«Le quatrième Procès» sur Netflix: une incroyable série documentaire sur une erreur judiciaire

Dans une passionnante série documentaire fleuve, Netflix nous plonge dans une affaire judiciaire hors normes, où un jeune Noir a été condamné sans preuves pour le meurtre d’un policier blanc à Boston.

 La série «Le quatrième Procès» raconte l’histoire de Sean Ellis, Afro-Américain condamné en 1994 sans preuves, à l’âge de 19 ans, pour le meurtre d’un policier blanc.
La série «Le quatrième Procès» raconte l’histoire de Sean Ellis, Afro-Américain condamné en 1994 sans preuves, à l’âge de 19 ans, pour le meurtre d’un policier blanc.  Prod

Surtout, ne vous laissez pas décourager par la durée du «quatrième Procès» : ces 7h17 de documentaire produites par Jean-Xavier de Lestrade (NDLR : oscarisé pour son documentaire « Un Coupable idéal », auteur de la fascinante série judiciaire « The Staircase », et plus récemment de la série « Laëtitia », sur France 2) sont une aubaine. Elles se regardent comme une fiction où les rebondissements se succèdent et des personnages secondaires émergent les uns après les autres… Jusqu'à ce que les pièces du puzzle s'assemblent dans une lumineuse démonstration.

Aux Etats-Unis, d'ailleurs, depuis sa mise en ligne sur Netflix le 11 novembre, « Le quatrième Procès » est le programme le plus vu après « The Crown » et « Le Jeu de la dame » … Il raconte l'incroyable drame judiciaire de Sean Ellis, Afro-Américain condamné en 1994, à l'âge de 19 ans, pour le meurtre d'un policier blanc à Boston, et qui a passé plus de 21 ans en prison. Comment a-t-il été déclaré coupable sans preuves, au terme de trois procès tenus en neuf mois? Comment des policiers corrompus ont-ils manipulé des témoins? Comment des jurés ont-ils été orientés? Pas à pas, « Le quatrième Procès » répond à toutes ces questions.

Au-delà de ce fait divers, il analyse les mécanismes du système judiciaire américain, les rapports entre la police et les minorités ethniques, et même la place de ces dernières dans la société états-unienne. « Quand Gaumont (NDLR : qui coproduit la série) m'a demandé de trouver une affaire judiciaire pour proposer une série à Netflix, j'ai cherché une histoire qui permettrait de comparer le rapport entre les minorités et la police américaine il y a vingt ans et maintenant », explique Jean-Xavier de Lestrade. Au bout d'un an de prospection - et quatre ans avant les nouvelles manifestations du mouvement Black Lives Matter -, le producteur a choisi de s'intéresser au cas de Sean Ellis, qui venait d'être libéré et attendait son quatrième procès.

Cinq ans de travail pour produire le documentaire

Les archives montrées dans la série sont exceptionnelles : on peut voir les vraies séances d'identification de suspects dans les locaux de la police, entendre les auditions des témoins, ou encore découvrir des extraits des différents procès de Sean Ellis (NDLR : dont les retranscriptions, qui n'ont pas été enregistrées, sont cette fois-ci reconstituées par des comédiens). Au tout début du film, on se retrouve même embarqué dans la voiture d'un flic qui se rend sur le lieu du crime - des images filmées par un journaliste qui suivait, par hasard, une patrouille ce jour-là.

« Il nous a fallu plusieurs années pour récupérer ce matériel auprès de la police de Boston, raconte Jean-Xavier de Lestrade. Et on pense qu'il y a encore des éléments auxquels on n'a pas pu avoir accès, notamment sur la victime… ». Les entretiens menés avec Sean Ellis, ses proches ou des policiers de Boston s'avèrent aussi passionnants et parfois très émouvants. La production du documentaire a ainsi nécessité cinq ans de travail, un budget de plusieurs millions d'euros, et le feu vert d'une dizaine d'avocats.

Sean Ellis, lui, n'a eu aucun droit de regard sur le film. Mais lorsqu'il l'a découvert début novembre, il en a été bouleversé. « Il était méfiant au départ, mais il a constaté qu'on ne l'avait pas trahi », souligne pudiquement Jean-Xavier de Lestrade. Qui se félicite que, malgré le silence assourdissant de la police de Boston, la procureure de la ville ait demandé aux 300 avocats de son bureau de regarder « Le quatrième Procès » dans son intégralité.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4,5/5

«Le quatrième Procès», série documentaire de Rémy Burkel. 8 épisodes de 52 à 60 minutes chacun, sur Netflix.