de foot et de PlayStation.

Pas simple à assumer, la scène du baiser

« Au réveil, sur Snapchat, je vois au moins 150 messages de gens qui m’avaient vu dans la série. C’était fou ! »LP/Jean-Baptiste Quentin
« Au réveil, sur Snapchat, je vois au moins 150 messages de gens qui m’avaient vu dans la série. C’était fou ! »LP/Jean-Baptiste Quentin  

Bien sûr, certaines scènes sont plus délicates que d'autres. Comme celles où il doit embrasser des filles ? « Non, ça c'est facile, c'est dans mes habitudes ! », lâche-t-il dans un irrésistible sourire. Pas simple pourtant à assumer devant la famille, réunie dans le salon le jour de la sortie sur Netflix. « On était assis sur le canapé, je savais que la scène du baiser dans la piscine arrivait, et je ne voulais pas que ma mère la voie, se souveint le volubile et sympathique Mamadou. Du coup je me suis levé, et je me suis enfermé dans les toilettes. Je suis revenu deux trois minutes après, j'avais trop la honte ».

Du tournage, Mamadou a aimé l'ambiance, l'équipe, des fous rires à la pelle. Sa garde-robe années 1990, en revanche, il l'a laissée sans regrets. « Je devais mettre un gros jean, super-large. La première fois que je l'ai porté, je me suis pris en photo et je l'ai envoyée à un animateur que je connais en lui disant : « Mais sérieusement, vous étiez habillés comme ça, avant ? Vous êtes des fous ! C'est chaud ! », se marre le jeune acteur. Mais après, je me suis habitué ».

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Le lendemain de la sortie sur Netflix, impossible de rester incognito. « Au réveil, sur Snapchat, je vois au moins 150 messages de gens qui m'avaient vu dans la série. C'était fou ! Tout le monde me disait : Tu peux être fier ! », lance Mamadou. « C'est incroyable ce qui lui arrive, confie, émue sa maman, Sira. Je ne savais pas qu'il allait arriver jusque-là ». Quelques jours après sa sortie, Lupin s'est classée numéro 1 dans les programmes les plus vus de la plate-forme en France, mais aussi dans de nombreux pays étrangers.

« J'ai peur de prendre le melon »

Ses profs aussi, le félicitent. « Des copines de mes grandes sœurs me demandent des dédicaces. Je ne pensais pas faire ça un jour dans ma vie. J'ai peur de changer, de prendre le melon », glisse-t-il soudain, l'air grave. Son modèle pour garder la tête froide? Omar Sy, croisé sur le tournage. « Il est super-sympa, et il est très simple, très accessible, c'est un bel exemple », assure le garçon.

Il a aussi acheté le livre d'Arsène Lupin, dont est inspirée la série. Il ne l'a pas encore lu. « La lecture, c'est pas mon truc. Mais on m'a dit que c'était important, j'essaierai de m'y mettre », promet-il. Au lycée, ce sont les cours d'histoire qu'il préfère. « Dans la série, je joue le seul noir dans un lycée de blancs, et tout le monde me regarde bizarrement. Ça m'intéresse, ces questions-là! », remarque-t-il sobrement.

Le métier d'acteur le tente. « Avant les tournages, tout le temps, je sortais avec mes copains, je ne faisais rien. Là, j'ai découvert un monde que j'aime bien et que je ne connaissais pas ». Il aimerait bien rejouer et plusieurs agents l'ont déjà contacté. « Soit je vais travailler comme un humain normal, soit je vais continuer. On verra », lâche-t-il. Lucide et pas flambeur. A quelques mètres, deux copains s'approchent pour le féliciter.