Réouverture des salles de spectacles : l’avocat de Bigard et Lalanne plaide devant le Conseil d’Etat

L’argument qui sera développé ce lundi au Conseil d’Etat par Me Emmanuel Ludot s’appuie sur les déclarations du neuropsychiatre Boris Cyrulnik qui alerte sur les «effets secondaires terribles» du confinement, notamment sur les jeunes.

 Pour faire rouvrir les salles, l’avocat Emmanuel Ludot pointera notamment les conséquences nocives du confinement sur la santé mentale.
Pour faire rouvrir les salles, l’avocat Emmanuel Ludot pointera notamment les conséquences nocives du confinement sur la santé mentale.  LP/Arnaud Journois

Jean-Marie Bigard, Gérard Lanvin, Boris Cyrulnik : trouvez l'erreur. Ne cherchez plus, il n'y en a pas. L'humoriste, le comédien et le neuropsychiatre sont des partisans convaincus de la nécessité de rouvrir les salles de spectacles, les cinémas, les théâtres… Une urgence « vitale » même, au vu des conséquences du confinement sur la santé mentale des Français privés de la « soupape » que constitue la culture, selon la formule de Me Emmanuel Ludot, qui développera cet argument ce lundi 22 février devant le Conseil d'Etat à Paris.

L'avocat, qui représente les intérêts de Bigard, Lanvin, son fils Manu, auteur-compositeur interprète, mais aussi Francis Lalanne ou le metteur en scène Jean-Luc Moreau, a saisi le juge des référés de la plus haute juridiction administrative. Avec l'objectif qu'il enjoigne le gouvernement à autoriser la réouverture de toutes les salles de spectacles en complétant les articles de trois décrets pris dans le cadre de l'urgence sanitaire et des mesures nécessaires face à la pandémie de Covid-19.

Débouté une première fois, Me Emmanuel Ludot a affûté son angle d'attaque en développant l'argument d'une dégradation de la santé mentale des Français. « Les psychologues et les psychiatres le constatent, il y a une hausse exponentielle du nombre de consultations, de cas de dépression, de mal-être », indique Me Ludot. Pour tenter de convaincre, l'avocat va s'appuyer sur l'avis d'un expert, Boris Cyrulnik, dont la conclusion du courrier versé au débat est sans ambiguïté : « L'allègement du confinement pour la culture est une urgence sanitaire. »

«Les dépressions anxieuses frôlent les 40%»

Dans son courrier, le célèbre neuropsychiatre rappelle d'abord que la culture est beaucoup plus qu'un simple divertissement. « Elle participe à la construction mentale des enfants, à la socialisation des jeunes et à la protection psychologique des (plus) âgés. Chez les jeunes, la fonction de la culture prend un effet majeur, car elle survient à une période sensible de leur développement neurologique, sexuel, affectif et social », développe le directeur d'enseignement à l'université Toulon-Var.

Or, le confinement actuel entrave sensiblement cet effet majeur, selon le Dr Cyrulnik. Le praticien estime que l'adaptation au confinement « renforce l'immobilité physique qui aggrave les maladies de la sédentarité ». Il cite le cas de jeunes engourdis devant leur écran, qui deviennent incapables de faire l'effort d'apprendre, mais aussi les risques auxquels ils sont exposés (obésité, cyberharcèlement, séparatisme, décrochage universitaire…)

« Les dépressions anxieuses, qui à cet âge tournent habituellement autour de 12% de la population des jeunes, frôlent aujourd'hui les 40% », relève Boris Cyrlnik, qui met en garde : « Ce processus psychosocial altéré est une catastrophe qui sera terriblement coûteuse et inhumaine. »

«Plus tard, il sera trop tard»

Préoccupé par les effets secondaires du confinement, et avant tout sur la jeunesse, le neuropsychiatre prône son allègement, passant notamment par la réouverture des salles de spectacles. « Avec des mesures sanitaires strictes et adaptées, bien sûr. Une sortie culturelle, même minimale, offrirait cette fameuse soupape », insiste Me Emmanuel Ludot. L'avocat, estime que le spectacle vivant devient est un « élément vital » face à cet enjeu de santé publique lié à l'accroissement de la détresse psychologique.

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Cette vision est-elle trop alarmiste ? Non-prioritaire ? « Plus tard, il sera trop tard. Les dégâts cérébraux, psychologiques et sociaux bien installés seront durables », avertit Boris Cyrulnik. Selon les requérants, une réouverture contrôlée des salles de spectacles n'est en rien incompatible avec la protection contre le virus. Leur avocat rappellera également que la situation actuelle constitue une atteinte grave aux libertés fondamentales (liberté d'expression, liberté d'exercer une profession, liberté de création artistique…) Le juge des référés devrait rendre sa décision ce lundi après-midi ou mardi.