«Fear City» sur Netflix : la véritable histoire de New York contre la mafia

Ce documentaire raconte la guerre du FBI contre la mafia dans le New York des années 1970-1980. Encore un grand documentaire produit par la plate-forme.

 «Fear City» raconte comment la mafia -a  pris possession de la ville de à New York comme une pieuvre. Sur la photo, Michael Franzese, ancien gangster new-yorkais.
«Fear City» raconte comment la mafia -a pris possession de la ville de à New York comme une pieuvre. Sur la photo, Michael Franzese, ancien gangster new-yorkais. Netflix

Il s'appelle Tony, comme le héros des « Soprano », la série culte sur la mafia du New Jersey. Comme lui aussi, il dirige une entreprise qui collecte et élimine les ordures à New York. Au sens propre. Comme lui aussi, le parrain local a une famille et recherche la respectabilité. Tony Salerno, pas Soprano, « Fat Tony », lui, a parfaitement existé dans les années 1970-1980. Et c'est l'un des personnages phares des cinq familles de la mafia new-yorkaise dont « Fear City », documentaire en trois parties, retrace l'âge d'or, puis la chute brutale.

Tout est vrai ici, basé sur des écoutes, ordonnées à l'époque par le FBI et retranscrites dans des scènes glaçantes. Des voix nasillardes, brutales, sèches, définitives. « S'ils s'approchent de nous, on les tue ». « Si l'on contrôle les patrons, ils auront encore plus peur »… Entendre le mot « affranchis » ou « wise guys » dans une vraie conversation entre mafieux fait aussi se hérisser le poil. Comme voir un repenti, qui a témoigné contre son clan pour éviter une longue peine de prison, lâcher, face caméra : « Le champagne coulait à flots dans les magnums, puis je m'habillais en noir, je creusais une tombe et j'allais tuer un type ». La pègre, sans maquillage, sans frime, sur des photos de mauvaise qualité prises à bord des voitures des limiers du FBI.

«C'est le côté obscur de l'histoire des immigrés»

D'anciens gangsters -pas les premiers rôles, assassinés ou en prison- racontent cette époque folle ou « the Mob » - la mafia à New York- prend possession de la ville comme une pieuvre. Parasites, virus, agents chimiques qui corrodent tout, ils sortent de l'univers artisanal du racket à Brooklyn pour s'infiltrer dans le monde de l'entreprise et des constructeurs de gratte-ciel, avec « le club du béton » qui réunit des tueurs. Aucune tour ne s'élève sans un pourcentage versé à ces caïds qui placent des hommes partout, et citent même Trump dans leurs conversations, à l'époque où le président américain était le nouveau nabab de l'immobilier.

Quelle porosité entre le monde du crime organisé et la politique ! Rudy Giuliani, qui les combattit en tant que procureur avant de devenir maire de New York après son triomphe, avoue que oui, il aurait pu devenir mafieux. Dans l'équipe du FBI qui s'attaque aux boss de l'organisation, beaucoup d'Italo-américains, comme chargés d'une mission civique de nettoyage, de pureté : « La mafia, c'est le côté obscur de l'histoire des immigrés. Ils ont fait du mal à tant de braves gens », lâche un enquêteur. Comme Giuliani, le futur maire, qui n'avait pas supporté de voir ses grands-parents travaillant jour et nuit se faire racketter par les petites frappes du quartier italien.

C'est ce duel à mort, à base d'archives crues et de témoignages des enquêteurs qui ont réussi l'impensable, poser des micros jusque dans les cuisines et les limousines des big boss, comme « Big Paulie » justement, très proche du Don Corleone joué par Marlon Brando dans « Le Parrain », que met en scène magistralement « Fear City ». On dit que le poisson pourrit par la tête. La mafia aussi.

Comme tout grand documentaire, « Fear City » s'attaque à un mythe, pas seulement celui du crime organisé, mais d'un New York sous sa coupe, d'une ville mythique et misérable qui ne pouvait plus payer ses dettes, « gangstérisée » comme on dirait gangrenée, et qui a ressuscité. Comment une organisation criminelle a-t-elle pu à ce point prendre les commandes de la capitale économique du monde occidental ? Loin des drapeaux et des parades militaires, « Fear City » raconte une sale histoire, avec des salauds et de vrais héros. Comme au cinéma, mais pour de vrai. Ici, on ne joue pas. On essaie de comprendre. Que le Mal rôde toujours, et que la passivité équivaut à signer un chèque en blanc au diable lui-même.

LA NOTE DE LA RÉDACTION : 4,5/5

«Fear City : New York contre la Mafia», série documentaire de Sam Hobkinson. Trois épisodes d'une heure chacun, disponible sur Netflix.