Patrimoine : à Lille, la chapelle Saint-Joseph est en péril

À Lille, malgré la mobilisation des associations du patrimoine au niveau national, l’imposante chapelle jésuite Saint-Joseph pourrait être démolie dans les semaines à venir. Une affaire qui met en lumière la difficulté de la sauvegarde de nos monuments.

 Edifiée entre 1880 et 1886, la chapelle de style néo-byzantin Saint-Joseph doit être détruite au profit d’un campus universitaire.
Edifiée entre 1880 et 1886, la chapelle de style néo-byzantin Saint-Joseph doit être détruite au profit d’un campus universitaire. Urgences patrimoine

« Ça commence à devenir agaçant, tout ça. D'un côté, on me demande de sauver le patrimoin e et de l'autre, l'Etat autorise des démolitions abusives partout en France! » Stéphane Bern, le Monsieur Patrimoine d'Emmanuel Macron, a tendance à s'irriter à l'évocation de la chapelle Saint-Joseph de Lille. Le bâtiment du XIXe, construit sur 2 000 m2 et qui tient plus de la grande église que de l'oratoire, pourrait être rasé avant la fin du mois de février. Et ceci, malgré la mobilisation d'à peu près tous les défenseurs du patrimoine de France, l'animateur télé compris.

Un projet de campus universitaire

L'affaire démarre en mai 2020. « Je suis tombée sur un article qui parlait de ce projet. Je me suis dit que ce n'était pas possible et j'ai rapidement lancé une pétition », raconte Alexandra Sdoczak, présidente d'Urgences patrimoine, qui va prendre la tête de la contestation.

Mais quel projet exactement ? En 2019, la Junia, école d'ingénieurs qui dépend de l'université catholique de Lille, propriétaire du lieu, obtient auprès de la mairie un permis de démolir afin de construire un nouveau campus universitaire soutenu par un investissement de 120 millions. À l'époque, personne ne s'y oppose formellement : la chapelle, désacralisée, est à l'abandon et, surtout, elle n'est pas classée…

Un an après, il est déjà trop tard pour attaquer le permis. Mais sur place, l'émotion commence à grandir. Étienne Poncelet, ancien architecte des bâtiments de France à Lille, s'insurge contre la démolition, estimant qu'« au niveau urbain, cette chapelle fait partie d'un ensemble architectural cohérent du patrimoine lillois de la fin du XIXe siècle avec le palais Rameau, le collège Saint-Joseph et la Catho. Et cette chapelle de style néo-byzantin, construite entre 1880 et 1886, est très intéressante architecturalement ». En quelques jours, la pétition recueille 8 000 signatures. Elle en est aujourd'hui à 12 500.

Devant l'émotion et notamment à la suite de l'intervention de Stéphane Bern, Franck Riester, alors ministre de la Culture, prononce un sursis en juin 2020, afin de trouver une solution alternative. « À ce moment-là, on a cru qu'on avait gagné », se souvient Alexandra Sdoczak. Las ! Quelques semaines plus tard, le remaniement ministériel change la donne. Une demande de classement est officiellement déposée, mais il faut repartir de zéro.

Vers un recours du Conseil d'Etat ?

Le couperet tombe le 14 novembre. Le ministère de la Culture oppose une fin de non-recevoir, contestant l'intérêt architectural de la chapelle, constatant l'impossibilité de l'intégrer dans le projet et surtout, arguant du fait que la Junia s'est engagée à restaurer le palais Rameau juste à côté. Un édifice de la même époque, du même architecte… mais, lui, classé !

« Pas d'intérêt architectural suffisant… quand on veut tuer son chien, on dit qu'il a la rage », réagit Stéphane Bern. Mais le combat continue pour les défenseurs du patrimoine. Le 20 décembre, l'association Urgences Patrimoine dépose un référé devant le tribunal pour contester la décision ministérielle. Elle sera déboutée le 5 janvier dernier. « On y croyait vraiment. C'était de nouveau la douche froide », se désole sa présidente. Côté ministère, on se dit en coulisses « parfaitement désolé de la situation ». « Mais la procédure de classement doit rester exceptionnelle, explique-t-on. Il est impossible de classer tous les bâtiments de France. »

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Fin de l'histoire ? Pas encore : « Nous n'avions pas d'argent pour aller en cassation. Et puis, un généreux mécène s'est fait connaître. Nous irons donc au Conseil d'Etat, se rassure Alexandra Sdoczak. Mais ce n'est pas suspensif et la démolition doit commencer pendant les vacances de février… J'ai demandé, sans succès pour le moment, la grâce présidentielle pour la chapelle à Emmanuel Macron. Mais aujourd'hui, je n'ai plus beaucoup espoir. Je pense que Saint-Joseph va devenir un nouveau martyr de la cause du patrimoine. »