Restauration de Notre-Dame : après la flèche, la polémique des vitraux

La possibilité de voir la cathédrale, une fois restaurée, se doter de vitraux et de mobilier contemporains risque de relancer le débat entre partisans d’une rénovation strictement à l’identique et partisans de touches de modernité.

 Pour la restauration de Notre-Dame, l’archevêché de Paris a évoqué l’idée d’installer des vitraux et du mobilier contemporains.
Pour la restauration de Notre-Dame, l’archevêché de Paris a évoqué l’idée d’installer des vitraux et du mobilier contemporains. LP/Philippe Lavieille

Attention, sujet explosif. En évoquant l'idée d'installer des vitraux et du mobilier contemporains à Notre-Dame, l'archevêché de Paris est assuré de relancer l'éternel et passionnel débat : faut-il rénover 100 % à l'identique la cathédrale meurtrie par l'incendie d'avril 2019?

Le premier acte, autour de la flèche détruite par les flammes, a tourné court : malgré un soutien initial du président Macron, les tenants d'un « geste architectural » pour apporter de la modernité à l'édifice en ont été pour leurs frais. En juillet, faute de consensus et par peur de voir le calendrier déraper, la décision de l'Etat de rebâtir la flèche en « copier-coller » a mis fin au débat.

Un pavé dans la mare

Après la flèche, les vitraux signeront-ils un acte II de la polémique opposant modernes et conservateurs ? Le souhait de l'archevêché de Paris d'étudier la possibilité de retirer des vitraux originaux choisis par l'architecte Viollet-le-Duc au XIXe siècle et miraculeusement épargnés par l'incendie, au profit de nouveaux signés par des artistes contemporains, ne passe pas inaperçu. Un pavé dans la mare qui en laisse plus d'un songeur.

« Je ne comprends vraiment pas pourquoi il se lance dans cette polémique, s'interroge Stéphane Bern, le Monsieur Patrimoine nommé par Emmanuel Macron. Cela m'étonne d'autant que je crois que l'église manque de fonds. » Responsable de la commission mise en place par l'archevêché, le père Gilles Drouin précise en être toujours au stade de la réflexion.

Pour l'animateur passionné d'histoire, l'Eglise n'a pas trop son mot à dire sur le sujet, car elle « n'est que l'affectataire de cet édifice qui appartient à l'Etat. Elle ne peut déroger aux règles du patrimoine qui sont très claires : selon la charte de Venise, signée par la France en 1964, il faut restaurer Notre-Dame dans son dernier état de classement ». C'est-à-dire avec la flèche et les vitraux de Viollet-le-Duc, qui avait rénové l'édifice au XIXe siècle.

« Je n'ai rien contre le contemporain et des choses magnifiques ont été réalisées », précise Stéphane Bern, citant en exemple les vitraux de Pierre Soulages dans l'abbatiale de Conques (Aveyron), Marc Chagall à la cathédrale de Reims (Marne), ou ceux de Tahar Ben Jelloun dans une église sur les bords de la Loire. « Mais là, embraye l'animateur, ce n'est pas du tout la même situation. » Symbole aussi bien politique, historique que religieux, Notre-Dame n'est, évidemment, pas un édifice comme les autres.

L'archevêché entend également profiter de la restauration pour revoir le mobilier de la cathédrale et, à cet effet, pourrait s'associer avec la scénographe Nathalie Crinière qui a déjà travaillé avec de nombreux grands musées internationaux. Sur ce point, l'église a les mains libres : en tant que responsable de la liturgie de la cathédrale, elle est responsable de son fonctionnement intérieur et « peut faire absolument ce qu'elle veut avec le mobilier », confirme Stéphane Bern. Sur toutes ces questions, vitraux comme mobilier, « nous échangerons aussi évidemment avec le ministère de la Culture », précise le père Gilles Drouin.