Rouen va faire expertiser et restaurer de très rares sarcophages en plomb

Ces sarcophages gallo-romains sont à l’abri dans les réserves du Musée des Antiquités. La Métropole Rouen Normandie a lancé un appel d’offres pour assurer leur conservation et pouvoir les exposer.

 Découvert en 1901, ce sarcophage d’enfant sera bientôt restauré.
Découvert en 1901, ce sarcophage d’enfant sera bientôt restauré. #PRESSE30

La cité gallo-romaine de Rotomagus (aujourd'hui Rouen) vécut son apogée au IIIe siècle après Jésus-Christ. Carrefour diplomatique et commercial important de l'Empire, elle subit toutes les influences de l'époque. A chaque coup de pioche aujourd'hui, les archéologues y retrouvent des vestiges. La plupart restent sont terre, d'autres ont les honneurs des vitrines du musée des Antiquités et beaucoup de pièces attendent dans les réserves surchargées.

C'est le cas de très rares sarcophages et urnes en plomb datant du IIIe au IVe siècle après JC. Dans la perspective du futur musée, fusion de ceux des Antiquités et de l'Histoire Naturelle, qui devrait ouvrir en 2025, la Métropole Rouen Normandie a décidé de les faire restaurer. Une occasion pour les scientifiques de se pencher sur l'histoire des rites funéraires et l'utilisation du plomb à cette époque.

Les sarcophages seront sortis des réserves pour être étudiés. #PRESSE30
Les sarcophages seront sortis des réserves pour être étudiés. #PRESSE30  

Le premier sarcophage fut trouvé en 1831 dans la rue Saint-Gervais. Depuis, trente-six autres pièces ont été recensées autour de Rotomagus dans des nécropoles positionnées aux sorties de la cité. Dix sont en possession du musée des Antiquités et feront l'objet d'un programme de recherche et de restauration.

Les spécialistes appelés à la rescousse

« Nous connaissons peu de choses sur ces sarcophages. On sait que les Romains utilisaient le plomb principalement pour les canalisations, pour réparer des céramiques ou relier des blocs de construction. Il apparaît sur les sarcophages lors des conquêtes en Orient, principalement en Syrie, à Tyr et à Jérusalem, au milieu du Ier siècle après JC. Ils sont souvent richement décorés. Les exemplaires que nous avons ne sont qu'une faible représentation, car beaucoup ont été fondus et réutilisés au fil des siècles, notamment pendant l'époque médiévale », explique Laurence Marlin, la conservatrice en charge des collections antiques.

C'est au milieu du IIe siècle après Jésus-Christ qu'ils apparaissent en Gaulle et traduisent un changement dans les rites funéraires locaux, même si longtemps l'incinération a coexisté avec l'inhumation.

Les sarcophages ont été découverts dans des tombeaux en pierre. #PRESSE30
Les sarcophages ont été découverts dans des tombeaux en pierre. #PRESSE30  

Alors, dans le cadre d'un projet collectif de recherche coordonné par Malina Robert de l'Université de Nantes, le but de l'étude archéologique et archéométrique « est de connaître les techniques de fabrication, de moulage des décors, de pliage des feuilles de plomb et des circuits commerciaux de la matière première. Où allait-on chercher le plomb ? Il y aurait une voie fluviale et maritime vers Britannia, actuellement la Grande-Bretagne. Par microprélèvements, nous voulons remonter à sa source. De plus, nous espérons en apprendre plus sur les rites funéraires. Ces travaux vont apporter beaucoup, car le plomb est peu étudié alors qu'il fut très utilisé », complète Laurence Marlin.

Quant à la restauration, la collectivité a lancé un appel d'offres « auprès de spécialistes des métaux archéologiques. Ils se comptent sur les doigts d'une main. Nous voulons redonner à ces sarcophages un aspect de surface et une visibilité des motifs pour une conservation à long terme et les mettre en valeur pour le public. Cela se déroulera sur plusieurs années, mais ça en vaut la peine. Ce sont des objets rares, et nous avons l'une des plus belles collections de France. »