«Pierres précieuses» : or et diamants scintillent au Muséum d’histoire naturelle

En partenariat avec la maison de joaillerie Van Cleef & Arpels, le Muséum national d’histoire naturelle à Paris a inauguré mercredi une exposition sur les pierres précieuses, brutes et travaillées en bijou, qui se veut un dialogue entre sciences et joaillerie.

 Chaque vitrine décline les pierres présentées au Muséum national d’histoire naturelle dans leurs trois états : brutes, en gemmes façonnées, et travaillées en bijou.
Chaque vitrine décline les pierres présentées au Muséum national d’histoire naturelle dans leurs trois états : brutes, en gemmes façonnées, et travaillées en bijou. MNHN

Un feu d'artifice permanent. Dans la semi-pénombre des salles de la Grande Galerie de l'évolution à Paris, ça scintille de partout! Et dans toutes les couleurs : vert, bleu, rouge, or… Jamais sans doute le Muséum national d'histoire naturelle, plus souvent habitué à nous emmener explorer la jungle ou les fonds marins, n'aura autant brillé que pour l'exposition événement présentée depuis mercredi et simplement intitulée « Pierres précieuses ».

Une sobriété qui contraste avec la richesse des collections présentées. Ici, tout n'est que calme, luxe et volupté. Luxe surtout. Car, pour ce rendez-vous d'exception, le Muséum s'est associé à la prestigieuse maison de joaillerie Van Cleef & Arpels. Un partenariat inédit, né d'une rencontre il y a quatre ans, comme l'explique Bruno David, le président de l'institution.

L’oiseau bleu (1963) de Van Cleef & Arpels, en platine, or jaune, saphirs, turquoises, corail, diamants./Collection Van Cleef & Arpels
L’oiseau bleu (1963) de Van Cleef & Arpels, en platine, or jaune, saphirs, turquoises, corail, diamants./Collection Van Cleef & Arpels  

« Nous avons commencé à discuter en 2016 lors d'une exposition à Singapour sur les gemmes. C'est à ce moment-là que nous avons eu envie d'organiser un événement à Paris. Il se veut un dialogue entre deux univers, celui de la science et celui de la joaillerie. Il s'agit bien sûr d'émerveiller le visiteur, mais aussi de lui apprendre des choses sur les minéraux, sur cet empilement de hasard depuis la formation d'une pierre jusqu'à l'atelier d'un joaillier. »

Un coquillage percé vieux de 90000 ans : le premier bijou au monde

Aucun doute, il y a de quoi s'émerveiller… Van Cleef & Arpels a sorti de ses coffres 200 de ses plus belles pièces, comme ce clip fuchsia en forme de fleur de 1968, en platine, or jaune, rubis et diamants, qui vous accueille dès votre arrivée. Ou encore ce collier d'inspiration indienne en or jaune, émeraudes gravées et diamants, réalisé pour l'épouse de l'Aga Khan. Le Muséum a lui aussi puisé dans ses réserves pour faire remonter ses trésors : diamants blancs ou roses d'Afrique du Sud, saphirs français, opalines du Brésil et une énorme pépite d'or de près d'un kilo, tous dans leur forme brute.

Clip fuschia (1968) de Van Cleef et Arpels, en platine, or jaune, serti de rubis et diamants./Collection Van Cleef & Arpels /Eric Sauvage
Clip fuschia (1968) de Van Cleef et Arpels, en platine, or jaune, serti de rubis et diamants./Collection Van Cleef & Arpels /Eric Sauvage  

Certaines des pièces d'exception de « Pierres précieuses » sont présentées pour la première fois en France. C'est le cas par exemple d'un coquillage percé vieux de 90000 ans, considéré comme le premier bijou au monde, ou encore le collier en platine et diamant porté par la reine d'Egypte Nazli en 1939. La plus impressionnante, même si elle n'est faite que de pierres semi-précieuses, reste la grande table des Orsini, chef-d'œuvre de marqueterie ayant appartenu au cardinal Mazarin.

Savoir scientifique et savoir-faire artisan

Pour réussir le mariage entre joyaux taillés et pierres sorties du sol, les scénographes ont eu une idée lumineuse. La plupart des vitrines-écrins déclinent le même minéral sur ses trois formes : brute, gemmes façonnées et bijoux de haute joaillerie. Selon les goûts, on pourra d'ailleurs apprécier plus l'un que l'autre…

« L'ambition, c'est vraiment de faire une exposition sur les savoirs autour des minéraux : le savoir scientifique et les savoir-faire des artisans. Elle permet, à travers 200 variétés de minéraux, de comprendre l'histoire de la Terre, mais aussi comment la joaillerie s'est développée au cours des siècles. Ces deux aspects sont indissociables en ce qui concerne les pierres précieuses : quelqu'un qui ne connaît pas la nature minéralogique d'une pierre ne pourra jamais la tailler correctement », constate François Farges, professeur en minéralogie au Muséum et co-commissaire de l'exposition.

Topaze bleue, vieille d’environ 250 millions d’années./MNHN/F.Farges
Topaze bleue, vieille d’environ 250 millions d’années./MNHN/F.Farges  

Au sortir de l'exposition, un peu ébloui, une question brûle les lèvres. Quelle est la valeur de ce trésor, qui fait ressembler la place Vendôme à un banal « show room », et est-il bien protégé? « Pour la sécurité, nous nous sommes appuyés sur le savoir-faire de Van Cleef & Arpels. Il n'y a pas un garde armé devant chaque vitrine mais, croyez-moi, c'est très bien protégé! prévient le patron du Muséum. Quant à la valeur, c'est confidentiel. Mais comme vous l'imaginez, il y a beaucoup de zéros… »

« Pierres précieuses », à la Grande Galerie de l'évolution du Muséum national d'histoire naturelle, au jardin des Plantes (Paris Ve). De 10 heures à 18 heures, tlj sauf mardi. Tarif : 12 euros (TR : 9 euros). Plus de renseignements ici.

La France, terre précieuse

Pas besoin d’aller au bout du monde pour découvrir des trésors minéralogiques. Depuis l’Antiquité, la France est connue pour ses gemmes, et les Romains la considéraient comme leur réserve d’or. Mais aujourd’hui encore, comme le prouve l’exposition « Pierres précieuses », le sous-sol, les montagnes, les rivières du territoire ne sont pas avares en jolis cailloux : on déniche des opales dans le Cher, des émeraudes en Loire-Atlantique, ou encore des aigues-marines en Limousin.

Deux découvertes majeures et récentes, désormais intégrées aux collections du Muséum, font partie de l’exposition. Il s’agit de deux superbes saphirs, dont un de 93 carats, extrait du sol dans le Puy-de-Dôme en 2018. La même année, c’est dans la montagne Noire (Tarn), région un temps exploitée pour son or, qu’a été mis au jour un galet de quartz très riche en métal aurifère.

Mais la France brille aussi grâce à sa capitale. « Paris a toujours été à l’avant-garde pour les plus beaux minéraux, estime François Farges, le co-commissaire de l’exposition. D’abord, il ne faut pas oublier que la minéralogie est née ici, au Muséum, avec les recherches de René-Just Haüy, et que nous possédons l’une des plus riches collections au monde. Ensuite, il y a un savoir-faire de très longue date des joailliers français, qui ont toujours proposé des tailles innovantes, comme le prouve le célèbre diamant bleu de Louis XIV, dont nous exposons une réplique. »