France 2 : l’affaire Laëtitia Perrais, l’effroyable destin d’une jeune martyre

LE PARISIEN WEEK-END. Le 18 janvier 2011, Laëtitia Perrais, 18 ans, est assassinée par Tony Meilhon. Ce fait divers, qui fait l’objet d’une fiction adaptée par Jean-Xavier de Lestrade, a marqué les esprits. Il révèle une France silencieuse sur les violences faites aux femmes.

 Marie Colomb et  Noam Morgensztern interprètent Laëtitia Perrais et son assassin Tony Meilhon dans la série « Laëtitia », de Jean-Xavier Lestrade, diffusée à partir du 21 septembre sur France 2.
Marie Colomb et Noam Morgensztern interprètent Laëtitia Perrais et son assassin Tony Meilhon dans la série « Laëtitia », de Jean-Xavier Lestrade, diffusée à partir du 21 septembre sur France 2. Jérôme Presbois/FTV/PCB Films et L’île Clavel

Janvier 2011, dans une petite ville de Loire-Atlantique. Laëtitia Perrais, 18 ans, disparaît. Deux jours plus tard, Tony Meilhon, un criminel déjà condamné pour viols et violences avec arme, est arrêté pour le meurtre de la jeune femme. Le corps démembré de la victime sera repêché dans deux points d'eau situés à cinquante kilomètres l'un de l'autre.

L'affaire fait grand bruit. Nicolas Sarkozy monte au front pour dénoncer le laxisme des juges qui ont osé remettre en liberté un délinquant sexuel sans s'assurer qu'il était bien suivi. Les magistrats se mettent en grève. Mais la monstruosité de l'affaire Tony Meilhon, le barouf médiatique et politique qu'elle génère masquent la complexité d'une histoire singulière. Celle de Laëtitia et de sa sœur jumelle Jessica. Deux existences marquées par la violence des hommes et dont les gendarmes en charge de l'enquête ont patiemment remonté le fil pour comprendre ce qui, un soir d'hiver, a conduit une toute jeune adulte à se jeter dans la gueule du loup.

Un père violent

Dans la vie de ces deux petites filles, il y a d'abord Franck, leur père, qui frappe et viole leur mère. Un père qui, exaspéré par les cris de ses filles, attrape Laëtitia et menace de la jeter par le balcon. Un père qui, une fois sorti de prison, récupère la garde des jumelles car leur mère, assommée par les calmants, est incapable de s'en charger. Un père dépassé, sujet à des coups de sang, qui finit par devoir renoncer à l'exercice de sa paternité. Confiées aux services sociaux, les deux fillettes atterrissent, à 12 ans, dans une famille d'accueil. Peu à peu, elles se reconstruisent, remontent la pente à l'école, se font des amis. Laëtitia, la plus silencieuse, la plus timide, s'épanouit, décroche un CAP de serveuse. Mais la violence est toujours là, rampante.

Une âme tourmentée

Dans la famille d'accueil, le père, Gilles Patron, un homme autoritaire, un homme autoritaire, considère Laëtitia comme une moins que rien et viole sa sœur. Des faits pour lesquels il sera condamné à huit ans de prison en 2014. Dans l'âme tourmentée de Laëtitia, l'ombre menace d'étouffer la lumière. La jeune femme couche sur le papier sa détresse et ses pensées suicidaires. Jusqu'au soir où elle suit dans un bar Tony Meilhon, un homme peu recommandable. La jeune fille qui ne consomme habituellement ni drogue ni alcool, accepte les verres et la cocaïne qu'il lui offre et monte dans sa voiture. Il l'emmène dans sa caravane et la viole, puis la raccompagne jusqu'au bar où elle a laissé son scooter. Mais, armée d'un courage chargé d'inconscience, elle menace de le dénoncer à la police. Tony la suit, la renverse et la tue.

Ce destin bouleversant, cette vie ordinaire gangrenée par la violence, l'historien Ivan Jablonka en a fait un livre, « Laëtitia ou la Fin des hommes », paru au Seuil en 2016. Jean-Xavier de Lestrade a adapté cette enquête à l'écran. Une fiction en six épisodes qui sera diffusée sur France 2, les 21 et 28 septembre. Racontée avec pudeur et délicatesse, mais sans rien taire ni aseptiser, elle touche au cœur. Et retrace très justement l'histoire d'une jeune fille fauchée en pleine renaissance.