Quand Eddy Mitchell rencontre Eddy

Eddy Mitchell sort ce mercredi une autobiographie en forme de dictionnaire réalisée avec son fils Eddy Moine. Nous les avons réunis.

 Paris IXe, le 1er octobre 2020. Le chanteur Eddy Mitchell aux côtés de son fils Eddy Moine avec qui il a écrit sa biographie « Le Dictionnaire de ma vie ».
Paris IXe, le 1er octobre 2020. Le chanteur Eddy Mitchell aux côtés de son fils Eddy Moine avec qui il a écrit sa biographie « Le Dictionnaire de ma vie ».  LP/Fred Dugit

Saviez-vous qu'Eddy Mitchell avait fait sa première scène à 14 ans pour une soirée du Crédit lyonnais où il travaillait comme coursier? Qu'il avait failli jeter aux oubliettes « Le Cimetière des éléphants », la chanson dont il est pourtant le plus fier? Ou encore qu'il collectionnait les armes, qu'on lui avait proposé de faire les Vieilles Canailles avec Charles Aznavour, Michel Sardou et même Julio Iglesias, qu'il adore Louis-Ferdinand Céline et Patrick Modiano? On en apprend encore sur « Schmoll » en lisant son « Dictionnaire de ma vie » qui paraît ce mercredi aux éditions Kero.

On découvre aussi qu'un Eddy peut en cacher un autre. « Oui, le vrai, c'est moi », sourit Eddy Moine, fils de Claude Moine. Ce journaliste de cinéma de 58 ans a convaincu son père de 78 ans de coréaliser sa première vraie autobiographie en forme de dictionnaire, de A comme Autodidacte à Z comme Zorglub (NDLR : une série BD de Franquin). Et quand on les retrouve dans un restaurant parisien, on comprend pourquoi. On est frappés par leur ressemblance, mais surtout par leur proximité et leurs passions communes pour, outre les bonnes bouffes et le bon vin, le cinéma, la bande dessinée et la musique, en particulier le jazz.

« Je voulais un vrai Eddy dans la famille »

Eddy Mitchell, c'est le nom de scène que s'est choisi Claude Moine à ses débuts, en référence à l'une de ses idoles, l'acteur et crooner Eddie Constantine. « Mais je voulais un vrai Eddy dans la famille », dit-il. L'idée a plu à sa première épouse, Françoise Lavit. Mais à son fils ? « Ce n'était pas toujours facile avec ma sœur (NDLR : Maryline Moine, 55 ans) d'être vus comme des fils et fille de, mais on faisait tout pour passer inaperçus et notre père a tout fait pour nous protéger. On allait comme tout le monde à l'école à Noisy-le-Sec (Seine-Saint-Denis), où nous habitions. »

Leur seul luxe, c'était une salle de projection à la maison. « Papa en a toujours eu depuis 1969 et on en a bien profité, reconnaît Eddy junior. Le jeudi, qui était à l'époque le jour sans école, il nous emmenait au cinéma. On a aussi profité de son énorme bibliothèque de bandes dessinées et de ses disques. Autre rituel, avant de manger, on assistait dans son bureau à l'écoute religieuse d'un de ses disques, Sinatra, Cochran… Il avait la manie du collectionneur, qui faisait attention de ne pas laisser de traces de doigts sur le vinyle. »

«Mon père parle toujours plus de ses échecs que de ses succès»

« J’adorais jouer (de la batterie), mais je n’avais pas le niveau », reconnaît Eddy Moine./LP /Fred Dugit
« J’adorais jouer (de la batterie), mais je n’avais pas le niveau », reconnaît Eddy Moine./LP /Fred Dugit  

La transmission, c'est important chez les Moine. « Mon père, qui réparait les bus parisiens, m'emmenait lui aussi très souvent au cinéma, confie Eddy Mitchell. C'est lui qui m'a fait découvrir et adorer les westerns. Et ma mère m'emmenait voir des opérettes, bon, c'était moins mon truc. J'ai fait comme mes parents, leur montrer des choses, partager avec eux mes passions. » Sinon quel père était-il ? « Plutôt cool, je crois, répond-il. Quand vous n'êtes pas souvent à la maison, vous ne faites pas chier le monde quand vous revenez. »

Il n'a dissuadé son rejeton que d'une chose, à 17 ans. « Faire de la batterie mon métier, avoue Eddy Moine. J'adorais jouer, mais je n'avais pas le niveau. » « Etre fils de dans ce métier, c'est deux fois plus dur, estime Eddy Mitchell. Il faut ramer bien plus que les autres. » Eddy avoue avoir encore appris des choses sur son père en préparant ce livre. « Sur ses parents, ses grands-parents, son amitié avec Johnny, la guitare qu'il avait fait fabriquer pour lui sur mesure par un luthier de Nashville pour 30000 dollars et que Johnny a jeté dans le public à la première chanson, sa traversée du désert… C'est marrant, mon père parle toujours plus de ses échecs que de ses succès. »

Un album country déjà composé et écrit…

Avant l'écriture de ce livre, Eddy et Eddy ont partagé quelques expériences. Ils ont co-animé l'ultime saison de « La dernière séance », la fameuse soirée de cinéma qu'Eddy Mitchell a présenté sur FR3 puis France 3 de 1982 à 1998 dans un cinéma de quartier. « J'ai aussi aidé mon père et Pierre (NDLR : Papadiamandis, compositeur historique d'Eddy Mitchell) au mixage de la chanson « Les Nuits de Pleine Lune » et comme traducteur sur deux enregistrements d'albums aux Etats-Unis. »

A propos de disques, Eddy Mitchell en a-t-il en cours? « J'ai un album country entièrement composé et écrit, avec pas mal de chansons féministes, sur les violences conjugales, détaille-t-il. On devait l'enregistrer au printemps dernier en Provence, mais les musiciens américains n'ont évidemment pas pu venir, alors on a tout reporté au printemps prochain. Mais je ne suis pas certain de refaire des concerts après… Cela coûte tellement cher à produire, il faut des grandes salles pour amortir… Et le Covid-19 est peut-être là pour longtemps… Contrairement à Nicolas Bedos, je prends ça très au sérieux. Le masque, les gestes barrière, le confinement, je respecte tout scrupuleusement. Cela ne change pas grand-chose, d'ailleurs. Je suis confiné depuis très longtemps. »

Eddy Mitchell, « Le Dictionnaire de ma vie », aux éditions Kero, 216 pages, 17 euros.